À moins de trois mois du scrutin, les autorités françaises ont lancé une communication officielle destinée aux Français de l’étranger. L’objectif est de rappeler l’organisation des élections consulaires de 2026 et d’encourager la participation. Diffusées notamment sur les réseaux sociaux, les affiches de cette campagne interpellent directement les électrices et les électeurs :« Vous souhaitez faire entendre votre voix depuis l’étranger ? Les 30 et 31 mai prochains, élisez vos représentants de proximité : les conseillers des Français de l’étranger.» Mais comment cette action est‑elle perçue sur le terrain ? Pour le savoir, Lesfrancais.press a interrogé plusieurs élus sortants : cette campagne est‑elle donc utile pour mobiliser les expatriés… ou suscite‑t‑elle aussi des réserves ?
Élections consulaires : une campagne officielle pour rappeler les dates et les modalités de vote
A quelques semaines du scrutin, les autorités ont donc lancées une campagne de communication sur l’organisation des élections consulaires. Les affiches officielles diffusées et relayées notamment par les réseaux sociaux de France Consulaire, mettent en avant les informations pratiques comme la date du scrutin, les modalités de vote et les démarches à effectuer pour être inscrit sur les listes consulaires. L’un des visuels rappelle notamment : « Le 31 mai 2026 élisez les conseillers des Français de l’étranger. Une voix pour chaque citoyen, partout dans le monde. » À noter toutefois que pour les Français résidant sur le continent américain et dans les Caraïbes, le vote aura lieu un jour plus tôt, le 30 mai 2026, en raison du décalage horaire.
« Pour voter aux élections consulaires (…) inscrivez que les listes consulaires au plus tard le 24 avril 2026. »
Campagne officielle des autorités françaises – Elections consulaires
La campagne insiste également sur les différentes possibilités pour voter. Trois modalités sont proposées selon le souhait de l’électeur : le vote à l’urne dans les bureaux ouverts par les consulats, ou le vote par procuration, le vote par internet qui sera possible du 22 au 27 mai. Autre message central : l’importance de vérifier ses informations sur le registre consulaire avant le 24 avril 2026, notamment l’adresse e‑mail et le numéro de téléphone mobile, nécessaires pour recevoir les codes permettant de voter en ligne. Et pour celles et ceux qui ne sont pas encore inscrits sur les listes électorales consulaires, le 24 avril constitue également la date limite pour effectuer cette démarche.
Des élus favorables à l’initiative, mais parfois critiques sur la forme
Parmi les élus interrogés par Lesfrançais.press, conseillères et conseillers des Français de l’étranger, et pour certains membres également de l’Assemblée des Français de l’étranger (AFE), beaucoup saluent l’initiative du ministère, tout en formulant certaines réserves.





Ainsi, pour Denis Glock, marqué à gauche de l’échiquier politique, membre de l’Assemblée des Français de l’étranger (AFE) et conseiller des Français de l’étranger pour le Costa Rica, le message diffusé par les autorités est clair et accessible :« C’est une affiche simple et directe. Elle explique clairement pourquoi il est important de voter et utilise des couleurs vives pour attirer l’attention. Le mégaphone montre l’idée de faire entendre sa voix. L’ensemble donne un message positif et facile à comprendre. »
« Il faudrait peut-être que la ministre déléguée, Eléonore Caroit, puisse les envoyer à la Liste électorale consulaire (LEC) monde. »
Alexandre Barrière-Izard, membre de l’AFE, conseiller des Français de l’étranger Afrique du Sud, Mozambique, Namibie et Botswana
Même constat pour Alexandre Barrière-Izard, proche de l’ASFE (Alliance Solidaire des Français de l’Étranger), membre l’AFE et conseiller des Français de l’étranger pour l’Afrique du Sud, Botswana, Mozambique et Namibie et nous informe « trouver cela très bien ». Il ajoute « Ça ne peut qu’aider à augmenter la participation aux élections », et partage même un conseil à Éléonore Caroit, membre du gouvernement de Sébastien Lecornu, en charge notamment des expatriés : « Il faudrait peut-être que la ministre déléguée puisse les envoyer à la Liste électorale consulaire (LEC) monde. »
Le défi de la participation électorale aux élections consulaires
Pour l’ensemble des élus, toute initiative visant à rappeler l’existence de ces élections consulaires reste bienvenue. Car le principal enjeu demeure la participation. Lors du précédent scrutin en 2021, le taux de mobilisation avait été faible dans de nombreuses circonscriptions. Ainsi, Bertrand Dupont, conseiller des Français de l’étranger pour São Paulo, souligne l’importance de cette campagne :« Le Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères (MEAE) souhaite effectuer une campagne de communication afin d’informer et de mobiliser les Français de l’étranger dans le cadre des élections consulaires. C’est une très bonne chose car nous devons essayer d’augmenter le niveau de participation qui fut beaucoup trop faible en 2021 » indique-t-il.

