Etranges pannes diplomatiques.

Etranges pannes diplomatiques.

novembre 8, 2019 0 Par Laurent Dominati

A l’heure où le Parlement s’interroge sur «l’avenir de la diplomatie», pour masquer les insuffisances budgétaires, on constate que quelque chose ne tourne pas rond dans la diplomatie française. Soit les diplomates ne sont plus du tout écoutés, soit ils sont entrainés par l’ivresse des sommets. Exemples:

En Chine, le Président affiche sa volonté de représenter outre la France, l’Europe toute entière. La présence d’un membre du gouvernement allemand l’atteste. Entre la poire et le fromage, au pavillon de l’amitié et des importations, les papilles animées de Romanée Conti, Xi Jinping, dit Xi Dada, apprend que le ministre allemand des Affaires étrangères exclura Huaweï du marché de la G5 en Allemagne. Crainte d’espionnage. On aurait voulu saboter les 15 milliards de contrats prévus qu’on ne s’y serait pas pris autrement. Grand seigneur, l’ami chinois resta placide pour ne pas gâcher la cérémonie.

Sabotage en Chine

Depuis des semaines, malgré les menaces du Hezbollah, Beyrouth se révolte. Dans la région, le Liban est le pays le plus proche de la France. Là-bas, la parole de la France compte. Enfin le ministre s’exprime: « Le Liban a besoin d’un engagement de l’ensemble des responsables politiques à s’interroger sur eux-mêmes ». Mieux que la confusion dans la clarté, voici l’audace dans la mélasse. Le chef du Hezbollah en tremble encore. Il s’interroge donc: ranimer une guerre civile? Qu’en dirait l’Iran? 

L’Iran justement : l’Ayatollah Khomeinei, lui, a été très clair: le Président Français est « un naïf, ou un complice des Etats-Unis», il annonce enrichir un peu plus d’uranium. Après le G7 que beaucoup avaient à tort vu comme un succès, j’avais osé écrire que le Président de la République ne devait pas être un intermédiaire, parce que la France n’était pas à égale distance de l’Iran et des États-Unis. Khomeneï l’a rappelé sèchement. Dommage que personne ne l’ait dit auparavant au Président. Même Trump le savait, ce qui lui avait permis de jouer à l’aimable.

Mélasse au Liban

En Syrie, en Turquie, en Israël, la voix de la France, parfois haut placée, est rabrouée. Malgré l’action militaire, c’est dire. Le vrai test ne serait-il pas le Liban, justement? 

Trump, malgré son admiration fluctuante pour Macron -qu’il qualifie de formidable ou de stupide selon les moments- est bel et bien sorti de l’accord de Paris. La France avait l’occasion de montrer sa fibre écologique en venant au secours du Brésil, victime d’une marée noire sur plus de 2000 km de côtes. Occasion manquée: Le choix est de rester fâché avec Bolsonaro l’impoli.

Vexations en Europe

En Europe, après avoir réussi à se réconcilier superficiellement avec la Pologne et la Hongrie, voilà qu’on vexe Bulgares et Ukrainiens. Face aux Britanniques, la France s’est faite plusieurs fois championne de la dureté. Bonne idée vis à vis de notre deuxième partenaire commercial et premier allié militaire. Finalement, l’Allemagne et la Commission ont jugé raisonnable un délai supplémentaire. La France s’est alignée, heureusement. Les droits des 200.000 Français du Royaume-Uni seront préservés.

Impasses en Afrique 

En Afrique, la Chine investit; la Russie renforce sa panoplie militaire par la protection du secret bancaire; la France maintient ses troupes dans une guerre que les chefs militaires estiment sans issue. Elle perd peu à peu influence,  parts de marché, et confiance des populations. Quelles sont les initiatives diplomatiques de la France, mis à part l’échec de la Force G5 Sahel? L’envoi de soldats danois? Epatant. Des idées nouvelles seraient les bienvenues.

En Algérie, pour la Fête de l’Indépendance, rappel du début de l’insurrection algérienne appelée en France «la Toussaint rouge», parce qu’elle fut marquée par un massacre, le Président a trouvé le moyen d’oublier les victimes françaises, les époux Monnerot, et d’oublier aussi les centaines de milliers d’Algériens qui réclament la démocratie. Juste un communiqué, comme si rien ne s’était passé hier, comme si rien ne se passait aujourd’hui, une première qui sonne comme un soutien à un gouvernement déconsidéré. D’une pierre deux fautes.

Du vent et des gifles

Il y a quelques années, les Britanniques avaient évalué les différentes diplomaties du monde. Ils s’étaient placés deuxième, derrière la France. Fair-play, ils l’avaient fait savoir aux Secrétaire général du Quai d’Orsay, qui, taquin, avait remercié ses «brillants seconds». En serait-il de même aujourd’hui? Toutes les erreurs évoquées ci-dessus auraient pu être évitées. Comme il est peu probable que l’expertise du quai d’Orsay se soit si vite dégradée, c’est donc sa capacité à être entendue qui est érodée. Soit auprès du ministre, soit auprès du Président, soit les deux. Les moyens alloués au Ministère en témoignent. A quoi sert un réseau qu’on n’écoute pas ?

A moins que l’on se grise du grand vent de l’histoire, sans se rendre compte qu’on y prend des gifles si l’on n’y tient pas son cap. «Il n’est pas de vent favorable pour celui qui ne sait où il veut aller.»

 

Laurent Dominati 

A. Ambassadeur de France

A/ Député de Paris

Président de la Société éditrice du site lesfrancais.press

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