Haut potentiel (HP) : l’école est-elle adaptée ? Décryptage avec Patrick Gros

Haut potentiel (HP) : l’école est-elle adaptée ? Décryptage avec Patrick Gros

À l’occasion du colloque « Inclusion et partage », organisé les 10 et 11 avril 2026 au Lycée français Jean Monnet de Bruxelles (réseau AEFE), Patrick Gros, coach, mentor et cofondateur de l’Académie des HP, apporte son éclairage sur le haut potentiel (HP) et sur la façon dont l’école pourrait, ou non, s’adapter. Loin des clichés du « génie » ou de l’élève en difficulté, il décrypte ainsi un fonctionnement cognitif et émotionnel spécifique qui interroge directement les pratiques éducatives. Co-auteur de deux ouvrages de référence sur le sujet avec Jérémy Michel, rédacteur en chef adjoint de Lesfrancais.press, notre invité affirme : « Le haut potentiel n’est pas un problème en soi ». Explications

Être HP c’est quoi ?

Lesfrancais.press : « Haut potentiel » : pour certains c’est un avantage, pour d’autres presque un handicap. En réalité, qu’est-ce que cela signifie d’être HP aujourd’hui ? »

Patrick Gros : « Le haut potentiel est encore très mal compris aujourd’hui, souvent coincé entre deux caricatures : le génie qui réussit tout ou la personne en difficulté. En réalité, ce n’est ni l’un ni l’autre. Être à haut potentiel, c’est avant tout une manière différente de fonctionner, à la fois sur le plan cognitif et émotionnel. Ce sont des personnes qui perçoivent, analysent et ressentent souvent les choses avec plus d’intensité. Ce qui est frappant, c’est le décalage que cela peut créer. On peut voir des enfants ou des adultes capables de comprendre très vite des choses complexes… et en même temps bloquer sur des tâches simples, ou perdre complètement leur motivation.

« Le vrai problème, ce n’est donc pas le haut potentiel en lui-même. On trouve énormément de personnes à haut potentiel qui vont très bien. Le problème, c’est qu’on pose une étiquette sans donner de mode d’emploi. »

C’est ce que j’explique souvent : le HP, c’est à la fois “très pertinent”… et parfois “à côté de la plaque”. Le vrai problème, ce n’est donc pas le haut potentiel en lui-même. On trouve énormément de personnes à haut potentiel qui vont très bien. Le problème, c’est qu’on pose une étiquette sans donner de mode d’emploi. Et tant que ce fonctionnement n’est pas compris, par la personne elle-même ou par son entourage, il peut effectivement être vécu comme une difficulté. »

Y a-t-il plus de HP qu’avant à l’école ?

Lesfrancais.press : « On a parfois l’impression qu’il y a de plus en plus d’élèves à haut potentiel. Est-ce le cas ? »

Patrick Gros : « Il y a probablement surtout une meilleure identification. Pendant longtemps, on associait le haut potentiel à la réussite scolaire évidente. Donc on repérait facilement certains profils… et on passait complètement à côté des autres. Aujourd’hui, on comprend mieux que le haut potentiel peut aussi se traduire par de l’ennui, de la démotivation, du décrochage ou un sentiment de décalage.

Patrick Gros sur un plateau de télévision parlant des HP
Patrick Gros sur un plateau de télévision parlant des HP

Ce qui a changé, ce n’est pas forcément le nombre de HP, mais notre capacité à reconnaître des fonctionnements qui ne rentrent pas dans les cases. Et ça change tout. Parce qu’un enfant qu’on ne pensait « pas motivé » ou « opposant » peut en réalité être un enfant qui fonctionne différemment et qui ne trouve pas de sens à ce qu’on lui demande. »

Lesfrancais.press : « Concrètement, quels sont les signes qui peuvent alerter les parents ou les enseignants qu’un enfant pourrait être à haut potentiel ? »

Patrick Gros : « Il n’y a pas un profil unique, mais il y a des signaux assez typiques. Le premier, c’est un décalage très marqué : des facilités impressionnantes dans certaines situations… et des difficultés dans d’autres qui paraissent pourtant simples. Le deuxième, c’est cette motivation à deux vitesses. Quand ça fait sens, l’enfant peut être extrêmement engagé. Quand ça n’en fait pas, il peut complètement décrocher. On observe aussi souvent des enfants dont le raisonnement est juste… mais pas là où on l’attend.

