La France ne doit pas bouder le Brésil

La France ne doit pas bouder le Brésil

décembre 23, 2018 0 Par Fabien Ferasson de Quental

Certes, le nouveau Président brésilien n’a pas tout pour plaire au regard des critères du bon goût politique français. Homophobe, misogyne, nostalgique du régime militaire, ultraconservateur, pro-Trump, il ne montre en rien une quelconque affection pour le pays des Droits de l’homme. Pourtant, contrairement à beaucoup d’amis de la France, en Afrique, au Moyen-Orient, en Orient, en Asie ou ailleurs, il a été élu, avec une large avance. Le Brésil est une vraie démocratie. Et un partenaire formidable pour la France, mieux : un partenaire stratégique depuis un accord signé en 2008 à l’initiative des Présidents Sarkozy et de Lula. Les Présidents changent, les alliances restent.

Dans le cadre de cet accord, la France construit, avec un important transfert de technologie et une véritable coopération industrielle, quatre sous-marins de type Scorpène, un contrat de 6.7 milliards d’euros. Lors du lancement du premier de ces sous-marins, la France n’a envoyé aucune représentant gouvernemental malgré la présence des deux Présidents Brésiliens, l’actuel, Michel Temer, et le futur, Jair Bolsonaro. Heureusement, Le chef d’Etat major de la marine française était au coté de l’Ambassadeur. La marine brésilienne souhaite également acheter quatre corvettes.

Faut-il laisser la voie libre aux Américains, alors que Naval group, comme Airbus ou Thales ont créé des liens industriels majeurs avec le Brésil ? La France est le cinquième investisseur étranger au Brésil. Le total des investissements y est presque comparable à ceux qui sont effectués en Chine (80%, soit 30 milliards de dollars). Xi Jiping, et tant d’autres, serait-il plus démocrate que Bolsonaro? Bouder le Brésil n’obéit qu’à des pudeurs idéologiques de politique intérieure sans intérêt et en fin de compte assez médiocres, aussi bien du point de vue moral que politique.

Le Président brésilien sera investi le 1erjanvier sans aucun représentant du gouvernement français. Bernard Kouchner disait qu’en diplomatie on devait savoir discuter avec le diable. Surtout que les diables sont plus courants que les anges.

La France doit mettre en œuvre une politique offensive et audacieuse en Amérique latine. Elle y a souvent songé, pris des initiatives, trop souvent par intermittence, comme avec le Mexique et aujourd’hui le Brésil.

Le Brésil est un grand pays et un partenaire fondamental pour la France. Bolsonaro non plus n’aime pas Macron. Et Alors ? Espérons qu’il aura assez de bon sens pour reconnaitre que la France est un partenaire utile et fiable pour le Brésil. Quelqu’un pense que Lula et Sarkozy s’aimaient ?

Laurent Dominati 
Ancien Ambassadeur de France

Ancien Député de Paris

Président du site LesFrançais.press

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