Isabelle Frej : bilan et avenir de la CFE

Isabelle Frej : bilan et avenir de la CFE

À l’heure où la réforme de la Caisse des Français de l’Étranger continue de susciter interrogations et tensions, la présidente du conseil d’administration, Isabelle Frej, revient pour Lesfrancais.press sur le bilan de cet organisme, les blocages actuels, les priorités à mettre en œuvre et les accusations qui circulent sur les réseaux sociaux. Un entretien sans détour sur l’avenir de la sécurité sociale des expatriés.

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Une réforme freinée par l’instabilité politique

Accusée d’inertie sur la réforme de la Caisse des Français de l’étranger (CFE), Isabelle Frej rappelle d’emblée le cadre historique et institutionnel. « La CFE a été créée en 1978 pour répondre aux besoins des entreprises », avant de connaître deux grandes réformes, en 2002 puis en 2018. Cette dernière a profondément modifié le calcul des cotisations et des garanties pour les assurés individuels, avec une mise en œuvre progressive entre 2019 et 2020.

« Quand vous parlez d’inertie, elle ne vient pas du CA, mais c’est plutôt la conséquence d’une grande instabilité politique »

Arrivé en fonction au printemps 2022, le conseil d’administration actuel n’est pas resté inactif. « Dès 2023, le bureau, le conseil d’administration n’ont eu de cesse de sensibiliser les élus, les gouvernements en place », insiste notre invitée, rejetant toute responsabilité dans les lenteurs observées. Pour elle, le blocage est avant tout politique : « Quand vous parlez d’inertie, elle ne vient pas du CA, mais c’est plutôt la conséquence d’une grande instabilité politique. » Elle rappelle également la complexité du processus législatif : « Une réforme, ce n’est pas juste un claquement de doigts », évoquant diagnostics, propositions et navettes parlementaires.

CFE : Audit IGAS-IGF et assises de la protection sociale

L’année 2025 marque un tournant avec la mission d’audit IGAS-IGF (Inspection  générale des affaires sociales- inspection générale des finances), « les principales recommandations étaient communiquées au CA en juin 2025 », explique la présidente du CA Isabelle Frej, précisant qu’elles portent sur le modèle économique et la pérennité de la CFE, « sans apport de l’État français ».

Le rendu des conclusions des Assises de la protection sociale avec des propositions sur l'avenir de la CFE
Le rendu des conclusions des Assises de la protection sociale avec des propositions sur l'avenir de la CFE

Parallèlement, les assises de la protection sociale ont constitué une première. « C’est une première, ce mode de communication avec les Français de l’étranger », souligne-t-elle, rappelant que la CFE faisait partie des trois sujets centraux et que les usagers ont pu exprimer directement leurs attentes.

Financement, solidarité et contrats : les priorités selon la présidente

Sur les réformes à mener en priorité, Isabelle Frej estime qu’« il faudrait pouvoir demander chaque année un financement d’équilibre ». Le déficit chronique de la CFE est au cœur du problème : « La CFE est devant un déficit chronique dû au vieillissement de la population, dû à la baisse du collectif, à l’explosion des coûts de la santé ».

« L’ADN de la CFE, c’est celui de la sécurité sociale »

La solidarité nationale apparaît indispensable, notamment pour financer intégralement la catégorie D. « Elle a coûté 5 millions d’euros à la CFE en 2025 », alors que l’État n’a apporté qu’un million d’euros de manière exceptionnelle. Au cours de cette interview, elle plaide aussi pour une adhésion obligatoire des entreprises publiques et organismes d’État, et pour rouvrir le dossier des « contrats ex », antérieurs à la réforme de 2018.

LA CFE : un modèle économique à ajuster, pas à dissoudre

Interrogée sur la pérennité du modèle économique, Isabelle Frej défend l’ancrage de la CFE dans la sécurité sociale. « L’ADN de la CFE, c’est celui de la sécurité sociale », affirme-t-elle, tout en reconnaissant la nécessité d’ajustements face à l’évolution de l’expatriation : moins de salariés détachés, plus d’individuels et de retraités, et « une explosion des coûts de la santé » depuis la pandémie.

Isabelle Frej, présidente du conseil d’administration de la CFE
Isabelle Frej, présidente du conseil d’administration de la CFE

Elle regrette l’absence de la CFE dans le PLFSS (Projet de loi de financement de la sécurité sociale): « Pour l’instant, la CFE n’est pas dans le projet de loi de financement de la sécurité sociale. » Quant à une intégration au régime général, elle se montre très réservée : « C’est la disparition de la visibilité de la caisse », mais aussi celle de sa spécificité, de ses partenariats et de son fonctionnement atypique. « Je ne sais pas si c’est une bonne idée », estime-t-elle.

Amélioration de la relation avec les assurés et décisions difficiles

Parmi les mesures qu’elle retient de son mandat de présidente du conseil d’administration de la CFE , Isabelle Frej met en avant la relation avec les assurés. « J’ai mis un point d’honneur à faire qu’il y ait une très nette amélioration de la relation auprès des assurés ». La dématérialisation des feuilles de soins a permis de réduire drastiquement les délais : « Aujourd’hui, les délais de remboursement sont inférieurs en moyenne à cinq jours ».

« J’ai mis un point d’honneur à faire qu’il y ait une très nette amélioration de la relation auprès des assurés »

Elle cite aussi la refonte des extranets, les partenariats en matière de prévention, et sa présence sur le terrain, notamment en Asie du Sud-Est et au Maroc. Mais elle assume également « des décisions difficiles à prendre », au nom de la pérennité de la caisse.

Maroc, rumeurs et fin de mandat

Face aux accusations de favoritisme envers le Maroc, Isabelle Frej répond fermement : « Depuis la création de la CFE, le Maroc est quand même le pays numéro un en termes d’adhérents ». Elle rappelle que le zonage est fixé par la loi de 2018, votée par l’ensemble du Parlement, et que « le coût de la santé est inférieur au Maroc que dans d’autres pays ».

Quant à son avenir, la présidente se montre sereine. « J’ai dépassé 65 ans, donc je ne suis plus éligible », explique-t-elle, ajoutant : « Trois mandats, je pense que c’est bien ». Elle appelle ainsi à laisser la place et à renouveler les équipes, sans avoir envisagé de prolonger son engagement au-delà.

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