L’Italie : l’autre championne des exportations en Europe

L’Italie : l’autre championne des exportations en Europe

En Europe, en matière d’exportations, la référence était jusqu’à présent l’Allemagne. En 2025, celle-ci a été rejointe par l’Italie, qui se classe désormais deuxième en Europe et quatrième au niveau mondial, devant le Japon. Les exportations représentent 40 % de son PIB. Alors que déficits et dette constituent les maîtres mots des finances publiques italiennes, sa balance commerciale a enregistré un excédent de 54,9 milliards d’euros en 2024. De son côté, la France se caractérise par un déficit supérieur à 80 milliards d’euros.

La botte italienne tacle la Chine

L’Italie est le seul pays européen à ne pas avoir cédé de terrain face à la Chine. Avec 5 % des exportations mondiales, elle est passée du 7ᵉ au 4ᵉ rang des exportateurs mondiaux, surpassant la France, la Corée du Sud et le Japon. Pendant que ses voisins voyaient leur influence s’éroder, la France chutant au 7ᵉ rang et l’Allemagne reculant de 14 % à 12,6 % de parts de marché, l’Italie a su améliorer la qualité de ses produits et diversifier ses débouchés commerciaux. En une décennie, ses exportations se sont accrues de 48 % en dollars courants, atteignant l’an dernier près de 650 milliards d’euros. Elles progressent deux fois plus vite que celles de la France (+ 28 %) ou de l’Allemagne (+ 27 %). Les exportations du Japon n’ont augmenté, sur dix ans, que de 15 %, et celles du Royaume-Uni de 12 %. Même des puissances bénéficiant des ventes d’hydrocarbures, comme le Canada (+ 38 %) et les États-Unis (+ 37 %), sont distancées.

L’Italie est le pays qui exporte la plus grande variété de produits vers le plus grand nombre de destinations. Contrairement à d’autres économies, elle ne s’appuie pas sur de grands groupes industriels ni sur une production de masse. Sa force réside dans un tissu dense et singulier de 26 860 entreprises de 50 à 2 000 salariés, réparties dans 160 districts spécialisés. Ces entreprises fournissent des composants essentiels aux secteurs du luxe français et de l’automobile allemande. Les cent premiers produits exportés ne représentent que 40 % de ses exportations totales, contre 50,5 % pour la France et 67,6 % pour la Corée du Sud. La France dépend principalement du luxe, de l’aéronautique et de la construction navale, tandis que l’Allemagne demeure spécialisée dans l’automobile et les biens d’équipement.

En dopant les investissements numériques et l’automatisation par des incitations fiscales massives, hyper-amortissement, crédits d’impôt recherche, l’Italie a modernisé son appareil productif. Ses investissements en machines ont progressé de 59 % pour atteindre 7,3 % du PIB en 2023, dépassant l’Allemagne (6,6 %) et la France (5,2 %).

« La réduction de la dépendance énergétique de l’Italie aux pays étrangers est l’une des priorités stratégiques du gouvernement de Giorgia Meloni »
«La réduction de la dépendance énergétique de l’Italie aux pays étrangers est l’une des priorités stratégiques du gouvernement de Giorgia Meloni» ©Remo Casilli / REUTERS

Un millésime 2025 d’exception pour l’Italie

La spectaculaire accélération des exportations transalpines a coïncidé avec le ralentissement de celles du Japon. Le secteur automobile, qui traverse actuellement une crise profonde, est crucial pour l’économie japonaise, représentant 10 à 15 % de ses exportations totales. En revanche, l’Italie a fait le deuil de son industrie automobile, qui ne représente plus que 3 % de son commerce extérieur. Les marques Fiat, Lancia et Alfa Romeo, appartenant au groupe Stellantis, exportent nettement moins qu’auparavant.

Si l’Italie a connu une excellente année en 2025, elle n’en demeure pas moins exposée aux droits de douane américains. Elle est, en effet, le troisième exportateur de biens vers les États-Unis. Le syndicat patronal Confindustria redoute ainsi une contraction des exportations vers ce pays de près de 17 milliards d’euros par an.

Auteur/Autrice

  • Philippe Crevel est un spécialiste des questions macroéconomiques. Fondateur de la société d’études et de stratégies économiques, Lorello Ecodata, il dirige, par ailleurs, le Cercle de l’Epargne qui est un centre d’études et d’information consacré à l’épargne et à la retraite en plus d'être notre spécialiste économie.

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