La fin des prédateurs

La fin des prédateurs

Ce serait le retour des prédateurs. La force comme seule règle, l’appétit comme seule guide. Le monde reste sidéré par la force de la force. Il faudrait s’y résoudre, devenir loup soi-même. Et si, au lieu d’assister au retour de la force, au triomphe du masculinisme international, ce tourbillon d’agressions n’était qu’un râle d’agonie ? Trump, Poutine et leurs émules ne démontrent-ils pas que la force ne résout rien ?  À regarder de près, la force échoue. Ce n’est pas le retour des prédateurs, mais la fin.

 « Y a-t-il quelque chose qui pourrait vous empêcher de faire ce que vous voulez ? » demande le New York Times, le 8 janvier, à Trump :

« Oui, il y a une chose : ma propre morale, mon propre esprit. C’est la seule chose qui peut m’arrêter.» « Je n’ai pas besoin de lois internationales (…) (Mon pouvoir est) limité par la force plutôt que par des traités ou des conventions ».

Trump ne se limite pas au droit international. Le droit interne non plus ne le gêne pas. Normal, il n’y a pas de différence entre les deux. C’est du droit. La présence du gendarme n’est pas la même, c’est tout.  

FED, militarisation de la police, etc…

Trump menace d’envoyer l’armée à Minneapolis. Le maire s’y oppose. Qui sait, peut-être l’armée : Il est illégal d’obéir à un ordre illégal. « Les agents de la police de l’immigration doivent respecter la loi dans l’exercice de leurs fonctions. Nous estimons qu’ils ne le font pas. Ils doivent agir dans les limites de la loi et de la Constitution », déclare le Procureur général du Minnesota.

Trump voulait suspendre le Président de la Réserve fédérale, Jérôme Powell. L’indépendance de la Fed est sacrée au pays du dollar. Mais Powell s’est vu convoqué par un juge pour une affaire subalterne. Pression sur Powell, pression sur les juges. L’enjeu de la lutte interne, c’est la résistance du droit. L’enjeu de la lutte externe, c’est aussi le droit. Comment le droit peut-il limiter la force ?

Des manifestants protestent contre la présence de la police fédérale de l’immigration américaine (ICE) à Minneapolis (Minnesota), le 14 janvier 2026. ©LEAH MILLIS/REUTERS
Des manifestants protestent contre la présence de la police fédérale de l’immigration américaine (ICE) à Minneapolis (Minnesota), le 14 janvier 2026. ©LEAH MILLIS/REUTERS

La Russie affaiblie, la Chine en Asie, l’Europe à dissoudre

Poutine espérait en finir avec l’Ukraine en quelques jours. La non-guerre dépasse déjà la durée de la Grande guerre patriotique contre Hitler. Les pertes humaines russes dépassent le million, 25.000 tués par mois. La Russie s’épuise. La guerre aggrave la crise démographique, la population diminue d’un demi-million par an. La Russie devait devenir riche, et donc puissante, en partenariat avec l’Europe. Avec un niveau de vie double d’aujourd’hui, comme la Pologne, comme pouvait l’atteindre l’Ukraine. La Russie dépend désormais de la Chine. Dans dix ans, quelle que soit l’issue de l’« opération spéciale », la Russie ne fera plus partie des dix premières puissances du globe. Elle aura moins de poids que la France. C’est une des raisons pour lesquelles les Américains ne la voient plus comme un danger.

De là à pactiser contre l’Ukraine et les Européens ? Une bêtise telle que, par trois fois, Trump a dû y renoncer. Qu’est ce qui empêche Trump de conclure avec Poutine ? La résistance des Ukrainiens, évidemment. Mais pas seulement. Les Européens ont contrarié ses plans. Ils devaient être mis à l’écart, puis rançonnés. Avec la « Coalition des Volontaires », initiative de la France et du Royaume-Uni, ils ont mis un pied dans la porte. Pas de garanties de paix sans eux. Enchaînés aux Américains, ils les ont collés comme des amoureux. Et en rendant furieux les Russes qui ont bien compris qu’il s’agissait de l’indépendance de l’Ukraine. Savoir encaisser. Savoir lier. Savoir se taire. Savoir tenir.

