Maduro s’accroche au pouvoir avec l’armée et les Russes, comme Assad.

Maduro s’accroche au pouvoir avec l’armée et les Russes, comme Assad.

janvier 29, 2019 0 Par La rédaction

Déjà plus de 35 morts. Plus d’un millier de manifestants arrêtés. Des exécutions illégales commises par les Forces policières d’action spéciales, cela ressemble aux escadrons de la mort des dictateurs militaires des années 80.

Juan Guaido, le jeune Président du Parlement s’est proclamé Président par intérim à la place de Nicolas Maduro, l’héritier de Chavez, en attendant de nouvelles élections. Les Etats-Unis l’ont reconnu, comme le Canada, le Brésil et tous les pays d’Amérique du Sud –à l’exception de la Bolivie. L’Union Européenne a appelé à des élections, un « ultimatum » selon Maduro, aussitôt rejeté. La France, l’Espagne, le Portugal, l’Allemagne, les Pays-Bas et le Royaume–Uni ont indiqué que si des élections n’étaient pas convoquées, ils reconnaitraient Juan Guaido. La Russie, au contraire, a apporté son soutien à Maduro, comme l’Iran, la Turquie et la Chine. Quant au Pape, il redoute un bain de sang, qui a déjà lieu, et demande « une solution juste et pacifique, qui respecte les droits de l’homme ». En France, Emmanuel Macron a salué le courage des centaines de milliers de Vénézuéliens qui marchent pour leur liberté face à l’«élection illégitime de Nicolas Maduro». Seuls l’Humanité, le Parti communiste et Jean Luc Mélenchon apportent leur soutien à Maduro.

Les Etats-Unis ont gelé les avoirs de PDVSA, la compagnie pétrolière vénézuélienne. Curieusement Maduro a annoncé qu’il porterait l’affaire devant les tribunaux américains. Juan Guaido, lui, a déclaré prendre le contrôle des avoirs vénézuéliens à l’étranger, même si on ne siat pas comment il pourrait le faire. Il a surtout promis une amnistie générale, et lancé un appel à l’armée.

 

Le 5 janvier dernier, Juan Guaido, à 35 ans, avait été élu Président de l’Assemblée nationale, assemblée qui avait été privée de tout pouvoir par un tribunal constitutionnel entièrement nommé par Maduro. Le 10 janvier, Maduro était officiellement investi d’un second mandat, après des élections factices, non reconnues par l’ensemble des pays d’Amérique du sud et l’Europe. Le 21 janvier une trentaine de militaires s’étaient soulevé dans une caserne, refusant d’obéir aux ordres de Masuro. Ils ont aussitôt été arrêtés. Le 23 janvier, Juan Guaido s’est proclamé Président par interim. Des manifestations ont lieu presque tous les jours. Chacun attend les décisions de l’armée.

C’est elle le vrai soutien de Maduro. Elle profite des largesses du pouvoir, aussi bien par ce qui reste des prébendes pétrolières que du marché noir, de la contrebande et du passage de la drogue colombienne aux frontières.

Le pays est ruiné. 1,8 millions de Vénézuéliens l’ont fui. En 2018, le FMI estime la «croissance» à moins 18%. Il n’y a plus de statistique officielle depuis 2015. La dette publique est incontrôlable, ou plutôt est contrôlée parce que plus personne ne prête au Venezuela, hormis la Chine et la Russie, qui se font payer en pétrole. Ce qui explique leur soutien. Le taux de chômage atteindrait 34% et 90% des Vénézuéliens vivraient dans la pauvreté.

Le Gouvernement a tenté de réagir en dévaluant le cours officiel de sa monnaie d’un tiers pour l’aligner sur le taux de change parallèle, mais celui-ci a chuté de nouveau. Il faut dire que l’inflation est de 10.000.000%… Qu’est-ce que çela veut dire ? Plus de médicaments, plus d’alimentation, plus rien. Rien hormis la contrebande. Voilà pourquoi les gens fuient un pays qui fut un des plus riches d’Amérique latine, et qui distribuait généreusement le pétrole à ses alliés de l’Alba, pour contrer les Etats-Unis.

Normalement, Maduro ne devrait pas tenir. Un Ben Ali, un Moubarak seraient déjà partis depuis longtemps. Mais Maduro s’accrochera au pouvoir jusqu’à son dernier carré chaviste, tant qu’il aura des armes. Il se considère comme révolutionnaire. Et il n’a que le pouvoir comme horizon, un peu comme Assad. Où aller ? Que faire ? Il est fort possible qu’il se prenne pour un héros, avec sa morale révolutionnaire bien à lui, justifiant vols et crimes, c’est le cas de tous les dictateurs. Il est fort possible qu’il pense que tout cela est de la faute des Américains. Hélas, il est probable que les Américains n’aient aucun plan et soient bien en difficulté pour aider Juan Gaido. Les Colombiens sont en fait les mieux placés, et une solution viendra sans doute de là, s’ils arrivent à trouver un accord avec les militaires, mais c’est possible.

Si Maduro a le temps de s’accrocher, le bain de sang, comme avec Ortega au Nicaragua, se prolongera encore et encore.

L’Ambassade de France au Venezuela a incité les ressortissants français à la prudence, leur demandant de limiter leurs déplacements, de faire de stocks, de se tenir à l’écart des manifestations et de se tenir informé auprès des chefs d’ilots. Elle a aussi recommandé de reporter les voyages au Venezuela.

La rédaction

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