« Gilets Jaunes & Français de l’étranger », par Jean-Louis Gibault

« Gilets Jaunes & Français de l’étranger », par Jean-Louis Gibault

décembre 2, 2018 0 Par Redaction

En se couchant hier soir ou en se réveillant ce matin, nos compatriotes de l’étranger ont découvert les images de désolation de Paris : des rues ravagées, l’arc de triomphe endommagé et la tombe du soldat inconnu souillée par une horde mêlant casseurs et révoltés.

Ce matin dans le Journal du Dimanche, un collectif de Gilets Jaunes Libres lance un appel pour « participer avec eux au mouvement engagé, d’en devenir les référents locaux et départementaux ». Ces Gilets jaunes libres se tiennent « à la disposition du Premier ministre » pour être reçus.

Qu’est ce mouvement ? Un ras le bol contre l’impôt ? Une jaquerie provinciale ? Une insurrection provoquée par la pauvreté ? Une révolution contre les élites ? Ce que révèle en tous cas la vague de protestation a été diagnostiqué depuis longtemps : une fracture entre la France des métropoles et la France périphérique. En 2014 le géographe Christophe Guilluy en a fait un livre  » La France périphérique : Comment on a sacrifié les classes populaires « .

Il y a presque 13 ans le pays a été secoué par le mouvement contre le Contrat Première Embauche (CPE). Les imposantes manifestations de 2006 étaient composées essentiellement de défilés d’étudiants et de lycéens mais aussi d’opérations coup de poing. Surtout on remarquait déjà des violences en marge des manifestations. Les violences avaient alors des motivations politiques : anticapitalisme et opposition au gouvernement de droite.

Des analystes remarquaient des similitudes avec les émeutes de 2005 dans les banlieues françaises.
Le constat n’est donc pas récent. La fracture sociale avait été au cœur de la première campagne présidentielle de Jacques Chirac qui l’avait théorisée le 17 février 1995 dans le discours fondateur de sa campagne

« La France fut longtemps considérée comme un modèle de mobilité sociale. Certes, tout n’y était pas parfait. Mais elle connaissait un mouvement continu qui allait dans le bon sens. Or, la sécurité économique et la certitude du lendemain sont désormais des privilèges. La jeunesse française exprime son désarroi. Une fracture sociale se creuse dont l’ensemble de la Nation supporte la charge. La « machine France » ne fonctionne plus. Elle ne fonctionne plus pour tous les Français. »

Entre 1995 et 2017, en un peu plus de 20 ans, le fossé entre les deux France n’a fait que croître. De nombreux Français ont fait choix de l’expatriation pour échapper au déclassement et se trouver un avenir. Le nombre de français inscrits sur les listes électorales à l’étranger est alors passé de 245.000 à près de 1,3 million. L’augmentation est de 400%. L’expatriation est une réaction au blocage de la société française.

2017 marque à la fois un ras le bol et un mouvement d’espoir. Unis dans leur diversité les Français ont renvoyé une classe politique jugée défaillante. Jamais sous notre république dans le cadre d’échéances électorales démocratiques on n’avait assisté à un tel renouvellement. Sa soudaineté fut même brutale. Ce fut une vraie révolution. Nos compatriotes de l’étranger n’ont pas été en reste. Ils ont massivement voté pour Emmanuel Macron – 40% au premier tour et 90% au second – et renouvelé 10 de leurs 11 députés.

Qu’en est-il 18 mois après ? ’A l’occasion d’un mouvement de protestation contre la hausse de certaines taxes, la fracture réapparait aggravée. Elle est au centre d’une protestation soutenue selon les enquêtes d’opinion par plus de 80% des Français.

Quid des Français de l’étranger ? Alors que le Président de la République délègue à son premier ministre le dialogue avec les Gilets jaunes, Emmanuel Macron les a par deux fois rencontrés: à Bruxelles mardi 20 novembre et à Buenos Aires jeudi 29 novembre. Cette reconnaissance affichée par le chef de l’état ne peut que réjouir ceux qui veulent que les Français de l’étranger soient pris en considération. Mais elle pourrait aussi être dénoncée comme le choix des privilégiés…

A ce sujet, le Quotidien Régional Ouest France rapporte que dans les Côtes d’Armor à Saint Brieuc les manifestants «étaient environ une centaine, ce samedi matin dès 8 h, devant les entrées de Leroy Merlin. Pour ce troisième samedi de mobilisation, les Gilets jaunes ont décidé de cibler les enseignes d’un même groupe, Mulliez, qui représente, selon eux, les dérives de l’économie de marché. Ils ont annoncé, vendredi soir, vouloir cibler ce groupe pour « avoir un impact direct sur Macron », en touchant des enseignes qui, selon eux, appartiennent à l’un de ses proches ».

 

On ne peut pas ne pas remarquer que le groupe Auchan est la propriété d’une famille dont de nombreux membres ont fait le choix de l’expatriation en Belgique. L’égalité devant l’impôt est un des principaux mots d’ordre d’un mouvement dont de nombreux membres dénoncent l’abrogation de l’ISF par Emmanuel macron. S’il est clair que la très grande majorité des Français de l’étranger n’ont pas fait le choix de quitter le pays pour des raisons d’optimisation fiscale, de nombreux Français font l’amalgame.

Dans ce contexte d’exacerbation des passions, certains déplacements d’élus de Français de l’étranger, dont 3 sénateurs,  peuvent être maladroits.

 Aller aux frais de la République à des dîners de gala à Honk Kong et diffuser les photos est-il bien prudent ?

Soirée de Gala de l’UFE -Hong Kong 01.12.2018

 

 

 

 

 

Jean-Louis GIBAULT.

Délégué consulaire élu par les Français de Belgique

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