Éloquence francophone à Belgravia : la langue de Molière comme pont entre les cultures

Éloquence francophone à Belgravia : la langue de Molière comme pont entre les cultures

Au cœur de Londres, dans les salons feutrés de la résidence de l’ambassadeur de Belgique au 36 Belgrave Square, une centaine d’invités se sont réunis pour la finale du Prix d’éloquence Marguerite Yourcenar. Huit étudiants francophones se sont succédé à la tribune, défendant chacun pendant cinq minutes leurs idées dans la langue de Molière, construisant ainsi un pont entre les cultures. Lesfrançais.press s’y trouvait pour vous.

Éloquence et Francophonie

Organisé par la Fédération francophone de débat au Royaume-Uni (FFDUK), le concours s’inscrit dans le cadre de la Semaine de la Francophonie 2026. Pour cette 8ème édition, huit finalistes, sélectionnés parmi plus d’une trentaine de candidats, se sont affrontés lors de l’ultime étape. Tous étudiants dans de grandes universités londoniennes, ils ont pris la parole dans un exercice exigeant mêlant réflexion, écriture et maîtrise de l’oral.

« Nous faisons vivre la langue française dans un pays anglophone »

Devant le jury et le public, chaque participant a défendu un sujet choisi pour sa réflexion personnelle. Les thèmes abordés témoignent d’une ambition intellectuelle assumée : croyance et espérance autour de la question « On ira tous au paradis ? », interrogation sur le sens dans un monde incertain, tension entre idéal et pragmatisme en politique à travers Richelieu, ou encore réflexion existentielle inspirée de l’œuvre de l’académicienne Marguerite Yourcenar. Les applaudissements qui ont ponctué chaque intervention, et chaque phrase, soigneusement pesée, devenaient un fil où se construit la pensée.

Faire vivre le français dans un environnement anglophone

Pour les organisateurs, l’objectif dépasse largement celui d’un simple concours.
« Nous faisons vivre la langue française dans un pays anglophone », explique Tess Delepierre, coprésidente de la FFDUK. « Nous voulons aussi mettre en avant la diversité des accents et des origines. Ce ne sont pas seulement des Français qui participent, mais des francophones. »

Échanges entre invités et organisateurs à l’issue de la cérémonie.
Échanges entre invités et organisateurs à l’issue de la cérémonie. © Susanna Borio - WB UK

L’association s’appuie sur plusieurs universités londoniennes, University College London, London School of Economics (LSE), King’s College London et Queen Mary University of London, pour structurer une véritable scène francophone étudiante. Au fil des années, la fédération a contribué à la création et au développement de clubs de débat, offrant aux jeunes un espace pour pratiquer argumentation, écriture et art oratoire en français. « Certaines associations se sont éteintes faute d’étudiants pour les faire vivre », souligne Pia de Vautibault, présidente de la FFDUK. « L’objectif est désormais d’étendre à nouveau ce réseau et de maintenir une dynamique francophone dans les universités britanniques », ajoute-t-elle.

Une langue française à préserver… et à faire vivre

Pour les étudiants français à Londres, la pratique du français devient rapidement un enjeu concret. Dans un environnement largement dominé par l’anglais, la langue maternelle peut peu à peu s’effacer si elle n’est pas entretenue. « Je ne voulais pas perdre mon français en venant ici. C’est ma langue maternelle », explique Manon, étudiante en échange. Pour d’autres, l’éloquence constitue aussi un espace d’expression plus personnel.

« On ne se comprend vraiment bien que lorsqu’on parle la même langue. Elle porte une vision du monde. »

« J’adore écrire et j’adore parler : c’est vraiment l’alliance des deux », raconte Alice. « Ce que j’aime, c’est écrire, effacer, puis réécrire. » Dans un quotidien dominé par l’anglais, la langue reste un repère culturel et intellectuel. « On ne se comprend vraiment bien que lorsqu’on parle la même langue. Elle porte une vision du monde », ajoute-t-elle.

Une génération d’étudiants en quête de parole

Le concours a vu la victoire de Matisse Lafond, tandis qu’Enzo Menestret-Siega a reçu le prix « coup de cœur ». « C’est un très bon exercice pour vaincre la peur de parler en public », explique Matisse. « Il y a quelque chose de profondément cathartique dans la pratique de l’éloquence », ajoute Enzo.

Les lauréats entourés des organisateurs et invités après la remise des prix à Belgravia.
Les lauréats entourés des organisateurs et invités après la remise des prix à Belgravia. © Susanna Borio - WB UK

Dans un quotidien dominé par les écrans et les échanges numériques, l’éloquence apparaît pour ces étudiants comme un outil essentiel. « Les gens perdent confiance lorsqu’il s’agit de prendre la parole. L’éloquence permet de recréer un lien réel. » Elle demeure également un levier d’influence. « C’est peut-être l’outil de pouvoir le plus important aujourd’hui », estime Matisse.

« Il y a eu un recul, mais aujourd’hui nous voyons revenir de plus en plus de francophones dans les universités. »

Dans un contexte post-Brexit, les étudiants observent certaines évolutions. « Il y a eu un recul, mais aujourd’hui nous voyons revenir de plus en plus de francophones dans les universités », note Tess Delepierre. À Londres, où les étudiants français et francophones restent nombreux, ces initiatives illustrent une réalité souvent discrète : une francophonie active, portée par la jeunesse elle-même. À travers l’éloquence, ils rappellent qu’une langue n’est pas seulement un moyen de communication. Elle se vit, se partage et tisse un espace de pensée, de débat et d’influence.

La FFDUK et le Prix Marguerite Yourcenar

La Fédération francophone de débat au Royaume-Uni (FFDUK) est une association dédiée à la promotion de l’art oratoire auprès des étudiants francophones des universités britanniques. Chaque année, elle organise un concours d’éloquence baptisé du nom de l’autrice belge-française Marguerite Yourcenar afin de mettre en lumière les meilleurs talents oratoires.

Au cours des dernières années, la fédération a soutenu le développement de plusieurs clubs de débat, notamment à King’s College London, London School of Economics, University College London, Queen Mary University of London ou encore à Oxford.

Et pour conclure, Alice souligne que « chaque mot que l’on prononce en français ici à Londres est un petit acte de résistance, une manière de faire voyager notre langue dans un monde qui parle souvent anglais », rappelant que l’éloquence est à la fois un outil de pensée et un pont entre les cultures. Et en effet, dans cette résidence diplomatique de Belgravia, chaque discours devient un pont, chaque phrase un fil qui tisse la francophonie de demain, rappelant que la langue ne se dit pas seulement : elle se vit.

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