L’arme des sanctions contre l’Iran  touche l’Europe.

L’arme des sanctions contre l’Iran touche l’Europe.

novembre 5, 2018 0 Par La rédaction

Les sanctions américaines contre l’Iran sont en vigueur depuis le 5 novembre. Elles ont déjà produit trois effets : la chute de la monnaie iranienne de 70%, la baisse de la production de pétrole iranien d’un tiers, le maintien du cours du baril à plus de 80$. Les Etats-Unis ont exempté des sanctions certains pays comme la Turquie, la Chine, le Japon, la Corée, l’Inde, qui représentent déjà la quasi-totalité des exportations iraniennes. Les principales victimes de ces sanctions, sont, outre l’Iran, les Européens, qui perdent les contrats iraniens et paient le pétrole plus cher, ce qui profite aux Russes, Saoudiens et … Américains. La politique américaine revient à maintenir un pétrole assez cher pour ses producteurs, mais pas trop cher pour ne pas trop favoriser les Russes.

Johne Bolton, le Conseiller à la sécurité de Donald Trump, affirme chercher un changement de régime en Iran, en privant l’économie iranienne de ressources et d’investissements. Les effets des sanctions se font effectivement sentir en Iran. Cela profitera-t-il aux « Modérés » ou aux Radicaux ? Trump ne croit ni aux Radicaux ni aux Modérés, il vise l’effondrement du régime. Quand on voit ce qu’il est advenu des « révolutions arabes », on peut douter d’une révolte populaire dans un régime si bien tenu.

En revanche, Trump espère que l’assèchement des ressources iraniennes l’obligeront les Iraniens à changer de politique en Syrie, au Liban, au Yemen et ailleurs. C’est possible. Une radicalisation aussi est possible. Car l’Iran peut se trouver des alliés.

D’abord liés par l’intérêt : le pétrole de contrebande coulera à flot, comme il a coulé pour Daech. Ce qui constitue une chaine de solidarité, d’enrichissement, de réseaux parallèles, est utile pour le pétrole comme pour beaucoup d’autres trafics. Sauf que ce sont des puissances d’Etat qui constituent les réseaux officieux.

Ensuite par la crainte : l’imperium américain, son caractère unilatéral et abusif, suscite des craintes y compris chez ses alliés. La plupart des pays, sauf l’Arabie saoudite, ont intérêt à ce que les sanctions échouent. Et au sein des pays du Moyen Orient, les oppositions internes sont fortes, souterraines et violentes.

Les sanctions vont frapper l’Iran, mais aussi renforcer une alliance de fait contre l’Amérique. C’est sans doute la raison pour laquelle les Etats-Unis ont exempté certains pays de se conformer aux sanctions américaines. Ne pas les pousser trop loin d’eux est une façon de garder une marge de manœuvre et de négociation. Car tout est à négocier et tout est lié : la Syrie, le Liban, Israël, le Yémen, la Turquie, les Kurdes, le Qatar, la Route de la Soie chinoise et le cours du pétrole pour le Texas, la Russie, et l’Equateur… De ce point de vue, Trump, avec ses foucades et ses excès, fait peur mais garde un coup d’avance.

Dans cette histoire, l’Europe a échoué à créer un véhicule pour éviter les sanctions américaines. Mais elle a réussi à maintenir les Iraniens dans l’accord nucléaire. Elle dialogue avec toutes les parties, mais ne brille par ses initiatives. Ni par sa capacité à défendre ses intérêts.

Elle fait la preuve qu’elle est encore, face aux Américains comme face à l’Iran, désarmée. Pas par manque de moyens, par manque de politique.

La redaction

le 05 novembre 2018

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