Voilà Trump, perturbé, il change d’espace, met ses alliés au pied du mur. D’abord en enlevant Maduro. Pour quel résultat ? Le pétrole ? Exxon n’en veut pas. Quel est l’après Maduro ? Il faut une politique après le coup d’éclat.

Nicolas Maduro juste après son exfiltration de son pays © Donald Trump / Truth Social
Nicolas Maduro juste après son exfiltration de son pays © Donald Trump / Truth Social

De gendarme du monde à pyromane

Après Maracaibo, Nuuk, 50 000 habitants. La moitié de l’île de Grenade, dont l’invasion fut décidée par Reagan en 1983. À Grenade, le régime était pro cubain. Le Groenland, lui, fait partie de l’Otan. La base américaine de Pituffik, compta, aux belles heures de la Guerre froide, jusqu’à 10.000 habitants. Qu’est ce qui empêche Trump d’envahir le Groenland ? Rien. Personne. Un flocon de neige, un grain de sable contre un grain de folie. Le grain de sable, c’est la réaction de quelques Européens. 15 militaires français, 13 Allemands, un Finlandais, un Britannique, un Néerlandais vont planter le drapeau comme des explorateurs au pôle Nord, à l’appel des Danois et des Groenlandais.  

La France envoie à Nuuk un Consul, le Père Noël. Évidemment personne ne pense que les Chasseurs alpins vont tirer sur les Marines. Mais ça fait réfléchir. Notamment les Américains : 75% d’entre eux désapprouvent l’idée d’un Groenland américain. Le Congrès s’y oppose. Trump, furieux, menace d’augmenter les droits de douane. Monomaniaque.

Il y a quelque temps, Trump bombardait l’Iran. Il croyait avoir réglé le problème. Il arrêtait Israël qui voulait détruire, et non retarder seulement, le programme nucléaire iranien. Aujourd’hui le vrai problème surgit :  Le peuple. La Révolution des femmes avait fait vaciller le régime. Pour les faire taire, on pend, on tue, on viole, on torture. L’appareil de répression coûte cher. Là encore, la force a ruiné le pays. La Révolution reprend. Trump annonce que « l’aide arrive », puis renonce. Pression russe ? Chinoise ? Pas vraiment. Ils sont impuissants, eux aussi. Simplement, Trump ne sait pas comment aider, si ce n’est avec des bombes. Les Iraniens doivent gagner sans lui.

Si les Américains avaient une stratégie, une politique, avec le Venezuela, l’Arctique, l’Iran serait clé. Un autre régime que celui des Mollahs, allié de la Russie et de la Chine, serait un heureux bouleversement pour le monde. Les Américains devraient être prêts. Ils devraient pouvoir désorganiser la répression. La force, pour agir avec force, ne suffit pas. La flèche, la balle, la bombe  ne compte pas beaucoup. Ce qui importe, ce sont les cibles et leur structure interne. L’espace et les communications valent plus que les casernes.

Ce n’est pas le retour de la force. Ce n’est pas l’ère des prédateurs. Que sont devenus Milosevic, Bachar el Assad, Kadhafi ? Rares sont les dictateurs qui ont survécu à leur son désir de guerre. L’Iran des Mollahs chutera. Pas par la force, par l’intérieur. Comme l’URSS n’est pas tombé par la force. La pression extérieure, militaire ou économique joue. Un coup final peut aider. Mais tout système ne vit et ne périt que de l’intérieur. Les coups de force sont des coups d’éclat. Pour une démocrate qui se conduit comme un dictateur, c’est pareil. Il s’en prend à ses propres juges. À ses propres alliés. C’est l’intérieur du « système occidental » qu’il attaque, et qui résistera. Un juge suffit. Un soldat suffit. Tout monstre est chimère.

La force d’un pays, c’est celle d’un aimant. Il lui faut être attractif. C’est sa politique, son art de vivre, son message qui le rend attractif ou répulsif. Les prédateurs effraient. À la fin, seuls, épuisés, ils tombent.

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