Alors que le Moyen-Orient traverse une phase de tensions critiques depuis le début de l’année 2026, les expatriés français dans le Golfe se retrouvent en première ligne d’un conflit qui bouleverse leurs habitudes de vie et de travail. Avec près de 400 000 ressortissants français résidant ou en transit dans la région, dont plus de 63 000 aux seuls Émirats Arabes Unis, l’impact des frappes de missiles et de drones iraniens redéfinit la notion même de sécurité pour nos compatriotes.
Un quotidien rythmé par les alertes et le télétravail
Pour beaucoup, la situation actuelle rappelle étrangement les mois de confinement de la crise sanitaire. Le télétravail, autrefois un choix de flexibilité, est devenu une nécessité sécuritaire. À Dubaï, Doha ou Riyad, les entreprises ont massivement réinstauré le « work from home » jusqu’à nouvel ordre. Des secteurs entiers, comme celui de l’audiovisuel, sont à l’arrêt, les tournages étant suspendus par crainte des déflagrations.
Le quotidien est désormais rythmé par les alertes reçues sur les téléphones portables signalant une activité militaire imminente. « Au départ, c’était effrayant », confie un expatrié à Dubaï, « mais maintenant, on sait que ces engins sont interceptés, on s’adapte et on évite de se déplacer ». Cette normalisation du risque est frappante : certains comparent désormais la menace des missiles à celle d’un cambriolage ou d’un attentat en France, estimant que le risque zéro n’existe nulle part.
Une vie sociale en "suspens"
Si les commerces restent ouverts et que la vie semble continuer normalement en surface, l’atmosphère est décrite comme « plus lourde ». La vie sociale, pilier de l’expatriation dans le Golfe, est pour beaucoup mise en suspens. Les sorties se limitent au strict nécessaire et les résidents privilégient la sécurité de leurs « compounds » (quartiers résidentiels sécurisés).
L’inquiétude ne porte pas seulement sur les frappes directes, mais aussi sur la pérennité des infrastructures vitales. À Doha, certains expatriés n’envisagent le départ que si la production d’électricité, l’approvisionnement en eau ou la disponibilité des biens de première nécessité venaient à être compromis par le conflit.
Mobilité réduite et rapatriements
Le ciel du Golfe, autrefois l’un des carrefours aériens les plus denses au monde, subit de plein fouet les conséquences de la guerre. La fermeture partielle de plusieurs espaces aériens et la suspension des liaisons par de grandes compagnies comme Lufthansa ou KLM compliquent les déplacements. Pour ceux qui souhaitent rentrer, les prix des billets d’avion ont grimpé, reflétant l’augmentation des coûts du pétrole et l’allongement des temps de vol pour contourner les zones de conflit.
Face à cette instabilité, le gouvernement français a activé des plans de rapatriement, notamment pour les personnes les plus vulnérables. Début mars 2026, environ 7 500 demandes d’assistance au rapatriement avaient été enregistrées par le ministère des Affaires étrangères, et plus de 15 000 personnes avaient déjà regagné la France depuis le début des hostilités dans la région.
La confiance envers les autorités locales
Malgré ce climat de tension, une grande partie de la communauté française choisit de rester. Cette décision s’appuie sur une confiance solide envers les systèmes de défense locaux. « Les forces émiraties font un travail phénoménal de protection », témoigne un résident français. Les autorités locales communiquent d’ailleurs activement sur l’efficacité de leur bouclier antimissile pour rassurer les populations et maintenir un sentiment de calme.
En Arabie saoudite, certains minimisent même le danger face aux risques du quotidien : « on a plus de chance de mourir d’un accident de voiture à Sydney que d’être frappé par un missile à Riyad », relativise un cadre dans l’immobilier.
La situation des expatriés français dans le Golfe en 2026 est celle d’une communauté résiliente mais sur le qui-vive. Si le mirage de la stabilité parfaite s’est estompé au profit d’une réalité géopolitique brutale, l’attractivité professionnelle et la confiance dans les infrastructures de sécurité locales maintiennent, pour l’instant, la majorité des Français sur place. La suite de leur présence dépendra étroitement de la capacité des acteurs régionaux et internationaux à éviter une escalade qui paralyserait durablement les infrastructures vitales de ces pays.
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