Le Sénateur Le Gleut répond aux francais.press

Le Sénateur Le Gleut répond aux francais.press

novembre 29, 2019 0 Par Francois Lestanguet

Ronan Le Gleut, Sénateur LR des Français établis hors de France, est revenu avec nous sur les principaux dossiers qu’il défend au Sénat ainsi que les principales problématiques qui touchent les Français de l’étranger.

M. le Sénateur, vous êtes né à Berlin. Les commémorations du 30ème anniversaire de la chute du mur ont forcément réveillé des sensations chez vous.

J’ai une relation forcément particulière avec Berlin. J’y suis né, dans le secteur français, à l’hôpital militaire des forces françaises de Berlin. Mon épouse, de nationalité allemande, est elle née à Berlin Est et nos deux garçons y sont nés également et sont binationaux.

Concernant la réunification, Jean-Luc Mélenchon a récemment eu des mots très durs, ils sont totalement faux. Il ne

faut pas oublier que la première élection post-changement fut libre, parfaitement démocratique et remportée par la CDU. M. Mélenchon exprime ainsi une fois de plus sa germanophobie, ce n’est pas un homme de l’amitié entre la France et l’Allemagne. Pour ma part, je suis un Gaulliste, je crois aux symboles et notamment à celui que le Général a tendu aux Allemands au nom de la réconciliation. C’est aussi pour cela que j’ai défendu le traité d’Aix la Chapelle qui a très largement été adopté au Sénat.

Cependant la réunification ne fut bien sûr pas sans difficultés. Mon épouse a une belle expression sur ce sujet : « j’ai grandi dans deux pays sans changer d’adresse ».

Vous avez par ailleurs récemment été nommé à des responsabilités au sein du parti Les Républicains, pouvez-vous nous en dire plus ?

Ce fut une heureuse surprise. J’ai soutenu Christian Jacob et je suis ravi de devenir secrétaire général adjoint des relations avec les partis étrangers.
J’ai à cette occasion accompagné M. Jacob à Zagreb pour l’élection du nouveau président du PPE, M. Tusk. Ce fut aussi l’occasion de rencontrer les Premiers Ministres Grec et Croate, tous deux francophones.

Le travail s’étend au-delà de l’Union européenne, Une délégation vietnamienne a tenu à nous rencontrer et nous allons bientôt dialoguer avec une délégation chinoise. Tout ceci est particulièrement intéressant.

L’année prochaine sera l’occasion d’enjeux importants, avec les municipales et aussi les élections consulaires, êtes-vous confiant ?

Nous avons plusieurs mairies très importantes et je pense que les citoyens sont satisfaits, je pense que cela va bien se passer et nous travaillons activement pour une victoire.

Concernant les consulaires nous avons également beaucoup d’élus sortants, avec un bon bilan et nous comptons nous appuyer sur leur travail d’élus locaux. Dans les élections consulaires partielles, LREM n’a pas remporté les scores atteints à la présidentielle et aux autres scrutins depuis 2017. LR a par exemple été en tête lors de l’élection partielle au Qatar.

L’année prochaine sera aussi, peut-être, l’occasion d’une révision des institutions avec moins de députés de l’étranger et une circonscription unique. Qu’en pensez-vous ainsi que votre groupe ?

Le Consulat de France à Séville

Il n’y a pas d’accord pour le moment mais je sais que le Président du Sénat Larcher est ouvert à la discussion. Par ailleurs, le Premier Ministre Philippe n’est pas un défenseur acharné de cette possibilité. Ce qui m’interpelle le plus est que les députés des Français hors de France de la majorité doivent avant tout défendre les intérêts des expatriés. Quand ils votent des hausses d’impôts, quand se passe la confusion inadmissible concernant la fiscalité des non-résidents, quand le consulat de Séville ferme, ainsi que l’institut français d’Oslo, ce n’est pas normal. Ils ont sur la fiscalité décidé un moratoire mais ce n’est qu’une manière de passer les mesures après les élections.

Sur cette question de la fiscalité, les non-résidents devront choisir entre plusieurs possibilités, plusieurs taux. Il est important dès lors, et je l’ai défendu au Sénat, qu’existe aussi un simulateur pour cette catégorie de contribuables. Le Secrétaire d’Etat a été plutôt réceptif à l’idée.

Autre sujet important, l’éducation. Le réseau AEFE va se voir allouer 25 millions d’euros supplémentaires. Pensez-vous que cela sera suffisant face à l’objectif présidentiel de doubler le nombre d’élèves dans les établissements à l’étranger d’ici 2030 ?

Le Lycée français de Lisbonne

Cela fait en réalité suite à une baisse du budget de 33 millions d’euros au début du quinquennat, soit 8,5% de la dotation de l’Etat à l’AEFE. Il a été demandé aux établissements en gestion directe et aussi les établissements conventionnés de faire « remonter » des moyens supplémentaires, passant de 6 à 9%. Avec ces nouveaux fonds, nous ne faisons que revenir à la situation de 2017 en réalité.

Concernant le doublement du nombre d’élèves, nous faisons face à deux problèmes : si l’on augmente le nombre d’élèves sans toucher au budget des bourses, la classe moyenne ne peut plus se permettre de scolariser ses enfants dans un lycée français : elle est trop « aisée » pour bénéficier d’une bourse mais le coût reste trop important, surtout s’il y a plusieurs enfants. Par ailleurs, il n’y a pas de carte scolaire, et certains établissements, notamment en Afrique, sont fragiles. De nouveaux établissements privées peuvent ouvrir à proximité créant une concurrence franco-française qui est nuisible.

Vous êtes enfin un spécialiste des questions de défense. Le Président a parlé, à propos de l’OTAN, de mort cérébrale, cela vous a sans nul doute interpellé…

Quel avenir pour l’OTAN?

Je ne crois pas à l’idée d’une armée européenne, à la fin des armées nationales. Nous avons travaillé 10 mois sur cette thématique et tous les partenaires européens de la France demeurent très attachés à l’OTAN. Leur défense passe par les USA et le budget de l’armée française, bien que conséquent, n’est en aucune manière comparable. Je pense que les propos du président auront un impact négatif auprès de nos partenaires. Pour autant, nous ne pouvons pas éternellement compter sur le parapluie américain. Il faut construire une défense européenne en s’appuyant sur les armées nationales.

La France paye le prix du sang pour défendre le continent, il faudrait parler de défense européenne, avec notamment la création d’une Direction Générale défense et espace, comme l’a annoncé la nouvelle présidente de la Commission européenne

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