Les opérations militaires extérieures (OPEX)

Les opérations militaires extérieures (OPEX)

Six-cents-cinquante-trois soldats français sont tombés en opérations extérieures (Opex) depuis 1963, selon le dernier décompte du Souvenir français. Ce mercredi 04 mars, dans le cadre de la session de l’Assemblée des Français de l’étranger, nos élus leur ont rendu hommage au cours d’une cérémonie au Parc Javel à Paris. C’est l’occasion pour nous de faire le point sur les forces françaises dans le monde.

Une OPEX, c’est quoi ?

Une OPEX se définit avant tout par ses effets juridiques, énoncés à l’article L4123-4 du code de la défense. Deux arrêtés interministériels déterminent le cadre d’une OPEX :

  • un arrêté interministériel concernant les droits des militaires participant à ces opérations et de leurs ayants cause (blessures de guerre, délégation de solde, infirmité…) ;
  • un arrêté interministériel dispensé de toute publication ou diffusion, concernant le champ géographique de l’opération, consultable par les seules autorités publiques ou agents publics justifiant d’un intérêt.

Selon le rapport de l’Assemblée nationale, sur le projet de loi de finances pour 2026 (PLF 2026) intitulé « Défense – Soutien et logistique interarmées », ces effets juridiques des OPEX « constituent le régime le plus protecteur pour les militaires, directement hérité du régime des opérations de guerre« .

Pour rappel, les OPEX se déroulent dans le cadre :

  • de l’ONU : Liban (opération Daman menée dans le cadre de la Finul), Côte d’Ivoire (Onuci), Sahara occidental (Minurso), Liberia (Minufil), République démocratique du Congo (Monusco) ;
  • de l’Union européenne : mandat de la mission militaire de formation en République centrafricaine (EUTM RCA) achevé en juillet 2016 ;
  • de forces multinationales, comme la Force multinationale d’observation (FMO) dans le Sinaï ;
  • national (équipes de protection embarquées sur des bateaux thoniers-senneurs de sociétés d’armateurs privés français)

En ce qui concerne le déclenchement des OPEX, la décision appartient au Président de la République. Les ordres d’opération et la directive administrative et logistique sont, eux, produits par l’état-major des armées. La directive précise le périmètre géographique du théâtre d’opérations et ses modalités de soutien, dont le soutien financier (affectation des dépenses aux budgets opérationnels de programmes OPEX et versement de l’indemnité de sujétion pour service à l’étranger, notamment).

On peut synthétiser ainsi le cadre décisionnel d’une OPEX : « L’OPEX résulte d’une décision politique du pouvoir exécutif, déclinée au niveau militaire par un ordre du chef d’état-major des armées (CEMA) ou, le cas échéant, du directeur général de la gendarmerie nationale, dans un cadre national, multinational ou sous mandat international. Pouvant intervenir à tout moment, la décision de qualification d’une opération extérieure est prise par voie réglementaire (arrêté interministériel) et précise la zone géographique ainsi que la période concernée. »

Les moyens militaires engagés dans les OPEX

Les opérations extérieures mobilisent l’ensemble de l’outil militaire français, chaque composante apportant ses compétences uniques. Les effectifs varient de quelques dizaines à plusieurs milliers de militaires selon l’ampleur et la nature de l’opération. Parmi ces moyens, il y a les forces spéciales. Celles-ci mènent des actions discrètes à très forte valeur stratégique, souvent dans l’ombre, rarement sous les projecteurs.

Plus conventionnelle, l’armée de Terre fournit l’essentiel des effectifs pour le combat terrestre, la sécurisation de zones, et l’appui direct aux populations. Alors que la Marine nationale assure la projection des forces depuis la mer, conduit des frappes aéronavales depuis le groupe aéronaval, et contrôle les espaces maritimes stratégiques.

Les engagements de l'armée de terre
Les engagements de l'armée de terre

Tandis que l’armée de l’Air et de l’Espace garantit la supériorité aérienne, assure le transport stratégique, opère des drones pour le renseignement et la frappe, et fournit un appui aérien rapproché aux forces au sol. Les services interarmées apportent le soutien vital : santé, logistique, renseignement, transmissions. Sans eux, aucune opération ne peut durer.

Enfin, la Gendarmerie assure les fonctions de police judiciaire militaire et participe aux missions de stabilisation.

Du Sahel à la frontière russe

Dans les années 1960 à 1980, les interventions se concentraient principalement en Afrique, souvent dans un cadre bilatéral hérité de la décolonisation. La France intervenait pour soutenir des gouvernements amis ou protéger ses ressortissants.

Les années 1990 ont marqué un tournant vers le multilatéralisme. Les Balkans, le Moyen-Orient : nos engagements se font de plus en plus sous mandat international, dans des coalitions larges.

À partir des années 2000, la professionnalisation des armées accompagne des opérations de plus en plus complexes et techniques. L’Afghanistan représente cette nouvelle génération d’OPEX, longues, exigeantes, multidimensionnelles.

Depuis les années 2010, deux axes structurent l’essentiel de nos engagements : la lutte contre le terrorisme, notamment au Sahel, et la dissuasion face aux puissances étatiques sur le flanc Est de l’Europe. Le monde change, nos OPEX s’adaptent. Comme, en 2013, où la France a déployé l’opération Serval. Celle-ci a stoppé net l’offensive de groupes djihadistes qui menaçaient de prendre le contrôle du Mali. Cette intervention rapide et réussie se transforme ensuite en Barkhane, une opération de plus grande ampleur qui s’étend à plusieurs pays du Sahel, mobilisant jusqu’à 4 600 militaires.

Militaires français
Militaires français

Cette longue campagne illustre à la fois la détermination de la France et les immenses défis de la stabilisation dans un environnement aussi vaste et complexe. Les résultats tactiques sont réels, mais la stabilisation politique reste fragile.

Désormais, face à la dégradation de la sécurité européenne, la France déploie des forces en Estonie et en Roumanie dans le cadre de l’OTAN. Ces opérations démontrent notre capacité à jouer le rôle de nation-cadre et notre engagement envers nos alliés les plus exposés.

Auteur/Autrice

  • Loic Pautou est un jeune Français parti en VIE au Vietnam et qui n'est jamais revenu. Propriétaire d'une agence de tourisme à Hanoï, il écrit aussi pour Lesfrancais.press et le Guide du Routard.

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