Mais le président du conseil consulaire de sa circonscription au Brésil appelle aussi à une communication plus ciblée, notamment pour les électeurs d’Amérique :« J’espère qu’ils feront également une campagne ciblée pour le continent américain et les Caraïbes car nous votons le 30 mai et l’information est trop peu lisible sur les visuels. »
« Ces affiches sont graphiquement réussies (…) Mais elles restent très institutionnelles et passent à côté de l’essentiel : expliquer aux Français de l’étranger pourquoi cette élection les concerne directement. »
Laurence Helaili-Chapuis, conseillère des Français de l’étranger pour l’Irlande et membre de l’AFE – groupe Les indépendants
L’élu consulaire d’Amérique du Sud insiste également sur les aspects techniques liés au vote en ligne :« Cette campagne devrait également, et ce dès maintenant, communiquer auprès de nos compatriotes sur les deux autres options permettant de recevoir le mot de passe pour le vote par internet. Je parle de l’identité numérique certifiée et surtout de l’application de messagerie Signal. »
Un débat sur la dimension pédagogique de la campagne
D’autres élus interrogés par la rédaction Lesfrancais.press estiment que la communication institutionnelle manque encore de pédagogie sur le rôle concret des conseillers des Français de l’étranger. Pour Laurence Helaili-Chapuis, conseillère des Français de l’étranger pour l’Irlande et membre de l’AFE ou elle siège dans le groupe Les indépendants, les affiches restent trop générales :« Ces affiches sont graphiquement réussies et rappellent utilement la date du scrutin. Mais elles restent très institutionnelles et passent à côté de l’essentiel : expliquer aux Français de l’étranger pourquoi cette élection les concerne directement. »

Elle souligne également un manque d’explication sur les missions des élus :« L’affiche “Pourquoi voter le 31 mai” insiste sur l’acte de voter, mais elle n’explique pas suffisamment le rôle concret des conseillers des Français de l’étranger dans la vie quotidienne de nos compatriotes : action sociale, bourses scolaires, relais des difficultés auprès des consulats, défense des intérêts des communautés françaises. » Selon elle, l’enjeu dépasse la simple communication sur la date du scrutin :« On ne mobilise pas les électeurs uniquement avec une date et un slogan : on les mobilise en leur expliquant à quoi servent leurs élus. »
Des critiques sur le choix des visuels des affiches
Au‑delà du message, certains élus réagissent également au design des affiches et des messages. Ainsi Catherine Pascal, membre d’Horizons, conseillère des Français de l’étranger pour l’Égypte, également membre de l’AFE, salue l’initiative mais se montre plus réservée sur l’esthétique :« Tout d’abord je salue le fait que le MEAE incite les Français à voter quand on connaît le taux de participation très faible des Français de l’étranger. Pour ce qui est de l’affiche pourquoi voter le 31 mai, le design : je ne l’aime pas du tout. Je la trouve trop rouge. Je n’aime pas non plus le mégaphone qui me fait penser aux manifestations de l’extrême gauche. »
« Concernant le visuel « pourquoi voter le 31 mai ? Il devrait être revu car il est impossible de ne pas faire le rapprochement avec d'autres visuels d'extrême gauche ce qui est pour le moins dommageable et tendancieux. »
Bertrand Dupont, conseiller des Français LR de São Paulo
