Etape 3 : Caracas, l’ambassadeur mouille sa chemise

Etape 3 : Caracas, l’ambassadeur mouille sa chemise

octobre 9, 2018 0 Par La rédaction

Lycée Français de Caracas

 

Caracas, le nom sonne comme une promesse de soleil et de cocotiers pour des voyageurs en mal de dépaysement. Cette ville où est né Simon Bolivar, le Libérateur de tout un continent, est aussi la capitale d’un pays connu pour sa richesse en matières premières et son instabilité politique. Bien que renfermant les plus grandes réserves pétrolières au monde, le pays gouverné depuis 20 ans par Hugo Chavez puis Nicolas Maduro, est en faillite. La pauvreté en a fait un enfer au quotidien pour des habitants qui le fuient en si grand nombre que le Brésil doit déployer les forces armées dans le nord du pays afin de contribuer au maintien de l’ordre dans la région et à la sécurité des immigrés vénézuéliens.

C’est à cette situation de chaos, d’inflation galopante et de grande détresse que le Lycée Français de Caracas doit faire face. Fondé en 1952, géré par des Pères françaispuis depuis 1976 par une fondation « Fundación Colegio Francia « , qui est une société sans but lucratif, le lycée est conventionné avec l’AEFE, Association pour l’Enseignement Français à l’Etranger.

Lors de la rentrée 2016, un peu plus de 800 élèves sont inscrits dans l’établissement. A celle de 2017, la crise économique faisant son œuvre, leur nombre chute de 20%, avec 643 élèves. Début septembre 2018, 510 élèves sont inscrits. Sur deux ans la baisse est donc de près de 40%.

 

Parents se rassemblant devant le Lycée le 15 juin

Une particularité du Lycée est la faible proportion d’élèves Français : 12 %. Les effectifs se composent à 85% d’élèves vénézuéliens, qui ne peuvent bénéficier du système de bourses réservées aux Français. Dans ce contexte la viabilité du lycée dépend en grande partie de la solvabilité de familles, appauvries voire ruinées par la très grave cirse économique, et du soutien des autorités françaises. Dans un tel environnement économique, cela fait des années que le lycée est sous perfusion. Depuis 2017, le lycée Français de Caracas, est dans l’impossibilité de verser à l’AEFE, les sommes dues et que l’on appelle les « remontées ». En juin 2017, la dette se montait à près de 4 millions d’euros.

Cette situation vis à vis de l’AEFE a conduit en juin le Lycée à décider d’un droit d’écolage de 2.900 euros pour l’inscription à la rentrée de septembre 2018.Le 15 juin dernier, tout juste averties, les familles se sont rendues spontanément au Lycée. L’attroupement ainsi provoqué et l’expression de crainte et de colère n’ont pas laissé indifférentes les autorités françaises. L’ambassadeur de France au Venezuela, Romain Nadal, s’est immédiatement déplacéet a rassemblé parents et direction dans l’auditorium du Lycée. Au terme de trois heures d’échanges, l’ambassadeur a personnellement organisé le dialogue et la concertation entre les deux parties. Un comité composé de parents désignés par les familles présentes, de la direction, de l’ambassade et des représentants de l’APE (Association des Parents d’Elèves, dont les représentants ne sont élus que par un nombre très restreint de familles) a été mis en place. Homme de consensus, chef d’entreprise, le président de la chambre de commerce franco vénézuélienne, Jean Anglade, a été désigné pour être médiateur. Le comité ainsi constitué s’est réuni 3 fois en juin, pour étudier une sortie de crise. Il faut noter dès le 15 juin, la présence physique des autorités vénézuéliennes à travers deux représentants du bureau du procureur et un « Défenseur du peuple. » Si la très grande majorité des parents d’élèves n’ont rien à voir avec le régime autoritaire en place, quelques uns y sont liés. En août un nouveau proviseur, Jean-Marc Aubry, ancien proviseur du Lycée Français de Manille a été nommé et a pris ses fonctions.

 

 

L’Ambassadeur parlant aux parents dans l’auditorium du lycée

 

Peu avant la rentrée du 3 septembre, les parents ont été avertis que la collecte des droits d’écolages en euros était suspendue mais que les frais de scolarité mensuels passaient de 30$ à 150$. Si cela peut se comprendre dans un pays où l’inflation est à plusieurs zéros, de nombreuses familles ne peuvent pas faire face à une telle hausse. La baisse des effectifs est de près 200 élèves . Des familles ont fuit le pays .  D’autres ne peuvent pas assumer l’augmentation des frais de scolarité.

Conscients du double impératif d’éviter la faillite du Lycée et de permettre aux élèves d’y poursuivre leur scolarité jusqu’à son terme, l’ambassadeur et le proviseur ont réuni les parents vendredi dernier. Ils ont annoncé le gel des remontées pour 2019, le suspension pour octobre de la hausse des frais de scolarité , la mise en place de bourses au cas par cas pour des élèves vénézuéliens ainsi que la réunion d’un comité paritaire pour trouver une solution pérenne. Au téléphone, le proviseur nous a certifié qu’il ferait tout pour que ‘tous les élèves inscrits dans l’école puissent y poursuivre leur scolarité jusqu’à son terme ».

Il est évident que le Lycée Français de Caracas ne peut pas survivre sans le soutien non seulement de l’AEFE, mais aussi des autorités françaises.Il est primordial que dans le chaos actuel dans lequel est plongé le Venezuela, la France maintienne cette institution. Il faut non seulement y juguler la baisse des effectifs mais aussi les augmenter avec le soutien financier de l’état. Ainsi la devise de la République prendra t-elle  toute sa force.

La Rédaction,

Le 17/09/2018

Publicités