À l’approche de la session plénière de l’Assemblée des Français de l’étranger (AFE) prévue du 2 au 6 mars à Paris, la question de l’éthique et de l’intégrité s’impose dans les débats. Conseillère des Français de la circonscription de Madrid, membre de l’AFE et du groupe Écologie et Solidarité, Gaëlle Lecomte pilote un groupe de travail dédié à ces enjeux. Objectif affiché : répondre à la défiance croissante des citoyens envers la politique et proposer des mesures concrètes.
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Un contexte de défiance qui interpelle les élus des Français de l’étranger
Pour Gaëlle Lecomte, la création de ce groupe de travail répond à une nécessité forte. Elle évoque sans détour « une urgence démocratique ». Selon elle, le climat actuel impose une réflexion de fond : « Nous évoluons dans un climat de défiance croissante vis-à-vis de la classe politique. »
« Nous représentons quand même plus de 3 millions de compatriotes, ce n’est pas rien, et nous sommes des élus locaux »
Gaëlle Lecomte, Conseillère des Français de la circonscription de Madrid, membre de l’AFE et du groupe Écologie et Solidarité
Ainsi, la conseillère s’appuie sur des données récentes pour illustrer ce malaise : « Seuls 22 % des Français déclarent avoir confiance dans la politique. Et cette statistique est en chute libre. » Un chiffre qui, à ses yeux, ne peut laisser les élus indifférents, y compris ceux représentant les Français établis hors de France : « Nous représentons quand même plus de 3 millions de compatriotes, ce n’est pas rien, et nous sommes des élus locaux. »
Si les élus de proximité conservent une certaine légitimité, Gaëlle Lecomte souligne que celle-ci s’accompagne d’attentes renforcées : « Une exigence croissante en matière de transparence et d’exemplarité. » L’éthique devient ainsi un sujet central du mandat, y compris pour les Conseillers des Français de l’étranger.
Un consensus politique au sein de l’AFE
Contrairement à ce que l’on pourrait imaginer sur un thème aussi sensible, la démarche a bénéficié d’un accueil favorable. Gaëlle Lecomte insiste sur l’existence d’un accord transpartisan : « Les autres groupes politiques étaient favorables. Et il y avait donc un consensus pour que cela aboutisse. »

La dynamique s’est confirmée lors de la proposition de créer un groupe de travail spécifique au sein de l’AFE, qui rendra d’ailleurs ses conclusions lors de la prochaine session plénière de mars: « Un ensemble des groupes politiques ont répondu favorablement. » Pour la conseillère, cette adhésion traduit une évolution des mentalités : « Politiquement, en tout cas à l’AFE, il y a une vraie maturité sur ce sujet. »
« L’éthique n’est pas une sanction, c’est une opportunité afin de se rapprocher des citoyens et de répondre à leurs attentes »
Gaëlle Lecomte, Conseillère des Français de la circonscription de Madrid, membre de l’AFE et du groupe Écologie et Solidarité
Elle tient également à clarifier l’esprit des travaux menés : « Notre démarche n’était ni accusatoire ni punitive. » Une approche qui vise avant tout la prévention et l’amélioration des pratiques : « L’éthique n’est pas une sanction, c’est une opportunité afin de se rapprocher des citoyens et de répondre à leurs attentes », affirme notre invitée.
Trois objectifs structurants pour le groupe de travail « Éthique » de l’AFE
Le groupe, composé d’un représentant de chaque formation politique, s’est rapidement fixé une feuille de route. Premier axe : visibiliser la question éthique. Gaëlle Lecomte rappelle que le sujet était peu traité jusqu’ici : « Amener le sujet de l’éthique sur la table parce que ça n’avait pas été fait depuis le début de la mandature. »
Deuxième ambition : agir sur l’image et la crédibilité de l’institution. Elle assume cette dimension : « Contribuer à aussi améliorer l’image de notre Assemblée et des mandats des élus des Français de l’étranger. » Enfin, le groupe vise des retombées pratiques : « Élaborer un rapport et surtout soumettre des propositions afin d’ouvrir une porte et d’ancrer idéalement des améliorations sur le long terme. »
Une méthode fondée sur le terrain et les experts
Pour construire ses recommandations, le groupe de travail a privilégié une approche empirique. Une vaste enquête a été adressée aux élus : « Collecter leur expérience, avoir leur retour de terrain et des situations auxquelles ils pouvaient être confrontés. » Gaëlle Lecomte souligne l’intérêt des réponses obtenues : « Une mine d’informations pour nous. » Ces contributions ont permis d’identifier des situations à risque et des besoins d’accompagnement.
« Contribuer à aussi améliorer l’image de notre Assemblée et des mandats des élus des Français de l’étranger »
Gaëlle Lecomte, Conseillère des Français de la circonscription de Madrid, membre de l’AFE et du groupe Écologie et Solidarité
En parallèle, plusieurs auditions ont été menées. Parmi les intervenants figurent la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP), le déontologue de l’Assemblée nationale et le président du collège de déontologie du Conseil Économique Social et Environnemental (CESE). Le groupe a également travaillé avec des universitaires spécialisés : « Toutes ces auditions nous ont permis vraiment d’analyser les dispositifs existants dans les autres assemblées et d’identifier des bonnes pratiques. »
Trois propositions pour structurer la déontologie à l’AFE
Le rapport présenté en mars s’articule autour de trois mesures majeures. La première concerne la création d’une instance indépendante : « La mise en place d’un mécanisme de prévention et d’accompagnement à travers la création d’un collège de déontologie indépendant. » Deuxième pilier : formaliser des règles communes. Gaëlle Lecomte évoque « l’adoption d’un code de déontologie », élaboré par ce collège.

Troisième axe : la formation systématique des élus. Un point jugé essentiel : « L’éthique ne s’improvise pas, la sensibilisation est importante et ça se fait grâce notamment à la formation. » Pour les élus, ces dispositifs devraient apporter « plus de clarté » et « moins d’incertitude ». Pour les Français de l’étranger, la conseillère y voit « une confiance renforcée envers leurs élus » et « une modernisation de l’AFE ».
Un calendrier lié à la prochaine mandature
Les propositions seront débattues et soumises au vote lors de la session de mars. Gaëlle Lecomte précise la logique retenue : « L’idée c’est qu’étant donné que ce sera la dernière session de la mandature, que ces mesures soient mises en place dès la prochaine mandature, donc dès octobre prochain. »
Quant au contrôle, il reposerait sur la future structure indépendante : « Puisqu’on prévoit un collège indépendant, c’est surtout les membres du collège qui seront responsables de la mise en place et de son efficacité. »
Dans un contexte marqué par la préparation des élections consulaires des 30 et 31 mai, ces discussions sur l’éthique pourraient ainsi s’inscrire comme un élément structurant du prochain cycle institutionnel des Français de l’étranger.
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