« Le suspendu de Conakry » de Jean-Christophe Rufin

« Le suspendu de Conakry » de Jean-Christophe Rufin

octobre 10, 2018 0 Par La rédaction

 

 

Jean-Christophe Rufin est un honnête homme, comme on l’était au siècle des lumières. 

Diplômé de la Faculté de Médecine de Paris, cet interne en psychiatrie rejoignit Médecins Sans Frontières, dirigea de nombreuses missions en Afrique et en Amérique Latine et  joua un rôle essentiel dans l’ONG  Action contre la Faim, qu’il présida quelques années.

Diplômé de Sciences Pô, il développa un  goût certain pour les relations internationales et la politique. Conseiller au cabinet du ministre en charge des Droits de l’Homme (1986-1998), il fut aussi ambassadeur de France au Sénégal et en Gambie (2007-2010) avant de conseiller Martine Aubry.

Cet homme d’action est aussi un écrivain reconnu pour ses romans qui allient récits de voyage et contexte historique. Rouge Brésil, lui valut en 2001 le Prix Goncourt. Le livre  raconte une partie méconnue de l’épopée  coloniale française: la tentative de colonisation du Brésil par les Français au XVIème siècle.

En 2008  le parcours de l’honnête homme trouve sa consécration: Jean-Christophe Rufin est élu à l’Académie Française au fauteuil de Henri Troyat.

Le dernier livre de Jean-Christophe Rufin est d’un registre différent : il s’agit d’un roman policier.

Le personnage principal est Aurel Timescu,  vice-consul de France à Conakry, capitale d’un pays africain, la Guinée. Aurel est un anti-héros, un personnage à la fois ridicule et attachant, doté d’un accent roumain et d’un passé de pianiste de bar. Il n’est pas à sa place au Quai d’Orsay et sa carrière est médiocre. Lui qui déteste la chaleur est envoyé en Afrique. Il passe le temps à boire et écrire des opéras quand tout bascule soudainement :  un plaisancier blanc est retrouvé pendu au mât de son voilier. Personne ne s’intéresse à ce crime, sauf Aurel qui, de vice-consul engourdi  par l’alcool et l’inaction de la diplomatie, se transforme en fin limier….

Derrière un agréable et captivant roman policier, on découvre le regard sans complaisance porté par un fin connaisseur de l’Afrique et des relations internationales.  Rufin n’est pas un diplomate mondain comme le fut en son temps un autre académicien, Paul Morand. Son livre est bien plus proche des thrillers politiques de Douglas Hurd, l’ancien Ministre des Affaires Etrangères de  Margaret Thatcher.  A travers l’enquête de ce consul à contre-emploi, Jean-Christophe Rufin nous fait découvrir l’Afrique contemporaine.  Nul doute que sa double expérience d’ambassadeur et d’humanitaire ne lui ait inspiré ce policier à double enquête au terme duquel le lecteur découvre non seulement le meurtrier d’un plaisancier mais aussi les fléaux d’un continent.

 

 

 

Le suspendu de Conakry,  Jean-Christophe Rufin, Flammarion, 2018, 332p, 19,50euros

La Rédaction,

Le 05/10/2018

 

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