Le Parlement adoube la nouvelle Commission européenne

Le Parlement adoube la nouvelle Commission européenne

novembre 29, 2019 0 Par Euractiv

Le nouvel exécutif d’Ursula von der Leyen, qui se veut l’instigateur d’un « nouveau départ pour l’Europe », a été approuvé par le Parlement mercredi 27 novembre à une large majorité de 461 voix pour, 151 contre et 89 abstentions.

Première femme à diriger la Commission, Ursula von der Leyen peut se targuer d’avoir obtenu une solide majorité en faveur de son équipe de commissaires. Décrite comme « exceptionnelle » et « presque » paritaire par sa présidente élue, son équipe est aussi la première à ne pas compter de Britannique.

Petit bémol, l’hémicycle était à moitié vide pendant le discours d’Ursula von der Leyen à Strasbourg mercredi 27 novembre, ce qui montre aussi le peu de cas que font certains élus de cet épisode.

La présidente élue a évoqué l’esprit de la Révolution de velours tchèque, et déclaré que pour elle, l’Europe « n’[était] pas une question de partis ou de politique, de règles ou de règlements, de marchés ou de monnaies », mais « en définitive et avant tout, de personnes et de leurs aspirations ».

« Au cours des cinq prochaines années, notre Union s’engagera dans une transformation qui touchera tous les secteurs de notre société et de notre économie. Et nous nous y attellerons parce qu’il est juste de le faire. Pas parce que ce sera facile », a-t-elle souligné.

Un peu plus à l’aise qu’en juillet, lorsqu’elle avait été nommée par le Conseil européen pour succéder à Jean-Claude Juncker à la tête de la Commission, Ursula von der Leyen n’a guère digressé durant son discours, à l’exception d’une allusion faite au Brexit.

Bien qu’elle n’ait pas prononcé le mot qui fâche, elle a mentionné qu’un « membre de [la] famille a[vait] l’intention de quitter [l’] Union », sous les applaudissements des quelques députés du Parti du Brexit présents dans la salle.

À la satisfaction des autres eurodéputés, elle a ensuite ajouté : « une grande majorité de cette Assemblée semble heureuse de voir qu’un très, très petit groupe dans cet hémicycle ne pourra plus applaudir aussi fort ».

Ursula von der Leyen a livré peu de détails sur son programme, mais a promis que l’UE mènerait la lutte contre le changement climatique en s’appuyant sur le Green deal, deviendrait plus innovante, et s’imposerait comme une puissance numérique avec une économie sociale de marché forte.

Elle a également évoqué la nécessité de trouver une réponse commune aux défis tels que la migration et le renforcement du rôle de l’UE sur la scène mondiale.

Une UE plus verte et plus innovante

Alors que le Parlement européen débat pour savoir s’il convient de déclarer l’« urgence climatique » en Europe, la présidente élue a qualifié le changement climatique de « question existentielle » pour l’UE et pour le monde et a affirmé que le Green deal européen était « incontournable ».

Bien qu’elle ait donné peu de détails, elle a indiqué qu’il contribuerait à réduire les émissions tout en créant des emplois. « Il s’agit d’effectuer une transition générationnelle vers la neutralité climatique d’ici au milieu du siècle. Mais elle doit être juste et inclusive, sinon elle n’aura pas lieu du tout », a-t-elle mis en garde.

Elle a admis qu’un tel changement économique nécessiterait des investissements publics et privés « considérables » y compris pour l’innovation et la révolution numérique. Et pour stimuler ces apports financiers, la Commission compte sur la Banque européenne d’investissement.

« Depuis des années, nous investissons moins dans l’innovation que nos concurrents. C’est un énorme handicap pour notre compétitivité et notre capacité à mener cette transformation », a-t-elle ajouté.

La présidente élue a appelé à travailler à l’achèvement de l’union des marchés de capitaux, pour « améliorer l’accès au financement des petites entreprises et des start-ups afin de leur permettre de croître, d’innover et de prendre les risques nécessaires ».

Ursula von der Leyen a aussi affirmé que le prochain budget à long terme de l’UE devrait être « considérablement modernisé », car le monde d’il y a sept ans ne ressemble en rien à celui qui prendra forme « dans les sept prochaines années ».

Un nouveau cadre financier pluriannuel a été présenté en 2018 par la Commission sortante. La présidente élue n’a pas précisé dans son intervention si elle avait l’intention de modifier cette proposition.

L’UE sur la scène mondiale

Ursula von der Leyen, qui a décrit son propre collège comme une « Commission géopolitique », a une nouvelle fois souligné le rôle de l’Europe sur la scène mondiale. « Le monde a plus que jamais besoin de notre leadership », a-t-elle affirmé, appelant l’UE à être « une force pour la paix et le changement positif ».

« Nous pouvons être les artisans d’un meilleur ordre mondial », a-t-elle ajouté.

« Ma Commission n’aura pas peur de s’exprimer avec confiance et assurance. Mais nous le ferons à notre manière, à la manière européenne », a-t-elle insisté, faisant allusion à la Chine, à la Russie ou aux États-Unis. « C’est la Commission géopolitique que j’ai en tête et dont l’Europe a un urgent besoin ».

Quelques semaines après l’échec de l’ouverture du processus d’adhésion à l’UE de la Macédoine du Nord et de l’Albanie, la présidente élue a soutenu que l’Europe « [devait] démontrer » que les Balkans occidentaux « partager [aien] t aussi le même destin ». « Notre porte reste ouverte », a-t-elle ajouté.

La France a bloqué l’ouverture des négociations d’adhésion de la Macédoine du Nord à l’UE. Celle-ci avait pourtant promis de récompenser Skopje par un ticket d’entrée pour l’UE grâce à l’accord historique de Prespa conclu avec la Grèce.

Ursula von der Leyen a regretté qu’au cours des dernières années, l’UE ait dû se concentrer sur la « gestion de crise après des situations d’urgence ». Et l’une des crises qui a le plus crûment révélé les différences entre les États membres a été la mauvaise gestion des flux migratoires à partir de 2015.

La présidente élue de la Commission s’est engagée à trouver une « solution qui fonctionne pour tout le monde », et déclaré que si l’Europe allait continuer à « offrir un refuge à ceux qui ont besoin d’une protection internationale », elle devait également veiller à ce que « ceux qui n’ont pas le droit de rester retournent chez eux ».

La réforme du système d’asile de l’UE, le renforcement des contrôles aux frontières « pour nous permettre de restaurer le fonctionnement normal de Schengen » et une coopération accrue avec les pays tiers figurent parmi les priorités d’Ursula von der Leyen en matière de migration.

« Une Europe si fière de ses valeurs et de l’État de droit doit pouvoir apporter une réponse à la fois humaine et efficace », a-t-elle déclaré.

« Nous sommes prêts. Mais surtout, l’Europe est prête. Mon message est simple : mettons-nous au travail », a-t-elle conclu.

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