Les Français, rois du pessimisme !

Les Français, rois du pessimisme !

Depuis la pandémie de covid en 2020, les ménages français se distinguent nettement de leurs homologues européens par un décrochage marqué entre leur perception de la situation économique du pays et celle de leur situation financière personnelle.

Confiant pour soi mais pas pour la France

Alors que l’opinion sur leur avenir personnel est restée globalement stable, le pessimisme à l’égard des perspectives économiques nationales s’est fortement accentué, davantage qu’en Allemagne et en Italie. Cette dissociation apparaît comme une spécificité française. Sur la période récente (septembre 2024 – octobre 2025), près de trois ménages français sur quatre se déclarent optimistes quant à leur situation personnelle future, un niveau proche de celui observé avant la crise sanitaire. En revanche, la part des ménages pessimistes concernant l’avenir économique du pays atteint désormais près des deux tiers de la population, contre un peu moins de 40 % avant 2020.

L’écart entre ces deux perceptions s’est ainsi creusé de façon spectaculaire : il est passé d’environ 6 points avant la pandémie à plus de 30 points aujourd’hui. Cette évolution contraste avec celles observées en Allemagne et en Italie. Dans ces deux pays, le pessimisme à l’égard de la situation nationale s’est également accru, mais dans des proportions nettement moindres, et surtout en parallèle d’une dégradation du sentiment sur la situation personnelle. En France, au contraire, le choc est quasi exclusivement macroéconomique et politique, sans traduction équivalente au niveau individuel. L’analyse fine des réponses individuelles confirme ce diagnostic.

France en déclin
Image d'illustration ©AdobeStock

La proportion de ménages à la fois optimistes pour eux-mêmes et pessimistes pour le pays est passée de 23 % avant la pandémie à 43 % aujourd’hui, soit près de la moitié de la population. Cette progression concerne l’ensemble des catégories de revenus et d’âge, même si elle est légèrement plus marquée chez les plus de 30 ans et chez les ménages les plus aisés. Les jeunes apparaissent relativement moins affectés, mais participent néanmoins au mouvement. Parallèlement, l’opinion sur la situation financière personnelle évolue de manière contrastée selon les pays et les groupes sociaux.

En France, les Boomers ont le moral !

En Allemagne et en Italie, la dégradation récente est principalement portée par les ménages modestes et, en Allemagne, par les plus âgés. En France, cette opinion est restée globalement stable, masquant toutefois un léger regain de pessimisme chez les 30-49 ans, compensé par une amélioration chez les plus de 64 ans. Enfin, cette dissociation entre pessimisme national et confiance personnelle est étroitement associée à la dynamique de l’épargne.

Depuis fin 2024, la part des ménages déclarant épargner a augmenté sensiblement. Cette hausse est particulièrement marquée parmi ceux qui se déclarent optimistes pour leur situation personnelle tout en étant pessimistes pour l’avenir du pays. Autrement dit, le pessimisme macroéconomique semble alimenter une épargne de précaution, portée par des ménages qui ne se sentent pas directement fragilisés mais anticipent un environnement collectif dégradé.

Dans l’ensemble, le texte met en lumière une défiance spécifiquement française à l’égard des perspectives économiques nationales, davantage liée au climat politique et institutionnel qu’aux conditions matérielles immédiates des ménages, et dont l’un des principaux effets économiques est un renforcement des comportements d’épargne.

Auteur/Autrice

  • Philippe Crevel est un spécialiste des questions macroéconomiques. Fondateur de la société d’études et de stratégies économiques, Lorello Ecodata, il dirige, par ailleurs, le Cercle de l’Epargne qui est un centre d’études et d’information consacré à l’épargne et à la retraite en plus d'être notre spécialiste économie.

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