Maboul, en hébreu ancien, c’est le déluge, la destruction de toute créature. C’est aussi le processus de fusion du cuivre dans le fourneau, sa régénération, sa métamorphose. Le Maître du Maboul est le dieu du déluge ou de la forge. En arabe, Maboul dit la confusion, la folie, sens qu’a adopté le français. Ce qui permet à de nombreux dingues de se prendre pour les maîtres du Maboul, de promettre folie et destruction à la fois, quand le monde se métamorphose.
Déluge de feu en Ukraine, à Gaza, déluge de morts en Iran, au Soudan. Chacun se prépare au pire. La Chine défile au pas, double sa marine militaire, imagine un vaisseau spatial de 120 000 tonnes, 242 mètres de long, 684 de large, qui embarquerait 88 chasseurs sans pilote. Britanniques et Japonais testent des canons laser. Les Français, comme d’autres, des drones sous-marins. Rien de nouveau sous le soleil : les armes s’affûtent, explorent de nouveaux espaces, de nouveaux tissus chair, celle du voisin. Lions ou hyènes, ânes ou moutons, toujours des bêtes.
Les armes changent parfois l’univers
Mais les armes changent parfois l’univers. Plutôt, l’univers mental change les blessures que dessinent les armes, modèle un autre monde. Le déluge ayant submergé la terre, une autre apparut des eaux, avec une autre humanité. La régénération régulière du monde s’appelle un jubilé, même racine que maboul, pour dire que tout s’efface : les dettes, le passé, les péchés. La fusion du cuivre, qui, mêlé à l’étain, donna le bronze, fit de l’humanité cette race de héros, et de serviteurs. Il ne suffisait pas de découvrir le bronze pour changer les villes et les dieux, il fallait changer les dieux pour donner au bronze (ou au déluge) la force des mythes et faire surgir un autre monde, dans la douleur. Nous y sommes.
Les puces ne changent pas le monde, ni internet. Mais la multiplication des quantités change la qualité. Ainsi du grain, du fer, de l’imprimerie, de l’électricité, de l’IA et demain du calcul quantique. Quand se conjuguent la révolution des esprits et celles des outils, l’ancien monde se meurt dans une espèce de folie, quand le nouveau surgit dans l’effroi, avec des monstres qui se croient des maîtres.
Le capitalisme est l’invention du futur, c’est-à-dire du crédit
D’abord la métamorphose. Le capitalisme est l’invention du futur, c’est-à-dire du crédit. Quand les Papes inventèrent la banque, pour collecter la dime, ils imaginèrent les indulgences, journées de paradis promises aux pécheurs. Les Réformés, antipapistes libérés, fondèrent le crédit bancaire. Toute la révolution industrielle, chemins de fer, pétrole, téléphone et porte-avions se fit à crédit. L’État se construit par l’impôt futur : la dette. Les États les plus riches étant les plus endettés. La dette dépasse le seuil « soutenable » défini par les économistes. La monnaie ne suffit plus. D’autres se créent. Les cryptomonnaies se superposent à l’or. Les spéculations se déchaînent, les krachs, petits déluges, se multiplient, se résorbent, effacent.

La course aux armements de l’IA atteint mille milliards en 2026
Les entreprises mondiales inventent de nouveaux mondes. Space X (Starlink), fusionne avec xAI, (intelligence artificielle) et X (réseau social), formant une chimère de 1.250 milliards de dollars. xAI lève 20 milliards pour investir dans l’IA. Petit joueur. Google en investit 180, Amazon 200. La course aux armements de l’IA atteint mille milliards en 2026. Cela ne veut rien dire ? A titre de comparaison le PIB de la France est de 2700 milliards, sa dette de 3200, militaire dans le budget 2027 est de 6 milliards. Mais qui compte ce qui se passe dans les têtes ?
Et les vieilles armes ? Avec l’extinction de Start 2, il n’y a plus aucun traité sur la maîtrise des armements nucléaires. Les dépenses militaires mondiales, atteignent « seulement » 2.700 milliards en 2024, record provisoire. Elles atteindront 6000 milliards en 2030. C’est évidemment ce qu’attend la population : Le déficit de financement des objectifs de développement durable s’évalue à 4000 milliards de dollars. Mais il faut bien des armes contre les armes.

Encore que. Que vaudront demain les Sukhoï que stocke l’Algérie pour sa guerre froide contre le Maroc, quand un réseau d’IA, indétectable dans le maquis des satellites, en prendra le commandement ?
Des outils inouïs sont à la disposition de l’humanité
Le monde nouveau peut être meilleur que l’ancien. Il peut même être extraordinaire. Des outils inouïs sont à la disposition de l’humanité. Comment empêcher ceux qui se prennent pour les maîtres du Maboul d’empêcher d’éclore les nouvelles idées, de tout détruire ? Aux États-Unis comme en Chine, le pouvoir ne raisonne que par purge. Au Moyen-Orient, l’Islam résiste contre toute modernité. Les régimes en place rivalisent d’autocratie. En Europe, le « despotisme doux », lente montée des eaux, submerge peu à peu les vies quotidiennes. Tocqueville : « Il (l’État) veille à leur sécurité, dirige leur industrie, règle leur héritage… que ne peut-il leur ôter entièrement le trouble de penser et la peine de vivre ? »
Partout les pouvoirs sentent que les piliers de leur autorité, armée, police, prestige, monnaie, vacillent. Les déchirements se multiplient, les frontières s’affaissent, malgré la hargne à construire de nouveaux murs.
Quand de nouvelles richesses croissent de façon exponentielle, les salaires stagnent
Quand de nouvelles richesses croissent de façon exponentielle, les salaires stagnent. Les écarts explosent. Non que les uns s’appauvrissent : jamais la pauvreté ne fut si basse. Mais ceux qui sont à la pointe de la révolution vivent dans la multiplication.
La civilisation de l’immatériel s’impose. Les maîtres de forge peuvent devenir plus puissants que les maîtres du déluge.
Faire en sorte que le plus grand nombre participe à la nouvelle richesse est la question de ce siècle. Ne pas la résoudre provoquera guerres et retards. La solution est la participation de tous au capital de ces géants. La possibilité d’être acteur et non cible. Quel avenir pour le statut des fonctionnaires et l’âge de la retraite dans ce nouveau monde ? Quel rôle pour l’État dans cette nouvelle donne ? Empêcher les eaux de monter ? Reproduire l’énergie des étoiles ? Redonner espace et liberté aux acteurs.
Auteur/Autrice
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Député de Paris de 1993 à 2002, Ambassadeur au Honduras de 2007 à 2010, puis au Conseil de l'Europe de 2010 à 2013, il a fondé le media lesfrancais.press dont il est le Président.
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