L’intelligence artificielle se répand comme une traînée de poudre dans la vie professionnelle et privée de chacun d’entre nous. Elle peut être utilisée pour simplifier et accélérer le travail au bureau, améliorer les diagnostics en matière de santé, réduire la consommation de produits phytosanitaires dans l’agriculture ; elle peut aussi être utilisée pour mieux surveiller et contrôler les populations.
L’IA, un danger pour nos libertés
L’IA pourrait ainsi amener une convergence entre les pays démocratiques et d’économie de marché et les pays communistes ou autoritaires. En permettant un contrôle en temps réel, elle peut aussi rapidement devenir attentatoire aux libertés. Avec les modèles prédictifs, les coupables pourraient être désignés avant même la constatation de l’infraction. Couplée aux nouveaux moyens de communication, l’IA risque de doper la dictature de l’opinion. Toute personne désignée suspecte par les algorithmes sera soumise à la vindicte populaire avec à la clef un risque de recul de l’État de droit et de la présomption d’innocence.
Les gouvernements sont de plus en plus tentés d’utiliser les données issues de l’IA. Ainsi, au nom de la sécurité, le gouvernement américain exige de pouvoir accéder à toutes les données gérées par les entreprises de la haute technologie. Cette demande est à l’origine du conflit entre l’État fédéral et la société Anthropic qui défend le principe d’une IA éthique. Cela peut avoir des incidences directes pour des personnes qui ne disposent pas de permis de séjour ou pour des étrangers ayant critiqué le président Donald Trump et qui souhaiteraient se rendre aux États-Unis.
Le contrôle social, autrefois exclusivité de la Chine, tend à se diffuser. Le recours à des systèmes prédictifs pourrait avoir des effets délétères. Les chaînes d’information en continu, tout comme les réseaux sociaux avec leur flux de fake news, encouragent à aller toujours plus loin dans la logique sécuritaire. En Occident, même si les citoyens estiment que les prélèvements obligatoires ont atteint des niveaux excessifs, ils réclament toujours plus d’État au quotidien : plus de policiers, plus de juges, plus de prisons, plus d’aides, plus de services publics. À défaut de se faire obéir de leurs enfants, ils appellent à l’interdiction de l’accès aux réseaux sociaux pour les mineurs de moins de 16 ans. L’État est ainsi appelé à entrer un peu plus dans la vie privée des uns et des autres, ce que permet précisément l’IA. Ils sont tout à la fois coupables et victimes de ces transferts de responsabilité.
Les « magnifiques » étendent leur emprise
Sur le terrain économique, force est de constater que, depuis une trentaine d’années, la concurrence s’étiole en Occident, les marchés étant de plus en plus dominés par des monopoles ou des oligopoles. Les « Sept Magnifiques » américaines se partagent le marché du numérique en Amérique et en Europe, quand leurs homologues font de même en Chine. D’un côté, le système demeure purement capitaliste mais les liens avec le pouvoir central sont forts ; de l’autre, le Parti communiste contrôle de près le fonctionnement des entreprises chinoises tout en leur laissant des marges de manœuvre suffisantes pour conquérir le monde.

L’intelligence artificielle ne crée pas en elle-même une société autoritaire ; elle en facilite les ressorts. Elle amplifie les logiques déjà à l’œuvre : concentration économique, extension du pouvoir étatique, demande sociale de protection. La question n’est donc pas technologique, elle est politique avec une réponse éthique et économique avec le respect de la concurrence. Les démocraties libérales doivent réaffirmer le principe de la libre concurrence en luttant contre tous les monopoles et défendre l’article 4 de la Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen de 1789 : « La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui ; ainsi, l’exercice des droits naturels de chaque homme n’a de bornes que celles qui assurent aux autres membres de la société la jouissance de ces mêmes droits. Ces bornes ne peuvent être déterminées que par la loi. ».
Auteur/Autrice
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Philippe Crevel est un spécialiste des questions macroéconomiques. Fondateur de la société d’études et de stratégies économiques, Lorello Ecodata, il dirige, par ailleurs, le Cercle de l’Epargne qui est un centre d’études et d’information consacré à l’épargne et à la retraite en plus d'être notre spécialiste économie.
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