Iran, l’attente d’une possible intervention américaine 

Iran, l’attente d’une possible intervention américaine 

Depuis fin décembre, les Iraniens se mobilisent dans un mouvement de colère dont l’origine est à trouver dans l’inflation et la crise économique qui frappe le pays. Rapidement, c’est le rejet du régime des mollahs qui s’exprime dans les rues de Téhéran et d’autres grandes villes. Si les experts pariaient sur une chute rapide de l’Ayatollah car le régime n’aurait plus de soutien en Iran, en cette fin janvier, les Gardiens de la Révolution sont toujours au côté du corps religieux et le maintien au pouvoir. Liberticide, corrompu et tout simplement incompétent pour gérer les affaires du pays, le régime a décidé de réagir en écrasant la fronde dans le sang depuis le 8 janvier. Juste avant, Trump a encouragé les manifestants, promis que les États-Unis « étaient en route ». Mais il n’a pas frappé pensant avoir trouvé un accord avec les mollahs. Mais le président américain a laissé voguer une armada vers le golfe persique. Elle y est, que va-t-il se passer ? On a posé la question aux Français d’Iran alors que l’attente d’une possible intervention américaine pèse sur la vie quotidienne.

Des dizaines de milliers de morts ?

Déjà affaibli par la guerre de juin 2025, l’Iran a étouffé par une violente répression les récentes manifestations. Initié en décembre par des commerçants contre le marasme économique, le mouvement a pris le 8 janvier une vaste ampleur, posant à la République islamique son plus grand défi depuis sa création en 1979.

En parallèle, l’accès à Internet a été bloqué et les Iraniens restent encore aujourd’hui largement coupés du monde, a souligné, ce lundi 26 janvier, l’ONG de surveillance de la cybersécurité Netblocks, une décision visant selon elle à « masquer l’ampleur de la répression meurtrière contre les civils ». Pendant ce temps, « les comptes du régime promeuvent le discours de la République islamique », a-t-elle ajouté sur son compte X.

Le guide suprême, Ali Khamenei, est apparu pour la dernière fois en public le 17 janvier, avertissant dans un discours retransmis par la télévision nationale que les autorités « briseraient le dos des séditieux ». Selon Human Rights Activists News Agency (HRANA), 5848 personnes ont été tuées au cours du mouvement de contestation, dont 5520 manifestants, 77 mineurs, 209 membres des forces de sécurité et 42 passants. L’ONG ajoute être en train d’examiner 17 091 autres possibles décès, alors que les défenseurs des droits humains estiment que le bilan pourrait être bien plus élevé que les milliers de morts déjà confirmés. Notons que HRANA a par ailleurs fait état de l’arrestation d’au moins 41 283 personnes.

Des personnes recouvertes de sacs plastique symbolisant des victimes sont allongées sur le trottoir lors d'un rassemblement de soutien aux manifestations anti-gouvernementales en Iran, à Bucarest, Roumanie, samedi 24 janvier 2026.
Des personnes recouvertes de sacs plastique symbolisant des victimes sont allongées sur le trottoir lors d'un rassemblement de soutien aux manifestations anti-gouvernementales en Iran, à Bucarest, Roumanie, samedi 24 janvier 2026. ©AP Photo/Andreea Alexandru

Mercredi dernier, les autorités iraniennes ont donné leur premier bilan total, de 3117 morts, dont la grande majorité (2427) sont selon elles des « martyrs », forces de sécurité ou passants, et non des « émeutiers » comme sont qualifiés les manifestants. La chaîne d’opposition Iran International, basée à l’étranger, affirme pour sa part que plus de 36 500 personnes ont été tuées, citant notamment des documents classifiés et des sources sécuritaires.

USS Abraham Lincoln au large des côtes iraniennes

Le porte-avions USS Abraham Lincoln est arrivé au Moyen-Orient dimanche matin. Il navigue avec à son bord des avions F-35C Lightning II, des F-18 Super Hornet et une escadrille d’avions de guerre électronique EA-18 Growler, pour brouiller et neutraliser les défenses aériennes. Mais il n’est pas seul, une centaine d’avions sont positionnés sur des bases américaines autour du pays et plusieurs navires de guerre sont déployés.

Les experts soulignent qu’il faudra encore au porte-avions « probablement » besoin de « deux à trois jours » pour atteindre sa position en vue d’éventuelles frappes contre l’Iran. Le groupe aéronaval sera donc en position mercredi ou jeudi matin (heure française). Preuve de l’instabilité qui frappe la région, plusieurs médias rapportent que les alliés des États-Unis dans la région ont exigé des défenses supplémentaires avant une action américaine, ces pays redoutant une riposte massive iranienne.

