Israël-Iran, la nouvelle guerre de Syrie.

Israël-Iran, la nouvelle guerre de Syrie.

janvier 30, 2019 0 Par Fabien Ferasson de Quental

« La stratégie de l’Iran est de rayer de la carte le régime sioniste d’Israël » déclare un général des Gardiens de la Révolution. Au même moment, Hassan Nasrallah, le chef du Hezbollah, menace lui aussi Israël d’une « guerre  majeure».

Les Iraniens et leurs alliés du Hezbollah ont des raisons d’être agacés. Ils pensaient avoir gagné la guerre, avec leurs alliés syriens et russes. Les Américains vont plier bagage, les milices sunnites anti Assad se disloquent, les Kurdes négocient, les Européens font tout pour sauver l’accord sur le nucléaire, tout va pour le mieux … et voilà que les Israéliens, détruisent les tunnels du Hezbollah à la frontière libanaise, et, se moquant de l’aéronavale russe, bombardent allègrement les installations iraniennes. Récemment les éléments d’élite des Gardiens de la Révolution, la force Al Qods, s’est faite étrillée en Syrie. Le message d’Israël est clair : pas de base iranienne en Syrie.

Les Iraniens voudraient donc engager leurs alliés dans une confrontation. Un peu d’embrasement général, surtout contre Israël, leur ferait le plus grand bien. Pensent-ils l’emporter contre Israël ? Aucunement. Mais ils aimeraient bien que les autres s’y mettent.

Ils utilisent aussi leur rhétorique « rayer Israël de la carte » pour monter les Arabes sunnites contre leur grand rival, l’Arabie saoudite. Comme les Saoudiens sont engagés dans une alliance de fait avec Israël, l’Egypte, la Jordanie et les Américains,  un conflit ouvert avec Israël obligerait Ryad à dévoiler cet honteux partenariat, ou y renoncer. De toute façon, cela permet de stimuler des oppositions internes aux Saoudiens, d’apporter le trouble chez les religieux et d’empêcher la création de cet axe anti iranien. Le problème des Iraniens est qu’ils n’ont pas les moyens de faire la guerre à Israël.  A moins d’arriver à s’installer durablement en Syrie et de devenir un super Hezbollah. Alors ils contrôleraient définitivement le Liban, et menaceraient aussi … l’Europe, qu’ils jugent faible, impressionnable et riche.

De leur coté, les Russes savent jusqu’où ne pas aller trop loin, et les Turcs ne tiennent ni les Syriens ni les Iraniens pour des alliés fiables. Le sont-ils eux-mêmes ? Tout leur jeu est de se valoriser suffisamment pour obtenir le maximum des Américains sur la question kurde.

Pendant ce temps, le gouvernement palestinien a éclaté, le Hamas négocie avec l’Egypte et Israël, les élections israéliennes devraient reconduire Netanyahou dans une coalition encore inconnue, et le plan de paix américain devrait surgir, aussitôt rejeté, introduisant néanmoins l’idée de la création de deux entités palestiniennes séparées, l’une à Gaza, l’autre dans l’ancienne Transjordanie. Ainsi la guerre Iran-Israël n’est que l’apparence de conflits bien plus vastes, souvent internes. Mais ce jeu, dont on connait déjà bien des variantes, n’empêche ni les morts, ni la haine.

Laurent Dominati

A. Ambassadeur de France

A. Député de Paris

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