La zone euro n’est financièrement pas optimale

La zone euro n’est financièrement pas optimale

novembre 22, 2018 0 Par La rédaction

La zone euro se caractérise par un excès d’épargne généré par la balance des paiements courants excédentaires de l’Allemagne, des Pays-Bas et des pays d’Europe du Nord. Cette épargne est investie dans le reste du monde et pas dans la zone euro, ce qui réduit la croissance de long terme de la zone euro et empêche un rééquilibrage économique en son sein. Cette situation s’explique par le fait que l’Allemagne et les Pays-Bas ne prêtent plus leurs excédents d’épargne aux autres pays de la zone euro, mais au reste du Monde.

De ce fait, les autres pays de la zone euro ont dû faire disparaître leur déficit extérieur et la zone euro – prise globalement – a maintenant un excédent extérieur. La balance courante de la zone euro est excédentaire de plus de 2 % du PIB quand elle se situait entre -1 et +1 % du PIB entre 1999 et 2007. L’excédent courant de l’Allemagne et des Pays-Bas est passé de 0 à plus de 6 % du PIB de 1999 à 2018. La balance courante des autres pays de la zone euro a connu une dégradation sensible de 1999 à 2008 avec un déficit atteignant alors 6 % du PIB. Depuis, elle est revenue à l’équilibre.

Les pays d’Europe du Sud ne peuvent plus compter sur les capitaux de l’Allemagne et des Pays-Bas pour solder leur déficit. La mobilité des capitaux au sein de la zone euro a pris fin avec la crise de 2012. Si cette non-mutualisation limite les risques en cas de crise limitée à un État membre, elle remet en cause un des fondements de la zone euro et ne facilite pas la convergence des économies. Elle peut être un ferment de l’antieuropéanisme. En effet, du fait de l’absence de transferts financiers entre les États membres, les ajustements doivent être opérés exclusivement en interne. L’élimination du déficit extérieur passe par une réduction des dépenses publiques, de la demande intérieure et par la restauration de la compétitivité extérieure. La Grèce, l’Espagne, le Portugal ou l’Irlande ont dû mettre en œuvre de telles politiques.

Cette réorientation de l’épargne est-elle profitable à l’Allemagne et aux Pays-Bas ? Pas certain, car les investisseurs de ces deux pays ont privilégié les placements sans risque à faibles rendements. Les investissements en portefeuille ont même tendance à se réduire au fur et à mesure que l’excédent augmente au profit des obligations et des placements à court terme. Les épargnants allemands et néerlandais se révèlent de plus en plus averses aux risques. S’ils refusent d’affecter une partie de leur épargne dans les pays d’Europe du Sud, ce n’est pas pour prendre des risques ailleurs. Ainsi, les excédents de la balance des comptes courants de la zone euro rapportent peu.

L’allocation de l’épargne est donc loin d’être optimale. Elle pénalise la croissance de l’Europe du Sud mais aussi de l’Allemagne. Le nationalisme financier se traduit également depuis 2012 par une diminution des achats d’obligation de la zone euro par des non-résidents. L’écart de taux avec les États-Unis et l’existence d’un petit risque systémique ne facilitent par leur retour. Ce retrait des investisseurs étrangers n’a pas eu, pour le moment, de conséquences compte tenu de la politique de rachat des obligations d’État menée depuis 2015 par la Banque centrale européenne. La suppression de ces rachats prévue à la fin du mois de décembre 2018 pourrait évidemment changer la donne. Une augmentation du taux d’épargne, solution pour financer les déficits, aurait des effets récessifs.

Pour contrecarrer le processus de renationalisation des dettes, la zone euro devrait se doter d’un budget et d’une direction du Trésor émettant des titres obligataires. En l’état actuel, l’Allemagne y est totalement hostile considérant que ces propositions reviendraient à encourager le laxisme de certains États d’Europe du Sud. Les problèmes au sein de la coalition allemande au pouvoir offrent peu d’espoirs sur un changement de position d’Angela Merkel sur ce sujet.

extrait de Lorella Ecodata, lettre d’information économique confidentielle avec l’autorisation de son Président, Philippe Crevel, économiste

Publicités