La démocratie au Brésil en mal de Lula

La démocratie au Brésil en mal de Lula

octobre 9, 2018 0 Par La rédaction

 

Lula ne sera pas candidat de sa prison. Ainsi en a décidé le juge, respectant à la lettre la loi brésilienne : un condamné qui a vu sa peine confirmée en appel ne peut être candidat.Loi simple, qui demande que les candidats aient un casier judiciaire vierge, comme en France et la plupart des démocraties du monde. Etrange attitude du Comité des droits de l’homme de l’ONU appelant les autorités brésiliennes à autoriser sa candidature. Mais il n’y a pas une majorité d’Etats de droit au Comité des droits de l’homme de l’ONU. Etrange appel de personnalités européennes, dont François Hollande, pour soutenir sa candidature. En aurait-il fait autant pour Cahuzac ? Ou Sarkozy ? Il est difficile de militer pour l’état de droit, contre la corruption, pour la transparence et demander une exception par amitié, admiration ou idéologie. Soit, les hommes politiques brésiliens non corrompus sont rares. Mais Lula était le Président, le patron du parti qui a organisé le système de corruption. Son prédécesseur, Fernando Henrique Cardoso, fait partie de ceux qui n’ont jamais été corrompu, et fut en plus un excellent président qui avait assaini le pays et installé la démocratie. Lula en a profité. Trop.

Soit, 45% des brésiliens pensent que Lula est innocent, ou en tout cas pas plus coupable que les autres. Soit, sans Lula, le favori est un personnage qui multiplie les provocations, et regrette le régime militaire. Et la vraie question est là : après des années de règne du PT, que reste-il de la démocratie brésilienne ? Pourquoi les Brésiliens ne croient plus en la démocratie ? Pourquoi seraient-ils prêts à se jeter dans les bras d’un capitaine de réserve ?
Après Lula, Dilma Rousseff, sa directrice de cabinet, accomplit un premier mandat qui finit dans la tristesse et les scandales de la coupe du monde. Réélue de justesse, elle fut destituée pour « mensonge » au terme d’une procédure extraordinaire. L’actuel Président, Michel Telmer, est incapable de faire acte de candidature, tant il est impopulaire.

L’économie patine, la monnaie dévisse, l’insécurité grandit, les inégalités explosent. La pauvreté revient. Les tensions internationales se ravivent : l’armée brésilienne a été mobilisée face à la frontière du Venezuela, pour faire face à l’arrivée de migrants fuyant le désastre chaviste de Maduro.(Cruelle ironie de voir le Brésil s’inquiéter de l’immigration de masse, lui qui a tant fait pression sur la France pour laisser passer ses ressortissants en Guyane. La plus longue frontière terrestre de la France est avec la Brésil). Bref, la démocratie brésilienne tangue, et personne ne peut exempter Lula et son parti de leurs responsabilités.

Mais qui, après ?Pour les élections d’octobre, Fernando Hadad, ancien maire de Sao Paolo, devrait essayer de capter les voix de Lula au nom du PT. Pour l’instant, il est à 4%. Jaïr Bolsonero, le capitaine de réserve, député depuis trente ans, et qualifié de populiste d’extrême droite par ses adversaires est à 22%. Derrière lui, Marina Silva, qui se présente pour la troisième fois, avait déjà atteint 20%. Ancienne ministre de Lula, écologiste, elle obtiendrait 16%, elle s’appuie sur les mouvements religieux évangélistes qui ont beaucoup d’influence politique et s’est rapprochée des Etats-Unis par ce biais. Geraldo Alckmin, le candidat de centre droit, plafonne à 10%. Beaucoup dépendra de l’organisation des partis et de la télévision. Surtout, l’absence de Lula va rebattre toutes les cartes. Un inconnu peut surgir, les partis reprendre la main, le PT choisir la confrontation. D’autant plus qu’il est en difficulté dans toutes les élections locales, dont l’enjeu est considérable. Les élections des gouverneurs, des députés fédéraux et des maires forment la véritable ossature démocratique du pays, et du pouvoir de redistribution. Plus personne ne fait confiance aux politiciens de Brasilia, cité de la corruption et du mensonge, Mais on attend encore un peu du gouverneur local et du maire. Encore un peu. Car la corruption n’y est pas moins forte.

Il y a des années, un candidat, Janios Quadros, avait fait campagne avec un balai, symbole de sa volonté de balayer les corrompus de Brasilia. Devenu Président, il accepta une mallette et un exil pour quitter le pouvoir et le laisser aux militaires. Mais c’était il y a plus de cinquante ans. L’histoire ne se répète pas. Le pire serait la conjonction du désespoir des sympathisants et l’exaspération de ceux de Bolsonaro. Alors le Brésil plongerait. Mais le pire n’est jamais sûr. Et le Brésil est toujours un pays d’avenir, depuis des années, surtout pour la démocratie.

 

 

La Rédaction,

 

Le 07/09/2018

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