La grande faillite du Monde Diplomatique

La grande faillite du Monde Diplomatique

novembre 1, 2018 0 Par La rédaction

Quand 47% des gens votent pour quelqu’un que l’on présente comme un fasciste, il faut se poser des questions. On peut dire que le peuple se trompe, ou que l’élu n’est pas vraiment fasciste mais seulement ultra réac. Le fait est là : Bolsonaro est Président et Lula est en prison. Ceci explique cela. Le PT, au pouvoir depuis 13 ans, est apparu comme un parti traître aux pauvres (les inégalités ont augmenté dans un pays où elles plus grandes qu’aux Etats-Unis) et corrompu. Et si les Brésiliens ne sont pas revenus vers l’opposition, c’est qu’ils l’ont estimé complice du PT, ce qui, en matière de corruption, est vrai. Mais ce qui se passe dans une des premières démocraties du monde est le signe de l’évolution de toute l’Amérique latine : Où est passé la gauche ?

Kirchner n’est pas en prison grâce à son immunité de sénatrice, mais la plupart des Argentins pensent que c’est sa place. Ils ont des arguments solides pour le croire. Au Venezuela, Maduro conclut dans une dictature affligeante la parenthèse chaviste. Presque deux millions de Vénézuéliens fuient leur pays, qui était l’un des plus riches d’Amérique latine. Au Nicaragua, un Ortega corrompu jusqu’aux ongles de sa femme tire sur les étudiants et s’accroche au pouvoir A Cuba, le castrisme n’en finit pas de mourir, son agonie seule suscitant un espoir. En contrepoint, enfin, au Mexique, Lopez Obrador permet de croire que la gauche latino américaine n’est pas morte. Mais s’il a enfin emporté l’élection présidentielle haut la main, à sa troisième tentative, c’est sur la thématique de la lutte contre la corruption, avec le soutien du parti de la droite évangélique, le PES – comme Bolsonaro. Tiens, tiens. « Ni chavismo, ni trumpismo »dit-il ; son  programme est en fait modéré et centriste, et son premier geste a été d’approuver le nouvel accord de libre-échange avec le Canada et les Etats-Unis.

L’idéologie et l’enthousiasme du « socialisme du 21 siècle » sont bien dépassés. Au Paraguay, au Chili, en Equateur aussi. En Bolivie Morales ne reste qu’en refusant le résultat d’un référendum convoqué et perdu. Reste l’anti-impérialisme anglo-saxon qui fut le vrai ciment de la gauche latine. Mais taper sur les Gringos, surtout avec Trump, n’est pas l’apanage de la gauche, loin de là.

En fait les thématiques politiques ne sont plus les thématiques de la gauche. Elles ont pour nom corruption, oligarchie, narcotrafic, crime organisé, et tournent toutes autour de la justice. Ceux qui parlent le plus d’ordre gagnent. Force à la justice, mais force d’abord. Tant la justice est faible. Comme en Colombie.

Mais ceux qui parlent le plus d’ordre seront-ils moins corrompus ? Les exemples passés, notamment au Brésil, de Janio Quadros (1961), dont le symbole anticorruption était le balai et qui ne résista pas à quelques mallettes,  à Fernando Collor de Melo (1990), dénoncé par son propre frère, n’incitent pas à la confiance. Il n’empêche que la gauche latino américaine, entre ses lamentables exemples et sa carence idéologique, incapable de comprendre le monde actuel, a, par sa faillite intellectuelle et morale, mis en danger le modèle démocratique. Le Monde diplomatique, son organe officiel, devrait faire son mea culpa. A force de taper sur le modèle des démocraties libérales, ils ont d’un coté la gauche corrompue, de l’autre les ultras. La leçon vaut aussi pour l’Europe.

Le 01 Novembre 2018

Laurent Dominati

Ancien Ambassadeur de France

Ancien Député de Paris

Président du site Lesfrancais.press

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