Liban : les Français face à la guerre, témoignage de Lucas Lamah depuis Beyrouth

Liban : les Français face à la guerre, témoignage de Lucas Lamah depuis Beyrouth

Le Liban est à nouveau plongé dans une spirale de violence, sur fond de tensions régionales entre Israël et l’Iran. Dans ce contexte explosif, des milliers de Français vivent sur place, confrontés à l’insécurité, aux déplacements forcés et à une vie quotidienne bouleversée. Témoignage de Lucas Lamah, conseiller LR des Français de l’étranger au Liban, qui décrit une communauté éprouvée mais toujours debout. Témoignage depuis Beyrouth pour lesfrancais.press.

Écouter le podcast avec Lucas Lamah

Le Liban : un pays sous pression, une population habituée à la crise

La situation au Liban s’est brutalement dégradée ces dernières semaines, avec des bombardements et une montée des tensions dans plusieurs régions du pays. Pour les Franco-Libanais et les expatriés français, cette nouvelle crise s’inscrit dans une longue histoire de conflits. Chez eux « C’est un sentiment de résilience » qui s’ancre, confie Lucas Lamah. Habituée aux crises à répétition, la population tente de faire face, malgré l’épuisement.

« Beaucoup de nos compatriotes du Sud ont dû quitter en catastrophe le Sud pour Beyrouth et le nord Liban »

Mais cette fois encore, les conséquences humaines sont lourdes. « Beaucoup de nos compatriotes du Sud ont dû quitter en catastrophe, début mars, le Sud pour Beyrouth et le nord Liban », explique-t-il. Des familles entières se sont retrouvées dans des situations complexes, parfois du jour au lendemain : « ce sont des milliers de familles qui se sont retrouvées à la rue », informe-t-il.

Au Liban, 22 000 Français concernés, une communauté fragilisée

Selon les chiffres du consulat, environ 22 000 Français sont officiellement inscrits au registre des Français de l’étranger au Liban, un chiffre probablement sous-estimé. « Je crois qu’il y a un petit peu plus de Français quand même, parce que malheureusement, tout le monde n’est pas inscrit au consulat », précise Lucas Lamah.

Lucas Lamah, Conseiller des Français de l'étranger pour le Liban et la Syrie
Lucas Lamah, Conseiller des Français de l'étranger pour le Liban et la Syrie

La situation est d’autant plus complexe que certains Français étaient présents temporairement lors du déclenchement du conflit. « Beaucoup étaient venus au Liban skier et voir peut-être leur famille également », explique-t-il. Bloqués sur place après l’annulation des vols, ils ont dû être accompagnés pour organiser leur retour.

Peur, fatigue et colère : un quotidien sous tension

Dans les zones les plus exposées, notamment à Beyrouth et dans sa banlieue sud, les bombardements rythment le quotidien. « C’est vraiment un sentiment de peur », souligne Lucas Lamah, évoquant des frappes survenant parfois à l’aube.

« C’est la première fois où je sens vraiment un conflit de cette envergure»

À cette peur s’ajoute une profonde lassitude : « un sentiment de fatigue, bien sûr » émerge chez nos compatriotes. Beaucoup d’entre eux expriment également leur incompréhension face à cette nouvelle escalade : « On n’avait pas vraiment besoin de ça », lui disent nos ressortissants sur place. Malgré tout, une forme de résilience persiste. « Je suis sûr que dès que tout va s’arrêter, la vie va reprendre », affirme l’élu consulaire.

Solidarité et entraide : des initiatives pour soutenir les Français

Face à l’urgence, les conseillers des Français de l’étranger se sont mobilisés. L’une des premières priorités a été le logement des déplacés : « on s’est organisé pour mettre ces Français-là en contact avec des personnes qui voulaient bien louer leur appartement ». Des distributions de nourriture ont également été mises en place : « une autre cellule qui venait en aide, qui se chargeait de distribuer des colis de nourriture ».

Lucas Lamah, Conseiller des Français de l'étranger - circonscription Liban et Syrie
Lucas Lamah, Conseiller des Français de l'étranger - circonscription Liban et Syrie

Parallèlement, des efforts importants ont été déployés pour permettre aux Français de passage de quitter le pays, malgré la réduction drastique des liaisons aériennes. « On s’est organisés pour essayer de les aider à trouver des places », notamment via des itinéraires alternatifs.

Une coordination efficace avec les autorités françaises

Dans ce contexte de crise, la coopération avec les autorités françaises est jugée globalement satisfaisante. « Le consulat a fait un excellent travail », assure Lucas Lamah, saluant la réactivité des équipes sur place. Les élus ont joué un rôle de relais essentiel : « on a surtout relayé les messages du consulat », tout en identifiant les personnes les plus vulnérables à évacuer en priorité. Un vol spécial a d’ailleurs permis récemment le rapatriement de nombreux ressortissants.

Vie quotidienne : des services maintenus, une scolarité perturbée

Malgré la situation sécuritaire, les services administratifs continuent de fonctionner normalement. « Le consulat a toujours ouvert ses portes », précise-t-il. En revanche, la scolarité a été temporairement affectée. « Les élèves ont dû suivre des cours en distanciel » avant une reprise progressive en présentiel et la réouverture des établissements, selon les zones.

« Le consulat a toujours ouvert ses portes »

Quant aux élections consulaires prévues fin mai, elles restent pour l’instant maintenues, mais la situation pourrait évoluer. « Dans deux mois, beaucoup de choses peuvent se passer », rappelle Lucas Lamah, soulignant l’incertitude liée au contexte régional.

Une aide matérielle encore insuffisante

Si la réponse institutionnelle est globalement saluée, des besoins persistent, notamment en matière d’aide matérielle. « Il faudrait peut-être essayer de mieux s’organiser pour l’aide matérielle », insiste-t-il, évoquant les difficultés des déplacés privés de ressources. Au-delà du Liban, c’est toute la région qui est touchée par cette montée des tensions. « On est tous dans le même bateau », résume Lucas Lamah.

Face à un conflit qui pourrait s’étendre, l’inquiétude est palpable : « c’est la première fois où je sens vraiment un conflit de cette envergure ». Et l’espoir d’un apaisement reste fragile : « j’espère vraiment que la situation va s’apaiser » confie-t-il en conclusion, se faisant sans doute ainsi le porte-voix des Français établis au Liban.

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