L’UE  soutient la Tunisie, insuffisamment.

L’UE soutient la Tunisie, insuffisamment.

janvier 30, 2019 0 Par Fabien Ferasson de Quental

L’Union Européenne a accordé 305 Millions d’euros d’aide à la Tunisie dans le cadre de la politique de voisinage. Depuis 2011, l’UE a doublé le montant de son aide financière et a relancé les négociations pour un accord de libre échange. Des discussions sur un assouplissement du régime des visas sont aussi en cours.

Sur ces 305 millions, 65 vont à un programme intitulé « jeunesse en action » pour améliorer l’inclusion économique et sociale des jeunes tunisiens. 60 millions sont alloués à un programme d’innovation et de création d’entreprise. 70 millions sont consacrés au « soutien à la gouvernance locale » pour réduire les différences régionales et assurer un meilleur accès aux services de base.

On ne peut qu’encourager une politique de soutien à la Tunisie de la part de l’Union européenne. D’une façon générale, l’Union Européenne se préoccupe trop peu de la Méditerranée, obsédée par son voisin russe et sa frontière orientale. Pourtant, c’est en Méditerranée que se situent ses principaux défis.

Parmi les pays riverains de la Méditerranée, la Tunisie est celui qui concentre le plus d’espoir. Berceau des Printemps arabe, il est le seul qui, à travers d’immenses difficultés économiques et sociales, essaie  de construire une fragile démocratie. L’échec ou le succès d’un régime démocratique est un enjeu crucial pour tout le monde arabe, pour toute l’Afrique.  C’est  peut-être un enjeu plus important encore pour l’Europe.

La Tunisie est un partenaire clé pour toutes les problématiques qui concernent directement l’Europe : migrations, terrorisme, politique énergétique, menaces écologiques. L’avenir de la Tunisie impactera directement l’Europe. Sans compter qu’une crise tunisienne affecterait également ses voisins. Dans ces conditions, l’aide européenne est bienvenue, mais elle est faible, presque ridicule au regard des enjeux.

Dans les premiers jours de la guerre de Lybie ont été tirés plus de 250 missiles Tomahawk. A 1 million d’euros le missile, on mesure mieux le coût de la guerre et le prix de la paix, même pour les pays extérieurs. Inutile de vouloir chiffrer les conséquences de l’intervention en Lybie, ou d’une crise en Tunisie qui amènerait un état islamique ou provoquerait une guerre civile. Et comment chiffrer le succès d’une démocratie tunisienne renouant avec le développement ? L’émergence d’un modèle démocratique et économique tunisien validerait le modèle européen de par le monde.

La politique de voisinage manque de souffle.  Et l’on doit aussi s’interroger sur ses méthodes et la définition de ces programmes : combien d’heures de travail de hauts fonctionnaires et de comité d’études pour arriver à ces 305 millions d’euros ? Pour une somme aussi faible à l’échelle d’un pays, a-t-on besoin de tant de commissions, de réflexions, de documents d’étapes et de contrôles ultérieurs ? Si l’on devait évaluer les coûts externes à l’aide, ( qui sont des coûts internes pour l’UE) on doublerait peut-être les 305M€. Heureusement que les Etats-Unis n’ont pas fait cela pour l’Europe avec le Plan Marshall.

D’ailleurs, quand les Etats-Unis choisissent d’aider stratégiquement Israël ou l’Egypte, ils le font massivement et sans entrer dans les détails de la programmation. Ils tissent des liens de confiance.

La politique de voisinage est une excellente intuition. Elle doit être sérieusement amplifiée si l’Europe finit enfin par se sentir concernée par ce qui se passe en Méditerranée. Amplifiée et simplifiée. 2.5 Milliards pour l’Autorité Palestinienne et 305 millions pour la Tunisie, c’est le signe d’une carence stratégique, d’un manque de réflexion, d’une absence totale de politique européenne. La Tunisie, comme le Maroc, et d’autres, ont besoin de l’aide massive de l’Europe. Parce que l’Europe commence en Méditerranée. Même les Vikings qui croisaient au Maroc et en Sicile l’avaient compris. Et c’est la France qui doit porter ce message à Copenhague et Göteborg.

 

Laurent Dominati

A. Ambassadeur de france

A. Député de Paris

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