La réussite scolaire et professionnelle commence avant 10 ans

La réussite scolaire et professionnelle commence avant 10 ans

novembre 13, 2018 0 Par Redaction

En 1964, Pierre Bourdieu publiait un ouvrage de sociologie dénommée « Les Héritiers, Les étudiants et la culture » écrit en collaboration avec un autre sociologue Jean-Claude Passeron. Dans ce livre, il analysait comment l’école reproduisait les inégalités. Si en 54 ans, l’éducation nationale a connu de nombreuses réformes dont celle du collège unique et de la seconde indifférenciée au lycée, le constat reste le même. La massification du système génère des effets pervers. Les bons élèves issus des milieux ou des territoires défavorisés peuvent éprouver plus de difficulté, aujourd’hui, à accéder aux bonnes formations que dans le passé.

Cette situation prévaut en France mais aussi au sein de nombreux pays de l’OCDE. En effet, le dernier rapport sur l’égalité dans le système éducatif de l’OCDE souligne que plus de 66 % de l’écart de résultats scolaires à 15 ans avaient été déjà relevés à 10 ans. Il en est de même pour l’écart de niveau de formation chez les 25-29 ans. En prenant en compte les origines sociales des élèves, l’écart entre les enfants des familles aisées et des familles modestes est visible avant l’âge de 10 ans et ne fait qu’augmenter après. Le rapport met également en évidence un lien étroit entre le profil socio-économique de l’établissement scolaire et les résultats des élèves. Les élèves fréquentant les écoles les mieux notées réussissent mieux aux épreuves PISA.

Or, en moyenne dans les pays de l’OCDE, 48 % des élèves désavantagés fréquentaient, des établissements de faible niveau en 2015. En moyenne dans les pays membres, les élèves issus de milieu défavorisé qui fréquentent des établissements privilégiés obtiennent 78 points de plus que ceux fréquentant des établissements désavantagés, soit l’équivalent de près de trois années scolaires.

C’est en Belgique, en Bulgarie, en France, en Hongrie, aux Pays-Bas, en République slovaque et en Slovénie que la corrélation entre le profil socio-économique de l’établissement et les résultats scolaires est la plus forte : les élèves qui fréquentent des établissements privilégiés obtiennent plus de 130 points de plus en sciences que ceux des établissements défavorisés.

En revanche, en Finlande, en Norvège et en Pologne, les élèves obtiennent de bons résultats, quel que soit leur milieu d’origine et le profil de l’établissement qu’ils fréquentent. L’organisation internationale note que, depuis 10 ans, aucun progrès notoire n’a été réalisé pour réduire les écarts en termes d’éducation entre les établissements et entre les différentes catégories sociales des ménages. Le rapport étudie également l’incidence du bien-être sur les résultats. Il montre que dans les pays de l’OCDE, parmi les élèves de milieu modeste, un sur quatre environ est «résilient d’un point de vue émotionnel et social », autrement dit il se déclare satisfait de sa vie, se sent socialement intégré à l’école et ne souffre pas d’anxiété face aux examens.

En Allemagne, en Croatie, en Finlande, en France, en Islande, en Lettonie, aux Pays-Bas, en République tchèque et en Suisse, le pourcentage de ces élèves fait partie des plus élevés (30% ou plus) mais dans d’autres pays européens, notamment en Bulgarie, en Italie, au Monténégro, au Portugal et au Royaume-Uni, il est comparativement faible (moins de 20 %).

En France, le lien entre milieu social et résultats scolaires est parmi l’un des plus élevés des pays de l’OCDE. Lors de l’évaluation PISA 2015, environ 20 % de la variation de la performance en sciences des élèves en France sont associés à des différences de statut socio-économique (13% en moyenne dans les pays de l’OCDE, et 8% en Norvège ou en Estonie qui figurent parmi les meilleurs). Ainsi, la performance des 21 élèves issus de milieux socio-économiques défavorisés est de 441 points en France, quand il est de 558 points parmi les élèves de milieux socio-économiques favorisés.

Cet écart représente l’équivalent de presque quatre années de scolarité. Environ 50% des élèves défavorisés en France sont scolarisés dans des écoles au profil socio-économique également défavorisé. Cette proportion est légèrement supérieure à la moyenne des pays de l’OCDE, qui est de 48 %. En Finlande, pays où cette proportion est la plus faible, seulement 40 % des élèves défavorisés fréquentent une école défavorisée. Les élèves défavorisés qui sont scolarisés dans des écoles dont le profil socio-économique moyen des élèves est plutôt favorisé ont une performance moyenne supérieure de 134 points à ceux qui sont dans des écoles défavorisées.

En France, 9 % des élèves défavorisés sont « résilient au niveau national », c’est-à-dire que leur performance en sciences figure dans le premier quart des meilleures performances dans leur pays (moyenne de l’OCDE 11 %). Environ 24 % des élèves défavorisés en France atteignent le seuil de compétence scolaire, c’est-à-dire qu’ils ont réussi à atteindre le niveau 3 de compétence dans les trois domaines majeurs de l’enquête PISA : sciences, compréhension de l’écrit et mathématiques (moyenne OCDE : 25 %). 31% des élèves défavorisés en France sont « résilients sur le plan social et émotionnel », c’est-à-dire qu’ils se disent satisfaits de leur vie, déclarent éprouver un sentiment d’appartenance à leur école et déclarent ne pas se sentir angoissés par les évaluations. Ce taux est supérieur à la moyenne de l’OCDE (26%). En revanche, il est nettement inférieur aux taux constatés aux Pays-Bas (50%), en Suisse (43%) et en Finlande (39%)

En France, 45 % des adultes (âgés de 26 à 65) ont atteint un niveau d’éducation plus élevé que leurs parents (moyenne PIAAC: 41 % ; 57% en Corée et 55% en Finlande). Mais, ce taux n’est que de 17 % pour les adultes dont les parents n’ont pas de diplôme du second cycle. À l’opposé, 73 % des adultes avec des parents diplômés de l’enseignement supérieur (moyenne PIAAC: 67%) ont un niveau supérieur à ces derniers. En France, les adultes dont les parents sont diplômés de l’enseignement supérieur ont 14 fois plus de chance d’être également diplômés de l’enseignement supérieur que ceux issus de parents avec un niveau d’éducation moins élevé. En moyenne, dans les pays de l’OCDE, cet écart de chance est de 11 fois plus élevé.

Le système éducatif français reste élitiste et dual. Peu de progrès ont été constatés en France, ces dernières années. Ainsi, les performances en sciences sont restées au même niveau entre 2006 et 2015 quand elles ont, en moyenne, progressé dans les pays de l’OCDE voire nettement dans certains pays comme en Allemagne et aux ÉtatsUnis. À la lecture de ce rapport, les pouvoirs publics devraient concentrer leurs efforts sur les classes maternelles et primaires ainsi qu’au sein des territoires majoritairement habités par des ménages à faibles revenu.

extrait de Lorella Ecodata, lettre d’information économique confidentielle avec l’autorisation de son Président, Philippe Crevel, économiste

 

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