Homard, crustacés et féminisme

Homard, crustacés et féminisme

octobre 10, 2018 0 Par La rédaction

 

C’est l’hommage d’une fille, Blandine de Caunes, à sa mère atteinte de la maladie d’Alzheimer et disparue en juin 2016. Cette mère Benoîte Groult – écrivaine et éditorialiste – a été de tous les combats féministes de la seconde moitié du XXème siècle. Née dans la bourgeoisie intellectuelle de l’entre deux guerre, nièce du coutrier Paul Poiret qui affranchit les femmes du corset, fille du décorateur André Groult et de la styliste Nicole Poiret promotrice de la mode à la garçonne, elle devint tour à tour professeur de lettres, journaliste radio puis écrivain à la fin des années 50. Avec Claude et Jean-Jacques Servan-Schreiber, le fondateur de l’Express, journal à la pointe de la dénonciation de la torture durant la guerre d’Algérie, elle fonda en 1978 en pleine vague de libération de la femme, un journal : « F Magazine ». Trop bourgeois pour certains, trop ou pas assez féministe pour d(‘autres, F Magazine n’obtint qu’un succès d’estime et disparut en 1982. Mais le combat de Benoîte Groult pour les femmes perdura jusqu’à ce que la maladie ne l’affaiblisse. Au hasard d’une page on croise dans ce journal certaines de ses compagnes de lutte comme Elisabeth Badinter.

C’est aussi le journal d’une femme amoureuse et d’un couple – Benoîte et son troisième mari Paul Guimard – qui connaît crises et doutes , mais se renforce au fil des années jusqu’à ce que la mort ne les sépare. C’est celui d’une femme qui aime ouvertement un troisième homme, Kurt, rencontré en 1945. et qui écrit « Moi qui ai toujours vécu sur des sables mouvants avec Paul, je marche maintenant entre deux certitudes: son amour et celui de Kurt. () Situation ahurissante: être plus aimée à cinquante-neuf ans qu’à quarante! ».

C’est avant tout le journal d’une passion pour la pêche et pour l’Irlande. Page après page, Benoîte nous décrit ses pêches souvent miraculeuses et les repas qui s’ensuivent autour des poissons, homards et autres crustacés partagés avec la famille et les amis de passage: Michel Déon, Eric Tabarly, les Badinter ou François Mitterrand. L’Irlande est omniprésente, encore rustique sous le regard de ces intellectuels parisiens bohêmes – avant que le terme Bobo n’existe – qui y font construire une petite maison face à l’océan. L’Irlande est envoutante, libre et rebelle comme Benoîte et comme Charlotte Rampling dans « Un taxi Mauve. En effet il est impossible de ne pas penser à l’héroïne du livre de Michel Déon qui devint un film à succès en 1977, l’année d’arrivée en Irlande de Benoîte .

 

Benîte Groult, Journal d’Irlande, grasset, 2018, 430 pages

 

Le 09/07/2018

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