Une analyse partagée par Lusine Bardon, conseillère des Français de l’étranger LR (Les républicains) pour l’Arménie et la Géorgie, elle siège également à l’AFE :« La première affiche (celle avec le mégaphone rouge) donne une impression “coco / militante” pour plusieurs raisons visuelles : fond rouge dominant, mégaphone très utilisé dans les manifestations avec une typographie massive et des slogans courts. Même si ce n’est pas l’intention officielle, ce code visuel rappelle beaucoup les affiches syndicales ou de mobilisation politique. »
C’est aussi ce que déplore son collègue du Brésil. Bertrand Dupont, membre également des LR s’interroge sur le visuel « pourquoi voter le 31 mai ». Pour lui, « il devrait être revu car il est impossible de ne pas faire le rapprochement avec d’autres visuels d’extrême gauche ce qui est pour le moins dommageable et tendancieux. »
La question de la représentation et des publics visés de cette campagne officielle
Certains élus soulignent également des aspects liés à la représentation et au ton employé par la communication officielle. Pour Ellen Bouveret, conseillère des Français de l’étranger pour Munich, membre de l’AFE et siégeant au groupe Ecologie & Solidarité, classé à gauche, les affiches sont « très colorées, et l’information suffisante ». Toutefois, elle regrette que le mot « représentantes » ne soit pas associé à « vos représentants, « un peu de féminisation aurait été bien », souligne-t-elle.
« Est-ce que le tutoiement ne pourrait-il pas être de mise, il est plus attrayant pour notre public jeune qui se sent si peu concerné par ces élections ? »
Ellen Bouveret, conseillère des Français de l’étranger pour Munich, membre de l’AFE - Groupe Écologie & Solidarité
Elle s’interroge également sur le ton employé :« Est-ce que le tutoiement ne pourrait-il pas être de mise, il est plus attrayant pour notre public jeune qui se sent si peu concerné par ces élections ? ». Selon elle, une communication différenciée entre « les 18- 30 et les plus de 30 ans » pourrait aussi mieux toucher les jeunes électeurs, surtout les binationaux.
Un enjeu démocratique pour les Français du monde
Au final, malgré des avis parfois contrastés sur la forme, les élus interrogés s’accordent sur un point : la nécessité de mieux faire connaître les élections consulaires. Pour rappel, ce scrutin permet en effet d’élire les conseillères et conseillers des Français de l’étranger, des représentants locaux qui participent notamment aux décisions concernant les aides sociales, les bourses scolaires ou encore la protection de la communauté française.
Certains seront ensuite également élus à l’AFE et tous composeront le collège électoral chargé d’élire les sénateurs des Français établis hors de France, dont six des douze sièges seront renouvelés en septembre prochain.

À l’approche du scrutin des 30 et 31 mai 2026, la mobilisation des électeurs expatriés reste donc l’un des principaux défis pour les autorités françaises et les candidates et candidats. Cette campagne de communication constitue une première étape, mais pour beaucoup d’élus, l’enjeu sera désormais de transformer cette visibilité en participation effective dans les urnes… ou en ligne.
Lesfrancais.press, votre média, interrogera tout au long de la campagne électorale les différents protagonistes afin de vous éclairer sur les enjeux de ces élections et leurs propositions. Nous serons également mobilisés pour vous informer des résultats de ce scrutin, notamment ceux concernant directement votre circonscription, et vos représentantes et représentants.
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