La guerre aux enchères

La guerre aux enchères

« Je ne me sens plus obligé de penser uniquement à la paix » écrit Donald Trump, juste avant de créer le « Conseil de la paix », qu’il préside à vie. Chaque pays verse un milliard de dollars, a droit à une voix, mais seule compte la voix du président. Vu ainsi, que le maître du monde s’octroie ou non le Groenland parait anecdotique. Le Conseil de la paix, c’est cela : Payer Trump pour avoir la chance d’écouter Trump décider des affaires du monde. La paix et de la guerre aux enchères.

War is money

Le sort de l’humanité dépendrait d’un petit groupe d’hommes, voire d’un seul, atteint d’un délire de persécution qui justifie toute agression. Par la guerre ou par l’argent. Peu importe, la guerre, c’est de l’argent. War is money. Comme la paix. Et l’argent, par les droits de douane, une forme de guerre. Il y a deux façons de répondre : Le snober, à la chinoise. Ou barguigner.

Le snobisme chinois se drape de trois mille ans d’histoire. Quand le monde extérieur dérange, le monde chinois entre en lui-même. De même que la vraie guerre de Trump est aux États-Unis, – c’est aux États-Unis qu’il mobilise la Garde nationale ; contre l’ennemi intérieur qu’il dresse ses généraux — de même Xi Jinping cible davantage sa « Commission militaire » que Taïwan. Cinq de ses sept généraux ont été arrêtés. Une menace intérieure subsiste au pays du matin calme. Une épuration, comme une saignée, agit comme un remède pour toute maladie royale.

Image d'illustration ©Stockadobe
Image d'illustration ©Stockadobe

Snobs, sur la durée du siècle, les Chinois voient-ils comme principal rival les États-Unis ou l’Inde ? L’Inde aussi prétend snober les États-Unis. Elle vient de signer un accord de libre-échange avec l’Union européenne. Un accord qui illustre à quel point le discours du Premier ministre canadien à Davos visait juste : ce monde n’est pas celui des grandes puissances. Ce monde peut être celui des puissances moyennes. Il y a là une alliance à construire.

Durer malgré les pressions

Mais tout le monde, dans ce monde, ne peut pas snober le jeu des enchères. Quel est le principe des enchères ? Ce n’est pas de payer plus cher, c’est de durer. Ainsi fait le Venezuela, qui discute d’une convention bilatérale pour l’exploitation du pétrole. Discuter, c’est durer. Et le régime, le clan corrompu qui pille ce qui reste des richesses du pays, se maintient. Comme en Iran. L’armada américaine fait pression, les Gardiens de la Révolution, qui pèsent un tiers de l’économie du pays, bombent le torse, massacrent entre dix et vingt mille manifestants, mais négocient.  À commencer par le transfert de leurs capitaux. Ils font durer.

Carte des minérais convoités en Ukraine ©AFP
Carte des minerais convoités en Ukraine ©AFP

Idem en Ukraine. L’homme d’affaires de Poutine et celui de Trump parlent d’or, se réjouissent d’« avancées remarquables ». Pendant ce temps la guerre continue, impunément pour Poutine et ceux qui restent vivants des oligarques. Si les Américains n’avaient pas lâché Zelenski et les Européens, la guerre serait terminée. De fait, Zelenski avait compris le premier, comme Macron qu’il ne fallait jamais lâcher la main du Conducator américain, accompagner le patient jusqu’à son lit. Tant que durent les enchères le marteau ne tombe pas. Ainsi en fut-il du Groenland. Tout le monde s’est mis à parler. Macron en tête. Puis vint le vrai marteau, le marteau d’argent.

Les Chasseurs alpins français posèrent le pied à Nuuk. Un geste interprété comme un possible divorce au sein de l’Alliance Atlantique, qu’il serait ridicule de ne considérer que comme une Alliance militaire. Alors la banquise refroidit Wall Street. En une journée New York perdait 2%. Le dollar 1%. Les taux d’intérêt chauffaient l’eau glacée à + 7%.  Les Européens détiennent 40% des emprunts américains. Contrairement aux vieux slogans de Lénine, la finance internationale préfère la paix et le « Doux commerce ».

Un jeu en 3 bandes

Les décisions prises sur le Groenland, l’Europe, la Russie et l’Ukraine, l’Iran, dépendent de ces trois facteurs du jeu des enchères : L’avantage personnel des négociateurs, le jugement du public américain ; le jugement des acteurs financiers. C’est l’instant qui compte, comme dans une salle, où monte la tension, l’ego, l’image de l’objet. C’est pourquoi l’acteur principal peut abandonner le jeu, et y revenir. Trump a déjà bombardé l’Iran. S’il y revient, c’est que l’effet n’était pas suffisant. Le programme nucléaire iranien a été arrêté, pas éliminé. Et le but n’est pas un changement de régime, pas plus qu’au Venezuela. C’est d’acheter et se faire acheter.

Les habitants de Nuuk sont descendus dans la rue pour dire qu’ils refusent l’annexion de leur pays par les USA. © SEAN GALLUP / GETTY IMAGES EUROPE / Getty Images via AFP
Les habitants de Nuuk sont descendus dans la rue pour dire qu’ils refusent l’annexion de leur pays par les USA. © SEAN GALLUP / GETTY IMAGES EUROPE / Getty Images via AFP

Cela étant, l’action de Trump, que ce soit au Venezuela ou en Iran, ou au Groenland, respecte en outre une stratégie qui vise la grande enchère. Tel est son but. Monter les enchères jusqu’à la grande enchère. Faire participer au jeu celui qui le refuse. Le Venezuela, comme l’Iran, comme la Russie, sont les partenaires de la Chine. C’est le moyen de forcer les Chinois à négocier. Alors, Trump perdrait-il ? Les Chinois sont les maîtres du temps long. Ils ont d’ailleurs déjà commencé à jouer sans le dire. En Afrique, en Amérique latine, chez toutes les puissances moyennes qui s’effraient de payer le prix du plus fort.

Quand l’Amérique devient illibérale, à l’intérieur comme à l’extérieur, comment compter sur elle ? Si ce n’est penser que chacun devra verser son écot. C’est la raison pour laquelle, les Européens ont un rôle plus ouvert que la Chine. Que le Canada et le Royaume-Uni, l’Inde, le Brésil se tournent vers l’Europe est une autre forme de snobisme, de refus de jouer le jeu américain. À condition, bien sûr, que l’Europe soit l’Europe, c’est-à-dire qu’elle soit européenne. Or peut-elle l’être sans la France ? Toujours étonnant d’entendre Bruxelles parler anglais.

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