Une information que confirme les mouvements de troupes repérés dimanche. En effet, au moins 13 avions-cargos américains C-17 Globemaster III ont traversé l’Atlantique, le 25 janvier, direction la Jordanie, le Qatar, les Émirats arabes unis et Israël. Dans leurs soutes, des systèmes de missiles sol-air Patriot et des systèmes de défense antimissile à haute altitude THAAD. D’ailleurs, le média israélien i24news a indiqué que « le déploiement des moyens américains destinés à la défense d’Israël est terminé. Les préparatifs israéliens en prévision d’une éventuelle attaque iranienne sont également achevés. »

Le groupe d’attaque du porte-avions USS Abraham Lincoln est arrivé au Moyen-Orient et près de l’Iran.
Le groupe d’attaque du porte-avions USS Abraham Lincoln est arrivé au Moyen-Orient et près de l’Iran. ©AFP

Alors doit-on s’attendre à un déferlement de feux dans la région dès la moitié de cette semaine ? Les compagnies aériennes le croient, elles sont fébriles, annulant et restaurant leurs vols à destination des pays de la région sans réelle visibilité à l’instar d’Air France. Mais la semaine dernière, les autorités iraniennes n’ont cessé de mettre en garde les Américains contre une attaque. Le 22 janvier, le chef des Gardiens de la Révolution, Mohammad Pakpour, a ainsi déclaré que « le Corps des Gardiens de la Révolution islamique et notre cher Iran ont le doigt sur la gâchette, plus préparés que jamais, prêts à exécuter les ordres et mesures du guide suprême », en faisant référence à l’ayatollah Ali Khamenei. Mohammad Pakpour a succédé en juin à Hossein Salami, tué lors des frappes aériennes israéliennes.

Un autre haut responsable militaire iranien, le général Ali Abdollahi Aliabadi, a de son côté averti qu’en cas d’attaque américaine, « tous les intérêts, bases et centres d’influence américains » seraient des « cibles légitimes » pour les forces armées iraniennes. Donald Trump est prévenu.

Les Français en Iran isolés ?

De son côté, la France a réaffirmé ce 25 janvier qu’une intervention militaire en Iran ne constituait pas une option privilégiée, malgré les menaces brandies par le président américain Donald Trump à la suite de la répression des manifestations par les autorités iraniennes.

Intervenant dans l’émission Le Grand Jury, diffusée à la radio, à la télévision et dans Le Figaro, la ministre déléguée française chargée des Armées, Alice Rufo, a déclaré que Paris privilégiait le soutien politique et diplomatique au peuple iranien.

« Nous devons soutenir le peuple iranien par tous les moyens possibles, notamment en portant sa voix comme nous le faisons aujourd’hui »

Armand Meimand, Président du Conseil consulaire - Français d’Iran
Armand Meimand, Président du Conseil consulaire - Français d’Iran

Sur place, joint par la rédaction, Armand Meimand, président du Conseil consulaire des Français d’Iran, indique avoir pris contact directement avec l’ambassadeur de France à Téhéran, Pierre Cochard.

À cette occasion, l’élu consulaire a exprimé ses regrets sur le fait que les Conseillers des Français de l’étranger n’aient pas été associés aux comités de sécurité organisés pour venir en aide à la communauté française sur place.

Dans un contexte marqué par des coupures fréquentes d’Internet, Armand Meimand a par ailleurs proposé la création d’un site web local, « indépendant des réseaux internationaux », afin de maintenir un lien durable avec les Français établis en Iran.

« Un tel outil permettrait non seulement d’assurer la continuité de l’information, mais aussi de diffuser rapidement consignes et instructions en cas de nouvelle dégradation de la situation »

Pierre Cochard a été nommé ambassadeur de France en Iran une semaine après le début du conflit entre l’Iran et Israël. ©AFP - AHMAD GHARABLI
Pierre Cochard a été nommé ambassadeur de France en Iran une semaine après le début du conflit entre l’Iran et Israël. ©AFP - AHMAD GHARABLI

De son côté, l’ambassadeur Pierre Cochard a réagi, dans une réponse adressée à l’élu et dont la rédaction a eu connaissance, en précisant avoir néanmoins réuni le comité de sécurité en lien avec les chefs d’îlots afin de leur transmettre les informations nécessaires à l’exercice de leurs missions. L’ambassade indique également avoir contacté individuellement les Français inscrits au registre, afin de s’enquérir de leur situation et de répondre, le cas échéant, à leurs demandes. Concernant la proposition de création d’un « site web local», l’ambassadeur reconnaît que « la mise en place d’un tel outil pourrait en effet constituer une réponse envisageable».

Pris entre deux feux, les Français d’Iran ont tous en tête une possible évacuation, mais comment et avec quel moyen ? En juin, une première évacuation avait été plus que décousue rendant le départ de nos compatriotes aléatoire. Qu’en sera-t-il si les armes américaines frappent le régime cette semaine ? Surtout que les protestations, déclenchées fin décembre sur fond de revendications économiques, représentent la contestation la plus grave pour la République islamique depuis sa fondation en 1979.

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  • L'AFP est, avec l'Associated Press et Reuters, une des trois agences de presse qui se partagent un quasi-monopole de l'information dans le monde. Elles ont en commun, à la différence de son prédécesseur Havas, de ne pas avoir d'actionnaire mais un conseil d'administration composé majoritairement d'éditeurs de presse.

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