Etape 5 : Espagne, l’heure de vérité

Etape 5 : Espagne, l’heure de vérité

octobre 15, 2018 0 Par Redaction

La communauté française en Espagne compte pus de  80.000 inscrits sur les registres consulaires.  Le pays est non seulement un des premiers partenaires économiques de la France, mais aussi un voisin historique avec qui les relations n’ont pas toujours été faciles.  A l’époque de la dictature franquiste,  les lycées français étaient un havre de libéralisme et  de tolérance pour une élite intellectuelle mise au pas par la dictature . Avec le retour de la démocratie, le réseau d’enseignement français n’a pas perdu de son attractivité.

22 lycées français sont établis dans  plus de quinze ville.  A Madrid et dans la région proche, il y en a 5 :  Lycée Français de Madrid (EGD),  Lycée Saint-Chaumond (Conventionné), Ecole Saint Louis (Conventionnée),  Ecole Pomme d’Api (Conventionnée)  et Lycée Molière (Partenaire).   Il s’agit d’un beau résumé de toutes les situations possibles au niveau international.

Lycée Français de Madrid

Le Lycée Français de Madrid – fort de ses  4.100 élèves- est le premier Etablissement en Gestion Directe, ou EGD.  C’est le fleuron du réseau, la fierté de l’AEFE..  Il continue à se développer comme le montre le projet d’école maternelle qui a nécessité un investissement de 7,5 millions d’euros.   Mais sa situation financière  semble tendue.  En effet après une série de  ponctions depuis 2015 , imposées par l’AEFE i et la construction de la maternelle , le fond de réserve a fondu et est à présent  de moins de 2 millions d’euros.  Dans cette nouvelle configuration budgétaire, le récent projet d’extension du lycée et du collège pour un montant de 9 millions d’euros semble irréalisable sans de futures hausses des frais de scolarité.

Par ailleurs une  ponction de 3,5 sur des fonds de réserve de 5,3 à Madrid  est à mettre en comparaison avec celle de 3 millions sur un fonds de 23 au lycée Charles de Gaulle, l’ EGD de Londres.   De nombreux parents ont de plus den plus de difficultés à faire face.

France culture était à Madrid la semaine dernière pour un reportage sur le Lycée Français.  Nos confrères décrivent bien les tensions et les inquiétudes même si  pour la responsable à l’ambassade de France , Anne Louyot : « La baisse de 8% était ponctuelle. C’était l’année dernière et cette année, elle n’a pas été reconduite. Par ailleurs, la situation des lycées français d’Espagne est très bonne, ils sont recherchés pour leur qualité qui ne s’est pas érodée bien au contraire. »

Lycée Français de Valladolid

Les propos de Madame Louyot semblent quelque peu éloignés de la réalité.  En dehors de Madrid, certains établissements  connaissent de vrais soucis, notamment  pour recruter des enseignants et donc  assurer tous les cours.  Le lycée français de  Valladolid, établissement partenaire géré par la Mission Laîque Française, fait face à des soucis de recrutement. A Santa Cruz de Tenerife le collège Jules Verne  est dans la même situation alors que dans ces établissements les droits de scolarité sont d’environ 7.000 euros par an.  Le lycée de Tenerife offre aussi une filière  « bachibac »  (double diplôme  espagnol et français) .    Mais  cette filière   existe aussi dans des lycées semi privés espagnols….  où la scolarité est entre  1.500 et 2.000 euros par an.   Partout en Espagne les lycées espagnols préparant au Bachibac présentent finalement une alternative à des familles qui ne peuvent plus faire face à l’augmentation des droits de scolarité et/ou qui sont déçues par les absences ou le manque d’effectifs enseignants dans certains établissements.

Ecole française de Benidorm

L’exemple le plus instructif de la crise du réseau d’enseignement Français en Espagne est celui de l’école de Benidorm.  Fondée et financée il y a une trentaine d’années par des parents, elle avait été donnée à la MLF. Dépendant du Lycée d’Alicante,  qui appartient à cette même MLF, l’école de Benidorm a été fermée en juin dernier.  Les parents se sont battus sans succès durant de nombreux mois pour en éviter la fermeture.  En  2007, il y avait encore 84 élèves dans l’établissement. A la veille de sa fermeture, il n’en restait plus que 34. Les parents reprochent à la MLF de  ne pas avoir  entretenu et modernisé l’établissement alors que cette dernière percevait 6.000 euros annuels par élève.   Ils se demandent si la MLF n’a pas fait délibérément  le choix de développer le lycée d’Alicante au détriment de l’école de  Benidorm.  Alicante affiche 1400 élèves  avec un nombre important d’élèves algériens qui viennent y suivre  les cours sans toujours bien maîtriser le français.  Une mère de famille se plaint que là aussi tous les cours ne sont pas pourvus :  l’an dernier en 4ème son enfant a  perdu 120h de cours en physique.

La situation en Espagne est donc loin d’être idyllique.  Si les frais de scolarité sont  élevés de manière uniforme, sans pour autant atteindre le niveau des Etats Unis, l’encadrement et donc la qualité de l’enseignement diffère entre les établissements.   A coté du prestigieux lycée français de Madrid, se trouvent des établissements partenaires plus modestes qui rencontrent des difficultés susceptibles d’affecter la réputation d’excellence du réseau. 

Aujourd’hui les autorités françaises ont le choix entre préserver et développer à l’intérieur de l’AEFE  les établissements d’excellence ou  faire confiance à des partenaires privés qui ne semblent pas toujours capables d’en apporter les garanties.  Il est surprenant que Madame Cazebonne, actuelle députée des Français de l’étranger, ancien proviseur d’un lycée MLF et depuis peu membre du conseil d’administration de cette même MLF soit au cœur de la prise de décision.  Pourrait on imaginer un rapport sur l’avenir du système d’hospitalisation confié à un parlementaire membre du  CA de la principale chaîne de cliniques privées?  Ceci mérite réflexion !

La Rédaction

Le 15/10/2018

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