« C’est probablement l’une des idées reçues les plus tenaces. On imagine qu’un enfant qui a des capacités intellectuelles élevées devrait forcément réussir facilement à l’école. »

Ils comprennent, mais ils ne répondent pas toujours comme prévu. Et puis il y a ce sentiment récurrent : « Je ne fonctionne pas comme les autres ». C’est d’ailleurs quelque chose qu’on retrouve très souvent dans les accompagnements à l’Académie des HP: ce tiraillement entre les capacités… et la difficulté à les utiliser au bon moment. »

Un Haut Potentiel est-il un surdoué ?

Lesfrancais.press : « On imagine souvent qu’un enfant à haut potentiel est forcément un excellent élève. Pourquoi la réalité est-elle souvent beaucoup plus complexe ? »

Patrick Gros : « C’est probablement l’une des idées reçues les plus tenaces. On imagine qu’un enfant qui a des capacités intellectuelles élevées devrait forcément réussir facilement à l’école. Or, la réalité est beaucoup plus nuancée. Beaucoup d’élèves à haut potentiel comprennent très vite… mais ne voient pas toujours l’intérêt de ce qu’on leur demande de faire. Dans beaucoup de cas, ce n’est pas une question de capacité, mais de motivation et de sens. Si ça fait sens, ça avance vite. Si ça n’en fait pas, ça bloque.

On retrouve alors ces profils paradoxaux : des élèves brillants… mais irréguliers, voire en difficulté. Il peut aussi y avoir un décalage dans la manière de raisonner. L’élève a compris, mais pas de la manière attendue. Et parfois, il y a aussi une dimension émotionnelle : la pression, le regard des autres, l’envie de bien faire…Tout cela explique pourquoi le haut potentiel ne garantit absolument pas la réussite scolaire. »

Le système scolaire français est-il adapté au HP ?

Lesfrancais.press : « De nombreux élèves HP parlent d’ennui, de décalage, voire de souffrance à l’école. Le système scolaire est-il vraiment adapté à ces profils ? »

Patrick Gros : « Le système scolaire est construit pour fonctionner avec un groupe et une progression moyenne, ce qui est logique. Mais le décalage apparaît souvent ailleurs, et notamment à un moment très précis du parcours. Dans les premières années, jusqu’à 12-13 ans environ, beaucoup d’élèves à haut potentiel réussissent facilement sans devoir réellement apprendre à travailler. La matière est suffisamment accessible pour qu’ils s’en sortent avec leur compréhension et leur intuition.

L'école est elle adaptée aux HP ?
L'école est elle adaptée aux HP ?

Et puis, à un moment, le niveau change. Pour la première fois, ils doivent s’organiser, étudier, structurer leur travail. Et là, une difficulté apparaît. Pas parce qu’ils ne sont pas capables. Mais parce qu’ils n’ont jamais appris à le faire. Le problème, c’est qu’à cet âge-là, on part souvent du principe qu’un enfant intelligent devrait naturellement savoir travailler. Donc quand ça bloque, on interprète cela comme un manque de volonté, de motivation ou d’effort. Alors que c’est en réalité une question de méthodologie qui n’a jamais été construite. Pour ces profils, il serait donc très pertinent de rendre plus explicites, voire d’institutionnaliser, des moments d’apprentissage autour de l’organisation, de la motivation et de la méthodologie de travail.

« Ce n’est donc pas tant l’école qui pose problème…C’est le fait que ce moment clé ne soit ni anticipé, ni compris. »

Mais avec une nuance essentielle : ce ne sont pas les outils classiques qui fonctionnent le mieux. Ces élèves ont besoin d’approches qui prennent en compte leur fonctionnement : leur besoin de sens, leur manière de raisonner, leur rapport à l’effort. C’est d’ailleurs le moment idéal pour donner au HP les outils de se comprendre. Ce n’est donc pas tant l’école qui pose problème…C’est le fait que ce moment clé ne soit ni anticipé, ni compris. » 

