Au 1er janvier 2026, la communauté française établie hors de France est estimée à près de 2,5 à 3 millions de personnes, dont environ 1,8 million sont officiellement inscrits au Registre des Français établis hors de France. Parmi eux, une immense majorité est constituée de salariés actifs. Et chaque année, le flux de retour est significatif ! En effet, on estime qu’entre 100 000 et 120 000 Français regagnent l’Hexagone après une expérience à l’international. Ce mouvement migratoire a un impact direct sur le marché de l’emploi national. À leur retour, environ 45 000 à 50 000 nouveaux demandeurs d’emploi s’inscrivent chaque année auprès de France Travail (anciennement Pôle Emploi) avec un profil spécifique d’expatrié. Comprendre comment les droits au chômage des expatriés français sont transposés en France est crucial pour sécuriser cette transition.
Le chômage lors du retour en France d’un salarié ayant été expatrié dans l’Union européenne
Pour les Français de retour de l’Union européenne (UE), de l’Espace économique européen (EEE) ou de Suisse, la coordination des droits au chômage est encadrée par le règlement européen 883/2004. Ce texte permet la prise en compte des périodes de travail accomplies à l’étranger dans le calcul des droits à l’assurance chômage en France, à condition de fournir le document portable U1.
Ce document, délivré par l’institution de chômage du pays européen où le salarié a travaillé, atteste des périodes d’emploi et des cotisations versées. Il doit être remis à France Travail lors de l’inscription comme demandeur d’emploi. Grâce au U1, les périodes travaillées à l’étranger sont totalisées avec celles accomplies en France, ce qui peut permettre d’ouvrir ou de prolonger des droits à l’allocation chômage.
Mais attention, contrairement à une idée reçue, le simple fait de revenir avec un formulaire U1 ne déclenche pas l’indemnisation immédiate. Pour que France Travail puisse calculer vos droits en utilisant vos périodes européennes, vous devez impérativement avoir travaillé au moins une journée en France (sous contrat français) après votre retour. C’est cette activité minimale qui « active » le transfert de vos droits. Surtout que le montant de l’allocation est calculé sur la base des rémunérations perçues en France, et non sur celles de l’étranger. En revanche, les périodes travaillées à l’étranger sont prises en compte pour la durée d’indemnisation. Si vous n’avez travaillé qu’une courte période en France, France Travail utilisera ce salaire pour déterminer votre Allocation d’Aide au Retour à l’Emploi (ARE), tout en tenant compte de la durée totale travaillée en Europe pour définir la durée de votre indemnisation.
Le retour d’expatriation hors de l'Union Européenne
Comme souvent, dès qu’on sort de l’Union Européenne, les choses se compliquent. Car contrairement à l’UE, il n’existe pas de système de coordination automatique pour les expatriés revenant de pays tiers. La France n’a signé que très peu de conventions bilatérales prévoyant la prise en compte des périodes travaillées à l’étranger pour le calcul des droits au chômage.
Pour les expatriés hors UE, la seule possibilité d’ouvrir des droits au chômage en France est d’avoir cotisé au régime d’assurance chômage des expatriés (RAE) avant le départ. Ce régime, géré par l’Unédic, permet aux expatriés de maintenir une affiliation au système français d’assurance chômage, moyennant le paiement de cotisations spécifiques.
Ainsi, si l’expatrié n’a pas souscrit au RAE, il ne pourra prétendre à une indemnisation qu’en cas de reprise d’activité en France après son retour, et sous réserve de remplir les conditions d’ouverture de droits (durée minimale de cotisation en France, etc.). En l’absence de convention bilatérale, les périodes travaillées à l’étranger ne sont pas prises en compte. Concrètement, pour exemple, un Français ayant travaillé 5 ans aux États-Unis sans affiliation au RAE ne pourra prétendre au chômage en France qu’après avoir retravaillé en France et cotisé suffisamment pour ouvrir de nouveaux droits.
Et les travailleurs frontaliers ?
Les frontaliers occupent une place unique dans le droit de l’assurance chômage. Ils résident en France mais exercent leur activité dans un État voisin, y versant leurs cotisations sociales. En cas de perte d’emploi, c’est l’État de résidence (la France) qui est responsable de l’indemnisation, selon ses propres règles. Normalement, un système de compensation entre États doit permettre de limiter l’impact financier. Mais en cette période de disette budgétaire, la France, comme ses voisons, expriment la volonté de revoir ses règles.

Depuis fin 2025, on note que des discussions bilatérales intenses ont eu lieu entre la France et la Suisse pour réviser les accords de remboursement de l’indemnisation chômage. L’objectif ? Réduire le déficit de l’Unédic lié aux frontaliers, qui s’élève à plusieurs centaines de millions d’euros par an.
Car les règles varient du cadre général pour les frontaliers. Pour nos compatriotes travaillant en Suisse et vivant dans l’hexagone, l’indemnisation est gérée par France Travail, mais le calcul des allocations est basé sur le salaire suisse, avec une dégressivité et des règles strictes pour éviter les abus. D’ailleurs, depuis 2025, la réforme de l’assurance chômage a introduit une mensualisation des allocations et une redéfinition de l’offre raisonnable d’emploi (ORE), afin d’inciter les frontaliers à retrouver rapidement un emploi en France.
Autre exemple de modification qui a, elle, touché ceux qui travaillent au Luxembourg, depuis 2025, un coefficient correcteur est appliqué pour réduire le montant des allocations, afin de tenir compte de la différence de niveau de vie entre la France et le Luxembourg. Ce coefficient, fixé à 0,53 pour le Luxembourg, peut réduire de près de 50 % le montant de l’allocation par rapport au salaire perçu.
La mobilité professionnelle complexifiée
La protection sociale des expatriés français est l’une des plus complètes au monde, mais elle repose sur une anticipation rigoureuse. Que ce soit par l’obtention des formulaires U1 en Europe ou par l’adhésion volontaire hors zone, la clé d’un retour serein réside dans la préparation administrative.
Le statut de frontalier, bien que protecteur, reste au cœur de renégociations européennes visant à équilibrer les contributions des États d’emploi et des États de résidence.
Il est, donc, essentiel pour les expatriés de bien anticiper leur retour, en se renseignant sur leurs droits et en préparant les documents nécessaires (U1, attestations de travail, etc.). France Travail et les services consulaires restent les interlocuteurs privilégiés pour accompagner ces démarches et sécuriser la transition professionnelle.
Auteur/Autrice
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Loic Pautou est un jeune Français parti en VIE au Vietnam et qui n'est jamais revenu. Propriétaire d'une agence de tourisme à Hanoï, il écrit aussi pour Lesfrancais.press et le Guide du Routard.
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