Les Français du Vénézuéla dans l’attente

Les Français du Vénézuéla dans l’attente

Après 13 ans au pouvoir, Nicolas Maduro n’est plus à la tête du Venezuela. Capturé samedi et détenu depuis aux USA, il comparait devant le tribunal de New York pour narcoterrorisme. Quelles conséquences pour les Vénézuéliens et pour les Français qui résident sur place ?

Une opération de barbouzes ?

Après l’arrestation de Nicolas Maduro par l’armée américaine, le 3 janvier 2025 à Caracas, dénoncée par de nombreuses voix comme une atteinte au droit international, Delcy Rodriguez, jusqu’alors vice-présidente et fidèle parmi les fidèles du régime Maduro, a pris la tête du pays pour 90 jours, dans un premier temps, tandis qu’une transition politique reste pour l’heure très floue.

Si Donald Trump a justifié l’enlèvement de Maduro par sa guerre contre la drogue et sa volonté de protéger le peuple américain, il n’a pas caché non plus son intérêt pour le pétrole vénézuélien et entend bien en tirer parti, ce qui pose des questions sur la souveraineté du pays et la nature même de l’opération menée. L’ONU a exprimé mardi sa profonde inquiétude après l’intervention militaire américaine au Venezuela, avertissant qu’elle « a sapé un principe fondamental du droit international ».

« Les États ne doivent pas menacer ou recourir à la force contre l’intégrité territoriale ou l’indépendance politique d’un autre État »

D’après Jean-Marie Guéhenno, ancien secrétaire adjoint de l’ONU, la mise sous tutelle du Venezuela par Donald Trump doit permettre aux Européens de comprendre que les États-Unis sont un prédateur pour l’Europe, au même titre que la Russie et la Chine.

Les Vénézuéliens circonspects

Dans les rues de Caracas, les Vénézuéliens se demandent à quelle sauce, ils seront mangés. Mais surtout par qui ? D’ailleurs, dans des propos rapportés par l’Agence France-Presse (AFP), des exilés vénézuéliens disent ne pas vouloir se précipiter pour rentrer dans un pays toujours gouverné par des chavistes. Car oui, finalement, Donald Trump a abandonné son projet de mise sous tutelle directe du pays, et le président élu réfugié en Espagne semble être toujours hors-jeu.

Mais pour les citoyens du pays, la principale raison invoquée pour différer un retour, c’est l’économie exsangue du Venezuela. Ils justifient ainsi leur choix de continuer de travailler à l’étranger et d’envoyer des devises à domicile. Certains expriment également leur crainte de l’appareil sécuritaire vénézuélien, pointant du doigt les paramilitaires qui ont arpenté les rues de Caracas samedi pour réprimer toute manifestation de joie après la destitution de Maduro.

Le monde sous le choc

Du côté de la sphère diplomatique, c’est le choc ! Pourtant Donald Trump a martelé que l’opération était une mesure de sécurité nationale, affirmant, samedi dernier, que « les États-Unis sont une nation plus sûre ce matin » et que Maduro représentait une menace. Mais plus que le fond, c’est la forme qui est mis en exergue par les chefs d’État du monde.

Nicolás Maduro et sa femme, Cilia Flores, lors de leur transfert en hélicoptère puis en véhicule blindé vers le tribunal fédéral de Manhattan à New York.
Nicolás Maduro et sa femme, Cilia Flores, lors de leur transfert en hélicoptère puis en véhicule blindé vers le tribunal fédéral de Manhattan à New York. © K. Mazza CNP/NEWSCOM/SIPA

Antonio Guterres a exprimé cette inquiétude quant au non-respect du droit international, qualifiant l’opération de « dangereux précédent ». Il a souligné la fracture au sein de l’ordre international entre la conception extraterritoriale de l’État de droit et les principes de souveraineté et de non-agression.

L’UE, sur la même ligne, par la voix de Kaja Kallas, a rappelé que « en toutes circonstances, les principes du droit international et de la Charte des Nations unies doivent être respectés ». Elle a appelé tous les acteurs à la retenue pour éviter une escalade et garantir une solution pacifique.

En France, Emmanuel Macron a d’abord salué la fin de la « dictature Maduro », avant de nuancer sa position en rappelant l’importance du droit international. Le député des Français d’Amérique du Sud, suppléant d’Éléonore Caroit, désormais ministre des Français de l’étranger, Benoît Larrouquis, issu du parti présidentiel, a salué la chute de Nicolás Maduro comme « une lueur d’espoir pour le peuple vénézuélien », estimant que la fin de la « dictature Maduro » ne peut que réjouir les Vénézuéliens. Il a rappelé que le cœur du sujet n’est pas la polémique autour des tweets ou des réactions diplomatiques, mais la crise démocratique et humanitaire profonde que traverse le Venezuela. Il a aussi souligné que la transition à venir doit être pacifique, démocratique et respectueuse de la volonté du peuple vénézuélien.

Mais, lundi, les groupes parlementaires de La France insoumise (LFI) et du Parti communiste français (PCF) se sont mobilisés contre l’action américaine. Ils souhaitaient, en effet, que Sébastien Lecornu active l’article 50-1 de la Constitution.

« Si les présidents de groupe me saisissent d’un 50-1 (…) oui, un débat aura lieu [à l’Assemblée nationale], je m’y engage »

Dénonçant « l’enlèvement » de Nicolas Maduro, la cheffe des députés LFI, Mathilde Panot, avait demandé au chef de gouvernement « de venir présenter la position du gouvernement sur les actions illégales des États-Unis d’Amérique ainsi que les manquements manifestes du président de la République à la défense de la position internationale de la France ». Une position suivie par Karim Ben Cheik, seul député de gauche des Français de l’étranger comme par Hélène Conway-Mouret, sénatrice PS des Français de l’étranger. Elle a, d’ailleurs, vivement critiqué l’intervention américaine, la qualifiant de violation grave du droit international a aussi pointé l’insuffisance de la réaction française, qu’elle a jugée en dessous des attentes, notamment sur la défense du droit international.

« Quels sont les leviers que nous avons pour imposer le respect du droit international ? »

Ce mardi, devant l’Assemblée nationale, le premier ministre français, Sébastien Lecornu, a assuré qu’un débat aura bien lieu au sein de l’Hémicycle sur l’opération américaine au Venezuela qui a conduit à l’enlèvement de Nicolas Maduro et de son épouse, Cilia Flores.  Tandis que le reste du monde s’interrogera encore sur l’identité de la  nouvelle cible de Donald Trump, le Groenland, la Corée du Nord, La Colombie… À suivre.

Auteur/Autrice

  • Américain par accident (sa mère accoucha de façon prématurée lors d'un voyage professionnel), Eric Victorien décida d'aller rejoindre ce pays qu'il ne connaissait pas à sa majorité. Il participa même à des émissions de télé-réalité. Aujourd'hui, il anime un programme radio à Los Angeles et est correspondant du site Lesfrancais.press.

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