ETAPE 2 : MANAGEMENT CHAOTIQUE À L’ECOLE FRANÇAISE DE THESSALONIQUE

ETAPE 2 : MANAGEMENT CHAOTIQUE À L’ECOLE FRANÇAISE DE THESSALONIQUE

septembre 11, 2018 0 Par La rédaction

Au début du XXème siècle,  époque de la fondation de la Mission Laïque Française, Thessalonique  s’appelle encore Salonique et  est  une des plus grandes villesde l’Empire Ottoman.   Elle compte près de 120 000 habitants, dont 80 000 Juifs, 15 000 Turcs et 15 000 Grecs, 5 000 Bulgares et 5 000 Occidentaux.   C’est dans cette ville qu’est né le grand père de Nicolas Sarkozy, Benoit Mallah. issu d’une famille juive expulsée d’Espagne à la fin du XVème siècle et installée à Salonique cent ans plus tard.

Riche de sa diversité Salonique est un important foyer de bouillonnement politique et intellectuel. Le Comité ottoman de la Liberté, qui joua un rôle important dans le mouvement réformateur kémaliste des Jeunes-Turcs,  y voit le jour en 1906…  En 1912, la ville est rattachée à la Grèce et prend le nom de Thessalonique.

L’école française de Thessalonique – autrefois Lycée Français – est née dans cet environnement international et multiculturel. Ouvert en 1906, le Lycée français de Salonique,  est le premier établissement de la Mission laïque Française fondée en 1902  et dont la mission est la diffusion de la langue et de la culture françaises dans le monde, par un enseignement laïque, plurilingue et interculturel.  La MLF défend la République et ses valeurs.  Elle est proche des Radicaux  et des Socialistes,  ainsi qu’en témoignent les noms des présidents successifs :  Gaston Doumergue (1905-1906),  Édouard Herriot (1930-1957), Émile Bollaert (1957-1974) ou André Chandernagor (1974-1981).

 

Au cœur d’un  réseau de 109 établissements d’enseignement français à l’étranger scolarisant plus de 60 000 élèves dans 38 pays,  l’Ecole Française  de Thessalonique  EFTH) occupe donc une position symbolique: celle du premier enfant. C’est pourquoi  les récentes décisions prises par la MLF, son Directeur Général Jean-Christophe Deberre, et le Consulat Général de France à Thessalonique sont  surprenantes.

Bien que l’EFTH ne soit pas AEFE,  elle entretient des liens très étroits avec le Ministère des Affaires Etrangères.  En effet, spécificité d’un accord entre  la MLF et le Quai d’Orsay, le consulat, l’école et l’institut sont dans le même bâtiment qui bénéficie de privilèges diplomatiques . Le consul général de France est le directeur de l’institut français et il veille sur l’école.    

L’EFTH  s’articule en trois sections : maternelle, primaire et secondaire (collège et lycée).  En 2017, 135 élèves y étaient scolarisés.  Si en primaire l’enseignement est donné par des professeurs des écoles, dans le secondaire  il se fait via le CNED (enseignement à distance) et une équipe pédagogique. En effet; la section secondaire a été fermée pendant des années.  Ce n’est qu’à partir de  2010 qu’elle a pu se développer grâce à un accompagnement renforcé du  système CNED, avec une équipe pédagogique conséquente et structurée  recrutée localement.  Le nombre des élèves a raugmenté.  En 2017 une douzaine d’enseignants  encadraient une cinquantaine d’élèves.  Le taux de réussite au baccalauréat est de 100%  ces deux dernières années.  Avec 15 élèves au niveau de la sixième on pouvait même envisager, une homologation AEFE.

Philippe Ray, consul général de France à Thessalonique,  se félicite  d’ailleurs de l’excellence de l’établissement et de l’équipe pédagogique.  Il écrit ainsi sur la page internet du consulat :

« L’école française partage l’histoire de Thessalonique depuis 1906. Elle est, ces dernières années, en pleine expansion, avec un nombre d’élèves qui a doublé en quatre ans. L’école doit ce succès à la grande qualité de l’équipe pédagogique qui assure un suivi individualisé des élèves, de la petite section de maternelle jusqu’à la terminale. L’enseignement en trois langues ouvre aux étudiants la voie vers l’enseignement supérieur français ou européen. »

Philppe Ray, Consul Général

On peut donc se demander pourquoi  il a été brutalement mis fin aux contrats de la majorité des membres de l’équipe pédagogique du secondaire? On peut se le demander avec d’autant plus d’interrogations quand on sait que le 20 mars 2018, à l’occasion d’un discours sur la francophonie prononcé à l’académie Française, Emmanuel Macron a fixé comme objectif le doublement du nombre d’élèves dans le réseau d’enseignement français à l’étranger.

Connaissant la modicité des rémunérations des membres de l’équipe pédagogique(entre 600 et 800 euros mensuels pour 15 à18h de cours hebdomadaires), on doute que ce soit une simple question budgétaire.  Ne faudrait il pas  y voir  une certaine crainte du statut dont pourraient se prévaloir les membres de cette équipe grâce à l’homologation grecque?

En effet, des accords avec le ministère grec de l’éducation ont accompagné cette politique de développement de l’EFTH.  Le Primaire a obtenu son homologation suivie de celle du secondaire en 2013.  Si l’homologation facilite les parcours entre  systèmes grec et français, elle donne aussi aux enseignants  la protection du statut des enseignants  dans toutes les écoles privées grecques. Elle leur donne les  mêmes garanties de salaires et de contrats  (un CDI au bout de deux ans et non plus d’un CDD sur 10 mois ) que ceux qui enseignent dans l’enseignement grec.

La MLF parle de déficit de 500.000 euros annuel.  Mais 80% de ce déficit semble pouvoir être imputé à l’Institut Français et… 8.000 euros à la section collège de l EFTH.

La majorité des membres de l’équipe pédagogique du secondaire de l’EFTH ont donc été renvoyés.  Cette équipe donnait plus qu’un simple soutien. Pour quasiment chaque matière à chaque niveau (6e,5e etc… ) des cours d’accompagnement étaient  dispensés avec parfois 3h par semaine d’enseignement par matière. Il ne devrait rester qu’un enseignant pour les matières scientifiques,  un pour les littéraires et un accompagnement pour les langues, le tout au sein regroupement en 2 pôles (globalement collège et lycée).  Bref, le système qui avait permis une augmentation des effectifs et une possible homologation AEFE n’existe plus.

En cette rentrée 2018,il n’y a plus  au secondaire de cours direct pour les matières du programme national. Il ne reste donc qu’une moitié des élèves .

Comment alors peut- atteindre l’objectif présidentiel  de doublement en commençant par diviser par deux?  Et, plus inquiétant, l’EFTH pourrait perdre son homologation du ministère grec de l’éducation.

 

La rédaction,

Le 06/09/2018

 

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