Alors que les frappes iraniennes visent des bases américaines au Moyen-Orient, la communauté française installée dans le Golfe retient son souffle. Conseillère des Français de l’étranger pour la circonscription de Qatar-Bahreïn, Rosiane Houngbo-Monteverde témoigne pour Lesfrancais.press d’une situation inédite, marquée par la tension, la vigilance… et la résilience. « Vous avez l’impression d’être dans un film, sauf que ce n’est pas un film, c’est la vie, et en l’occurrence votre vraie vie, » partage notre témoin sur place.
Écouter le podcast avec Rosiane Houngbo-Monteverde
Une escalade militaire inédite dans le Golfe
Depuis ce samedi, la région vit au rythme des alertes et des explosions. Les frappes iraniennes, menées en représailles à une attaque qualifiée de préventive par les autorités américaines et israéliennes, ciblent principalement les bases militaires américaines implantées dans les pays voisins. Bahreïn, qui accueille la plus importante flotte navale américaine dans la région, ainsi que le Qatar et les Émirats arabes unis, figurent parmi les territoires concernés.
« La situation est plus que jamais tendue. Nous n'avons jamais expérimenté une telle escalade de violences. »
Rosiane Houngbo-Monteverde, conseillère des Français de l’étranger Qatar Bahreïn, Membre de l’AFE
Pour l’élue consulaire Rosiane Houngbo-Monteverde, la gravité de la situation est sans précédent : « La situation est plus que jamais tendue. Nous n’avons jamais expérimenté une telle escalade de violences. » Si les tensions étaient redoutées depuis plusieurs semaines, leur matérialisation a surpris. « Ça fait quand même deux mois que tous les jours on nous dit quelque chose va se passer, mais que rien ne se passe », explique-t-elle.
Des frappes ciblées, des dégâts collatéraux
Selon les informations relayées localement, les civils ne seraient pas directement visés. « Il faut tout de même préciser que jusqu’à présent […] les civils ne sont pas touchés et n’ont pas vocation à l’être », affirme notre témoin. Les dégâts observés seraient principalement dus à des effets de ricochet ou à des bâtiments hébergeant du personnel militaire américain. Une tour résidentielle, la Era Tower 4 à Bahreïn, aurait notamment été touchée par un drone, visant des résidents liés aux forces américaines.
Des images d’immeubles en feu ont circulé, alimentant l’inquiétude. Mais pour l’heure, aucun membre de la communauté française ne serait blessé. « En Bahreïn, comme à Doha et au Qatar d’une manière générale, la communauté française n’a pas subi de chocs corporels. Certains ont pu subir quelques dégâts matériels, mais nous sommes tous sains et sauf pour le moment. » indique notre compatriote sur place.
Espace aérien fermé et consignes de confinement
Face aux risques, les autorités locales et diplomatiques ont adopté une ligne claire : prudence et confinement. « Les instructions de l’ambassade de France n’appellent pas à une évacuation […] et de toute manière l’espace aérien est fermé. » Les compagnies commerciales sont clouées au sol. À Bahreïn, seule la frontière terrestre avec l’Arabie saoudite, via le pont reliant l’île au continent, reste praticable.
« Les instructions de l'ambassade de France n'appellent pas à une évacuation »
Rosiane Houngbo-Monteverde, conseillère des Français de l’étranger Qatar Bahreïn, Membre de l’AFE
Le mot d’ordre est uniforme : rester chez soi, limiter les déplacements, suivre les alertes officielles. « Le discours est uniforme pour tous les représentants diplomatiques », souligne la conseillère.
Vivre la guerre : un choc psychologique
Au-delà des considérations géopolitiques, c’est l’expérience humaine qui marque le plus. Rosiane Houngbo-Monteverde confie la dimension profondément traumatisante de ces événements : « Vous avez l’impression d’être dans un film, sauf que ce n’est pas un film, c’est la vie, et en l’occurrence votre vraie vie. »

Une phrase forte, qui résume le basculement soudain d’un quotidien réputé paisible. Les pays du Golfe sont habituellement perçus comme des territoires sûrs et stables. « Il est certain qu’il ne serait venu à l’idée de personne il y a encore un an que de tels événements puissent avoir lieu dans ces pays-là. » Cette confrontation directe à la violence transforme la perception du conflit. « Ce sont des choses que l’on pense comprendre intellectuellement jusqu’à ce que vous le viviez […] presque dans votre chair. »
Attentes envers la France : information et présence
Interrogée sur les attentes vis-à-vis des autorités françaises, l’élue insiste sur deux éléments clés : information et présence. « Une attente d’information, une attente de présence », résume-t-elle. Elle salue la réactivité des services consulaires et des autorités locales, qui disposent de systèmes d’alerte efficaces, même s’ils peuvent être anxiogènes.
« Les gens ont besoin d'être rassurés. »
Rosiane Houngbo-Monteverde, conseillère des Français de l’étranger Qatar Bahreïn, Membre de l’AFE
Elle-même s’est mobilisée sans relâche auprès des Français de sa circonscription : « Je me suis couché à 5 heures du matin et j’ai été réveillée à 7 heures […] parce qu’il fallait répondre aux messages (…) parce que tout le monde a votre numéro de téléphone et parce que les gens ont besoin d’être rassurés. » Dans l’incertitude, le rôle des élus de proximité devient central.
Lucidité, solidarité et résilience
Malgré l’angoisse, Rosiane Houngbo-Monteverde appelle au calme et à la responsabilité collective : « Mon invitation à la communauté française, c’est de rester lucides et soudés. Vraiment, rester lucides et soudés. » Si le risque zéro n’existe pas – « On n’est jamais à l’abri » reconnaît-elle avec humilité – elle estime que la sophistication des systèmes actuels limite les risques d’erreur.

Dans l’épreuve, la solidarité s’organise. « Il y a de beaux élans de solidarité qui se manifestent dans ces circonstances. […] C’est aussi dans ces moments-là que l’on voit qu’on peut être solidaire en dépit de tout ce qui nous invite à nous diviser. » Son souhait final résume l’état d’esprit qui prévaut au sein de la communauté française du Golfe : « De la résilience et de la sérénité. »
Alors que la situation reste incertaine et que l’évolution du conflit dépendra des prochaines décisions stratégiques régionales et internationales, les Français de Bahreïn et du Qatar s’organisent, s’informent et restent unis, dans l’attente d’un apaisement durable.
Auteur/Autrice
-
La Rédaction vous propose quelques articles où l'ensemble des collaborateurs ont participé à leur rédaction.
Voir toutes les publications























