Guerre commerciale, bluff ou stratégie ?

Guerre commerciale, bluff ou stratégie ?

octobre 9, 2018 0 Par La rédaction

Le protectionnisme a gagné.Les Etats-Unis vont appliquer des surtaxes de 10% à des milliers de produits importés de Chine, pour une valeur de 200 milliards de dollars. Au premier janvier, la taxe passera à 25%. Actuellement, les droits de douane américains sont estimés, avec de fortes variations selon les produits, à 3%. La Chine a répliqué aussitôt, en taxant des importations américaines, pour une valeur de 60 milliards, c’est-à-dire une part importante de ce qu’elle importe des Etats-Unis qui se monte à 150 milliards de dollars.

Qui paiera ? Lesconsommateurs américains et chinois.Ce sont eux qui paient les taxes. Une répercussion intégrale d’une surtaxe de 10% sur tous les produits chinois importés représenterait un cout de 270 $ par ménage américain. C’est évidemment un calcul théorique, qui dépend de la stratégie commerciale des entreprises et de la consommation de chaque ménage.
Est-ce bon pour l’économie américaine ? Personne ne défend la thèse selon laquelle le protectionnisme est favorable à l’économie. Les constructeurs américains veulent bien que l’on taxe les voitures de leurs concurrents mais protestent contre le renchérissement de l’acier. Les agriculteurs de soja s’inquiètent déjà des représailles chinoises, qui taxent leurs exportations. Trump a d’ailleurs accusé les Chinois d’ « interférence dans les élections américaines » parce qu’ils cibleraient les exportations agricoles américaines. Trump ne manque ni d’humour, ni de culot.

Est ce bon pour Trump ? Toute politique étrangère a ses racines dans la politique intérieure. Désigner un ennemi extérieur permet de rassembler son camp, ce que fait Trump, le Président qui ose « faire ce qu’il a dit », même s’il dit tout et son contraire. Malgré le « cloaque de Washington », le « politiquement correct » et les traités internationaux. Les élections de mid-term sont crucialespour le contrôle du Congrès. Trump montre qu’il est prêt à affronter la Chine, l’Iran, les Russes, et même les Européens, ce qui plait aux électeurs, tant qu’ils ne s’aperçoivent pas qu’ils paieront plus chers leurs tee-shirts et qu’ils vendront moins leur soja.

Est-ce bon pour la Chine ? Xi Jinping a répliqué en moins de 24 heures. Lui non plus ne peut se permettre de montrer des signes de faiblesse.Fierté d’Empereur chinois. Mais sa situation est plus difficile(bien qu’il n’ait pas d’élections) car l’économie chinoise ralentit. Ses représailles sont forcément plus limitées puisque la Chine importe moins des Etats-Unis qu’elle n’y exporte. En revanche, les Chinois pensent limiter certaines exportations de produits clés pour l’industrie américaine, comme les pièces détachées. Cela n’a qu’un temps. Les Chinois vont devoir se redéployer et garantir des accords avec d’autres pays, d’où leurs investissements et leur activisme renouvelé en Asie, Europe, Afrique et Amérique latine. Elle vient de garantir cinq milliards de dollars au régime de Maduro. Un bonjour aux Américains, et à tous leurs adversaires.

Car la guerre commerciale n’est qu’un volet de l’affrontement : les discussions avec la Corée du Nord en font partie, comme les importations de pétrole iranien, les « manœuvres conjointes russo-chinoises », le contrôle de la mer de Chine, etc…
La vraie question est là : Trump embarque-t-il les Etats-Unis dans un conflit stratégique durable avec la Chine ou cherche t-il seulement à se mettre en position de force pour négocier ? « Retenez moi ou je fais un malheur », semble-t-il bluffer. A jouer au fou avec l’économie mondiale, il espère qu’on lui donnera des bonbons calmants. Dans ce cas, tout cela finira par des négociations où chacun criera victoire en félicitant l’autre. Mais tout cela peut durer  et  inaugurer le conflit que prévoient depuis longtemps les analystes, entre la Chine et les Etats-Unis Dans ce cas, les alliances valent de l’or, et les Etats-Unis, bien mieux dotés au départ, devraient veiller à ne pas se reposer sur leur avantage et pousser le monde entier vers leurs adversaires par leur mépris.

Pour les Européens, l’enjeu est considérable. S’ils sont divisés, ils seront manipulés comme de petits pions. S’ils, sont rassemblés, ils pourront choisir. L’alliance atlantique signifie quelque chose. Le multilatéralisme aussi. Une façon de revenir au centre du jeu.

 

Laurent Dominati

 

Le 20/09/2018

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