La France doit-elle arrêter de vendre des armes à l’Arabie saoudite ?

La France doit-elle arrêter de vendre des armes à l’Arabie saoudite ?

octobre 26, 2018 0 Par La rédaction

Suite au meurtre de Jamal Khashoggi – journaliste saoudien en exil détracteur du régime de Riyad -, la chancelière allemande Angela Merkel a annoncé dimanche 21 octobre, que l’Allemagne allait suspendre ses ventes d’armes à l’Arabie saoudite, et appelle les autres pays d’Europe à en faire autant. En visite au salon Euronaval mardi, Emmanuel Macron a refusé de répondre à ce sujet. Alors, la France doit-elle arrêter de vendre des armes à l’Arabie saoudite ? À vous de juger !

CONTRE

1. La France se rend complice de crimes contre l’humanité

Les ventes d’armes à l’Arabie saoudite sont problématiques pour la France. Elles peuvent même l’engager dans une “responsabilité pénale pour homicide involontaire et complicité de crimes de guerre, qui violerait le droit international humanitaire”, alertent les ONG Amnesty international France et Action des Chrétiens pour l’abolition de la torture (ACAT). En effet, la France est signataire du Traité sur le commerce des armes et de la Convention de Genève, qui interdisent la circulation d’armes destinées à commettre génocides, et autres atteintes aux droits humains. Or, l’Arabie saoudite est depuis mars 2015 à la tête d’une coalition internationale, qui lance des frappes aériennes contre le groupe armé houthi au Yémen. Toujours selon Amnesty International, ces violations au droit humanitaire ”ont eu lieu de façon généralisée et systématique : attaques de civils et de biens civils (bombardements de marchés, hôpitaux, commerces ou écoles), et utilisation d’armes prohibées telles que les bombes à sous-munitions”. L’Arabie saoudite est également accusée de s’en prendre à sa propre population : le Groupe de recherche et d’information sur la paix et la sécurité (GRIP) reproche au pouvoir d’organiser depuis juillet 2017 un blocus autour de la ville d’Awamiya, à l’Est du pays, où vivent de nombreux chiites.

2. Une action commune nécessaire pour faire pression sur Riyad

La chancelière Angela Merkel condamne fermement le meurtre de Jamal Khashoggi, journaliste éditorialiste saoudien de renom, et détracteur du régime de Riyad. Tant que les circonstances exactes ne seront pas établies, elle n’autorisera plus de contrats d’armements entre le Riyad et l’Allemagne, et propose aux autres pays européens de faire de même. “Ce n’est que si tous les pays européens se mettent d’accord que cela impressionnera le gouvernement de Riyad”, ajoute le ministre allemand de l’Économie Peter Altmaier, sur la chaîne de télévision allemande ZDF, et repris par LCI.

D’après lui, il n’y aurait aucun effet positif, si “nous restons les seuls à arrêter les exportations et si, en même temps, d’autres pays comblent le trou”. Ainsi, la pression sur l’Arabie Saoudite ne doit pas être relâchée, et il ne doit pas y avoir “de politique de compromis”, juge Christophe Deloire, le secrétaire général de Reporters sans frontières sur Europe 1. D’après lui, “ce serait comme accorder à Ryad une forme de permis de tuer ». La responsabilité des dirigeants politiques est donc de maintenir la pression “pour que des régimes despotiques, qui perpétuent des actions de plus en plus terribles, ne soient pas incités à continuer. Il faut dire stop ».

POUR

1. Ces ventes constituent des ressources importantes pour la France

L’Arabie saoudite est le deuxième plus gros client français en matière d’armement, derrière l’Inde. Ainsi, selon un Rapport au Parlement de 2017, 11 milliards d’euros de commandes saoudiennes ont été effectuées en neuf ans, soit 1,2 milliard d’euros par an en moyenne, ce qui représente 13,5% du total de ventes d’armes françaises depuis 2008. L’industrie de défense française est évaluée à environ 165.000 emplois, “soit près de 4% de l’emploi industriel français”, rappelle le rapport du ministère des Armées. Ce secteur compte aussi une dizaine de grands groupes de taille mondiale : Airbus, Dassault, Thales, Safran, Nexter, MBDA entre autres, mais aussi 4.000 PME, dont 350 à 400 sont considérées comme stratégiques, associées à la souveraineté de la France.

2. La France y a des intérêts diplomatiques

La France entretient avec l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis “un partenariat de confiance dans la région qui est important, qui n’est pas commercial, qui est stratégique”, justifie Emmanuel Macron. Car la France partage “des intérêts communs dans la région, parce que la stabilité de la région nous importe, parce que la lutte contre le terrorisme se fait aussi avec ces États”. Et puis, “si on commence à ne vendre des armes qu’aux pays démocratiques, on ne va pas en vendre beaucoup !”, ironise Hervé Morin, président du parti Les Centristes. L’Élysée verrait même ce pays comme “un allié”, explique La Tribune. De plus, Emmanuel Macron se rendra « en fin d’année » en Arabie Saoudite pour y signer des contrats, sa crédibilité est donc en jeu. « Pour restaurer l’influence de la France dans certaines zones du monde, c’est un élément important de notre diplomatie”, conclut le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux, à propos de l’Arabie Saoudite.


Fabien Ferasson de Quental

Le 26 Octobre 2018

 

Publicités