L’aide alimentaire française menacée par la complexité des fonds européens

L’aide alimentaire française menacée par la complexité des fonds européens

novembre 1, 2018 0 Par La rédaction

En France, l’aide alimentaire est en partie financée par le Fonds européen d’aide au plus démunis. Mais le fonctionnement très bureaucratique du fond, qui est menacé de rabotage,  pèse sur les associations qui s’appuient sur le bénévolat, selon des sénateurs.

En France, l’aide alimentaire est efficace et peu couteuse grâce au bénévolat et à la générosité des Français. En 2017, l’aide alimentaire a bénéficié à 5,5 millions de personnes, et 301 000 tonnes de marchandises ont été distribuées.

Une aide qui a représenté 1,5 milliard d’euros dont un tiers correspondant à la valorisation du bénévolat au sein des associations. Les deux tiers de financements restants sont privés et publics. Et ce sont justement les fonds publics reçus par les associations qui posent question aux sénateurs Arnaud Bazin et Éric Bocquet.

Ces deux rapporteurs de la mission « solidarité, insertion et égalité des chances » craignent en effet que les financements issus du FEAD, le Fonds européen d’aide au plus démunis, qui représentent environ 27 % en moyenne du financement des associations pour l’aide alimentaire en France, impose un niveau d’exigence difficile à respecter pour un secteur associatif qui repose sur le bénévolat.

Danger pour le bénévolat

« Même si bénévolat ne signifie pas ‘amateurisme’, surtout dans le domaine alimentaire où les règles d’hygiène et de sécurité sont très strictes, les bénévoles sont souvent insuffisamment formés pour répondre à ces exigences et surtout un peu perdus par l’existence de tous ces contrôles, dont les règles frisent parfois l’absurde », indique le rapport.

Qui prend pour exemple l’exigence de la Commission d’exposer dans les centres de distribution des affichettes avec le drapeau de l’Union au format A3 et non A4.

Le Secours populaire, une des associations distribuant entre autres de l’aide alimentaire en France, reçoit 20 millions d’euros par an grâce au FEAD. Des fonds répartis sur ses 1 000 structures.

« Nous avons 80 000 bénévoles en France, il y a un engagement fort. Même s’il est normal que les dépenses publiques nécessitent des contrôles, la question administrative a pris le pas sur le reste », déplore Sébastien Thollot, secrétaire national du Secours populaire. « Une sorte de mille-feuilles s’est instauré, avec des niveaux administratifs qui prennent une part importante du travail réalisé. »

Le Sénat fait donc écho aux associations françaises en réclamant une simplification du système. Éric Bocquet fait en effet état d’un nombre astronomique de contrôles, auxquels s’ajoutent ceux de la Commission interministérielle de coordination des contrôles, et de la Cour des comptes de l’UE.

« C’est totalement inadapté au modèle français fondé sur le bénévolat. Nous avons rendu visite à une banque alimentaire de l’Oise, on a senti un engagement très fort, une volonté de faire face à tout cela, mais à un moment donné, si l’engagement devient source de complexité, de responsabilité, il pourra se poser la question de la lassitude et de l’abandon des bénévoles », craint le sénateur. « Il faut leur simplifier la vie » plaide-t-il.

Marion Candau

Article publié sur le site de notre partenaire

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