L’Europe souhaite des élections au Venezuela

L’Europe souhaite des élections au Venezuela

janvier 25, 2019 0 Par Fabien Ferasson

Alors que les présidents d’Amérique latine reconnaissent un à un le président autoproclamé au Venezuela, le leader de l’opposition Juan Guaidó, l’UE reste réticente à emboiter le pas des États-Unis. Et appelle plutôt à des élections libres et crédibles.

« Nous pensons qu’il doit y avoir des élections libres et crédibles au Venezuela, supervisées par la communauté internationale, qui permettront au peuple vénézuélien de choisir leur gouvernement », a déclaré le Taoiseach (Premier ministre) irlandais,  Leo Varadkar, dans les couloirs du Forum économique mondial à Davos.

À ce stade, il a exclu de reconnaître Juan Guaidó, comme l’a fait le président américain, Donald Trump, le 23 janvier. « Nous devons en discuter au niveau européen », a-t-il commenté.

Leo Varadkar a souligné qu’il préfèrerait soutenir le vainqueur d’élections libres et crédibles « plutôt que quelqu’un qui s’autoproclame président ».

Ses commentaires surviennent alors que Juan Guaidó, chef du Parlement a décidé mercredi de se nommer président « par intérim » du pays.

« Je jure d’assumer formellement les compétences de l’exécutif national comme président en exercice du Venezuela pour mettre fin à l’usurpation et installer un gouvernement de transition et obtenir des élections libres », a-t-il lancé à la foule le 23 janvier.

Le 24 janvier, une porte-parole de la Commission européenne a aussi refusé de reconnaître explicitement Juan Guaidó et a appelé à un processus politique menant à de nouvelles élections.

« Nous soutenons les forces démocratiques dans le pays », a déclaré la porte-parole lors d’un briefing de la Commission.

Sous le régime de Nicolas Maduro, la nation pétrolière d’Amérique latine souffre d’une crise politique et économique profonde. Les produits de base se font rares et les prix doublent toutes les trois semaines. L’UE n’avait pas reconnu les résultats des élections tenues en mai 2018.

Sur son compte Twitter, le président français, Emmanuel Macron, va dans le même sens que la Commission.

D’autres dirigeants européens n’ont pas osé commenter. La présidente de la Lituanie,  Dalia Grybauskaitė, a déclaré à Euractiv à Davos qu’elle préférait attendre d’avoir plus d’informations sur l’évolution de la crise, qui a déjà fait 16 morts cette année lors d’affrontements entre les forces armées et les citoyens dans la rue.

La position de l’armée sera cruciale pour décider du maintien de fonction de Nicolas Maduro, mais pour l’instant, le ministre de la Défense, Vladimir Padrino López, affirme que les soldats se rangent du côté du président « bolivarien ».

Madrid prend les devants

Leo Varadkar, le Premier ministre irlandais, a déclaré que la position de l’UE serait guidée par la position du Premier ministre espagnol, Pedro Sánchez, qui s’est entretenu par téléphone le 24 janvier avec Juan Guaidó.

Le socialiste espagnol a déclaré au candidat d’opposition que des élections justes et transparentes étaient la solution « appropriée et naturelle » pour surmonter la crise au Venezuela, selon des sources de son équipe.

Pedro Sánchez n’a pas souhaité soutenir ouvertement le président autoproclamé pour maintenir l’unité européenne. Les États membres discuteront du dossier lors du prochain Conseil des Affaires étrangères, dont la prochaine réunion pourrait avoir lieu le lundi 28 janvier.

Les diplomates craignent toutefois que les événements n’évoluent très rapidement, dans les prochaines heures, et n’ont pas exclu de soutenir Juan Guaidó.

Les pays d’Amérique latine font pression sur Pedro Sánchez et ses collègues européens pour qu’ils soutiennent le chef du parlement vénézuélien. Le dirigeant espagnol a ainsi rencontré les présidents de Colombie, Équateur et Costa Rica, également présents à Davos.

La cheffe de la diplomatie européenne, Federica Mogherini, a aussi appelé à des élections, suite au discours de Juan Guaidó devant des milliers de Vénézuéliens descendus dans les rues de Caracas.

« Le peuple vénézuélien appelle massivement à la démocratie et à la possibilité de choisir librement leur propre destin », a déclaré Federica Mogherini.

« Nous sommes très inquiets de ce qui se passe au Venezuela, un pays qui était très prospère et qui fait maintenant face à la pauvreté et à une crise de réfugiés », a commenté Leo Varadkar, avant d’ajouter : « un pays qui devrait être une démocratie opérationnelle avec des droits civils et des droits humains est en train de prendre un chemin très dangereux. »

Les chefs d’entreprise à Davos s’accordent à dire que la solution à la crise devrait être des élections libres et crédibles. Un PDG d’une grande entreprise opérant au Venezuela a quant à lui affirmé que la communauté internationale devait faire preuve de « fermeté » et saisir l’opportunité d’évincer Nicolas Maduro.

Jorge Valero

Un article publié sur le site de notre partenaire

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