France : faudra-t-il passer par « du sang, du labeur, des larmes et de la sueur »

France : faudra-t-il passer par « du sang, du labeur, des larmes et de la sueur »

« Je n’ai rien à vous offrir que du sang, du labeur, des larmes et de la sueur », déclarait Winston Churchill le 13 mai 1940 dans son premier discours devant la Chambre des Communes, après avoir été nommé Premier ministre. Cette citation historique a peu de chance d’être utilisée à l’occasion de la prochaine élection présidentielle française de 2027 par les différents candidats. La campagne des élections municipales prouve que la démagogie a encore de beaux jours devant elle. Pourtant, pour assurer la maîtrise de la dette publique, pour rééquilibrer les comptes de la balance commerciale, pour, à terme, améliorer réellement le pouvoir d’achat des ménages, les Français devraient réduire leur consommation, augmenter leur volume de travail, investir davantage.

Les problèmes économiques que rencontre la France sont connus depuis de nombreuses années. Le pays est confronté à un fort mouvement de désindustrialisation. L’emploi manufacturier est passé de 13,5 à 9 % de l’emploi total entre 2002 et 2025. La valeur ajoutée de l’industrie a baissé, sur cette période, de 11 à 9 % du PIB. La baisse a été limitée grâce à la forte progression de la production de l’industrie aéronautique (+20 % entre 2010 et 2025) et de l’industrie de la défense (+40 % sur la même période).

La France souffre du faible poids des services numériques ainsi que de l’insuffisance des dépenses de recherche et développement des entreprises. La valeur ajoutée du secteur des technologies de l’information et de la communication représentait, en 2025, 4,5 % du PIB en France, contre 7,2 % du PIB aux États-Unis. Toujours en 2025, les dépenses de R&D des entreprises s’élevaient à 1,4 % du PIB en France, contre 2,2 % en Allemagne et 2,7 % aux États-Unis. La France est également pénalisée par les résultats médiocres de son système éducatif. À l’enquête PISA de l’OCDE, elle se classe loin derrière la Corée du Sud, le Japon, la Finlande ou la Suède.

Les Français travaillent moins mais consomment plus

La France se caractérise également par la faiblesse du taux d’emploi des jeunes et des personnes âgées de plus de 60 ans. En outre, le nombre d’heures de travail figure parmi les plus faibles de l’OCDE (le nombre moyen d’heures annuelles travaillées par personne en emploi (salariés et non-salariés, à temps partiel et à temps complet) était de 1 595 heures en France). Ces trois éléments associés font que le volume de travail rapporté à la population est l’un des plus réduits. Le taux d’emploi des jeunes de 16 à 24 ans était, en 2025, de 35 % en France, de 50 % en Allemagne et de 60 % au Danemark. Celui des 60-64 ans s’élevait à 45 %, contre 70 % en Allemagne ou au Danemark.

Durée effective annuelle moyenne de travail des salariés à temps complet en 2019 dans l'Union Européenne
Durée effective annuelle moyenne de travail des salariés à temps complet en 2019 dans l'Union Européenne

Contrairement à quelques idées reçues, la consommation n’est pas faible en France. Elle est élevée au regard de nos capacités de richesse. Elle devrait baisser afin de favoriser le rééquilibrage de la balance commerciale. Il faudrait un supplément d’investissement, notamment dans les industries de pointe et dans les services numériques, ce qui passe par un surcroît d’épargne. Le taux d’investissement des entreprises recule depuis 2022 et s’établit à 11 % du PIB quand, aux États-Unis, il dépasse 14 %. Il faudrait une augmentation des dépenses de recherche et développement des entreprises, une réforme du système éducatif et un allongement de la durée de vie au travail. Cela signifie une réduction du nombre de jeunes qui ne sont ni en emploi ni en formation ainsi que le report de l’âge de départ à la retraite.

Pour résumer, il faudrait moins de consommation, plus d’épargne, plus d’investissement, plus de formation et plus de travail. Or, depuis de nombreuses années, les politiques mises en œuvre par les gouvernements ont décidé de soutenir le pouvoir d’achat des ménages et leur consommation. De la politique du « quoi qu’il en coûte » à l’indexation des pensions de retraite sur l’inflation, en passant par les mesures de soutien visant à réduire l’augmentation du prix de l’énergie en 2024, le fil rouge de l’action publique a été le maintien du pouvoir d’achat avec, ironie de l’histoire, une opinion publique qui pense l’inverse. Les lois de finances pour 2026 n’échappent pas à cette règle, avec l’indexation des prestations sociales, la hausse des dépenses de santé de 3 % et la hausse de la prime pour l’emploi. Les dépenses sociales représentent ainsi, en 2026, un tiers du PIB, contre 27 % en Allemagne. L’augmentation des dépenses est financée par une importante pression fiscale sur les entreprises, avec la surtaxe d’impôt sur les sociétés et le maintien des impôts de production à un niveau très élevé (3 % du PIB en France, contre 0,9 % du PIB en Allemagne).

La retraite, le doudou français

Toutes les études d’opinion indiquent que les Français souhaitent majoritairement le retour de la retraite à 62, voire à 60 ans (sondage IFOP de 2024 pour le JDD). Ils sont opposés à toute augmentation du volume du travail (IFOP, baromètres sociaux 2024). Ils demandent une hausse des dépenses de santé (IFOP 2024, Mutualité française) et rejettent le système des franchises médicales. Ils sont, en revanche, favorables à une taxation accrue du capital et des dividendes.

Grève en 2019 contre une des reformes de la retraite
Grève en 2019 contre une des reformes de la retraite ©AFP

Paradoxe : les citoyens français s’inquiètent de la montée de l’endettement public et du déclassement économique du pays. Mais ils estiment, pour l’heure, que la responsabilité incombe aux autres, aux gouvernements, aux entreprises, à l’étranger. Chacun juge déjà faire sa part et n’entend pas consentir d’effort supplémentaire.

L’histoire montre pourtant que les ajustements différés finissent toujours par s’imposer. La question n’est peut-être pas de savoir si un effort sera nécessaire, mais s’il sera choisi ou subi.

Auteur/Autrice

  • Philippe Crevel est un spécialiste des questions macroéconomiques. Fondateur de la société d’études et de stratégies économiques, Lorello Ecodata, il dirige, par ailleurs, le Cercle de l’Epargne qui est un centre d’études et d’information consacré à l’épargne et à la retraite en plus d'être notre spécialiste économie.

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