Un colloque sur l’inclusion au Lycée français Jean Monnet à Bruxelles

Lesfrancais.press : « Vous intervenez lors du colloque “Inclusion et partage” organisé au Lycée français Jean Monnet de Bruxelles. Qu’espérez-vous apporter à cette rencontre entre parents, élèves, enseignants et direction de l’établissement ? »

Patrick Gros : « Mon objectif est assez simple : apporter de la compréhension. Quand on parle de haut potentiel, on voit souvent apparaître beaucoup d’étiquettes, d’inquiétudes ou de fantasmes. Mon travail consiste plutôt à expliquer comment ces élèves fonctionnent réellement. Quand on comprend les mécanismes derrière certains comportements, la motivation, le besoin de sens, les décalages de raisonnement, beaucoup de situations qui semblaient incompréhensibles deviennent beaucoup plus claires.

Inclusion et partage - affiche - Lycée Français Jean Monnet Bruxelles
Inclusion et partage - affiche - Lycée Français Jean Monnet Bruxelles

Dans un colloque qui réunit parents, élèves et enseignants, l’enjeu est justement de partager un langage commun. Si les participants repartent avec l’impression que certaines situations qu’ils pensaient insolubles sont en réalité beaucoup plus simples à comprendre qu’ils ne l’imaginaient, alors j’aurai atteint mon objectif. »

Lesfrancais.press : « Dans un réseau comme celui de l’AEFE, qui scolarise des élèves français partout dans le monde, les questions d’inclusion sont particulièrement importantes. Comment mieux prendre en compte les élèves à haut potentiel dans ce contexte international ? »

Patrick Gros : « Dans un contexte international de l’AEFE (Agence pour l’enseignement français à l’étranger), il y a encore plus de diversité, donc encore plus de risques de décalage. La première étape est toujours la compréhension du fonctionnement. Ensuite, il ne s’agit pas forcément de tout changer, mais d’introduire plus de souplesse :

  • Différentes manières d’apprendre,
  • Différentes manières de répondre,
  • Plus de sens dans les apprentissages.

Et surtout, éviter les interprétations rapides. Quand on comprend que certains comportements ne sont pas de la mauvaise volonté mais une autre manière de fonctionner, l’accompagnement devient beaucoup plus juste. »

Lesfrancais.press : « Vous avez fondé l’Académie des HP. Pouvez-vous nous présenter cette structure ? »

Patrick Gros : « L’Académie des HP est née d’un constat simple : on identifie de plus en plus de HP… mais on ne leur explique pas comment ils fonctionnent. Résultat : une étiquette, mais pas de repères. L’objectif de l’Académie, c’est donc d’apporter ce mode d’emploi.

« Comprendre son fonctionnement pour mieux l’utiliser au quotidien. Très souvent, cette compréhension suffit déjà à débloquer énormément de situations. »

On y propose du coaching, des formations et des accompagnements pour les jeunes, les adultes, les parents, les enseignants et les entreprises. Avec une idée centrale : comprendre son fonctionnement pour mieux l’utiliser au quotidien. Très souvent, cette compréhension suffit déjà à débloquer énormément de situations. »

Lesfrancais.press : « Pour conclure : quels conseils donneriez-vous aux élèves HP, à leurs parents et aux enseignants pour que le haut potentiel devienne une richesse plutôt qu’une difficulté ? »

Patrick Gros : « Le message est simple. Le haut potentiel n’est pas un problème en soi. La preuve : il y a énormément de personnes à haut potentiel qui vont très bien. Les difficultés apparaissent surtout quand ce fonctionnement n’est pas compris. Donc le premier conseil, pour tous, c’est : chercher à comprendre avant de vouloir corriger. Pour les élèves : apprendre à se connaître. Pour les parents et enseignants : accepter que certains fonctionnent différemment. À partir du moment où il y a cette compréhension, le haut potentiel devient rarement un problème. Il devient simplement une manière particulière d’aborder le monde… et souvent une vraie richesse. »

Informations et inscriptions au Colloque pour l’école inclusive les 10 et 11 avril au Lycée Français Jean Monnet à Bruxelles (AEFE) https://www.lyceefrancais.be/colloque-pour-lecole-inclusive-10-et-11-avril/

Les livres de Patrick Gros et Jérémy Michel sur les HP
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