Elections au Brésil, le point de vue d’un élu consulaire

Elections au Brésil, le point de vue d’un élu consulaire

octobre 11, 2018 0 Par Jean-Louis Gibault

Le premier tour des élections présidentielles s’est joué le 7 octobre. Le résultat est le suivant :

Jair Bolsonaro [PSL]    46 %
Fernando Haddad [PT] 28 %

Le constat est que les grands partis traditionnels du centre ont fondu et les partis qui servaient d’appoint au PT de Lula ont quasiment disparu.

Jair Messias Bolsonaro est un catholique de 63 ans formé dans une école d’officiers et capitaine à la retraite. Élu député fédéral sans discontinuer depuis 1991. Populiste, il a un langage très « direct » d’autant plus qu’il est la cible de toutes les attaques du PT et des partis frères du PT. En réalité il déplore la situation de crise dans laquelle se trouve le Brésil depuis plusieurs années. Il est un gros travailleur et a rempli son rôle de député avec assiduité et rigueur.

Fernando Haddad est un descendant de libanais chrétiens de 55 ans. Il est avocat et professeur de Sciences politiques à São Paulo. Il est très proche de Lula et membre du parti des Travailleurs [PT]. Élu maire de São Paulo en 2012, il a terminé son mandat avec un taux de réjection jamais atteint faisant un score inférieur à 17% en 2016. Initialement il devait occuper le poste de vice-président dans l’hypothèse d’une candidature de Lula. Ce dernier a multiplié les recours qui ont tous été rejetés et a du céder sa place à Haddad peu de temps avant la campagne. Fernando Haddad a complété le ticket avec une jeune journaliste, membre du parti communiste brésilien, Manuela D’Avila. Leur programme, fait à la va-vite comportait beaucoup d’éléments qui ont fait peur aux entrepreneurs et à la bourgeoisie : augmentation des impôts et taxes, libéralisation de différentes drogues, de la PMA, gratuité de l’avortement et différentes facilités pour la communauté LGBT.

Depuis plusieurs semaines, la polarisation se mettait en place quand, une tentative d’assassinat sur Bolsonaro de la part d’un membre du PSOL, parti qui soutient Haddad, a crispé lourdement l’atmosphère. Les candidats en lice pour le second tour sont aux deux extrêmes de l’échiquier et je pense que d’ici le 28 octobre l’expérience quotidienne de la violence va prendre de l’ampleur.

Le Brésil est aussi coupé en deux géographiquement comme le montrent les cartes ci-dessous où l’on voit l’importance de l’espérance qu’a suscitée Lula et sa décroissance au fil des années depuis 2002.

 

L’activité est concentrée sur les états de São Paulo [25% du PIB] et de Rio de Janeiro.
La région du Nordeste [nord-est] qui manque cruellement d’infrastructures et d’industries est celle où le nombre de votes pour l’extrême gauche est le plus marqué. Cette position est d’autant plus vive qu’en 2014 l’un de ses enfants, Edouardo Campos, Gouverneur de Pernambuco candidat favori à la présidentielle a perdu la vie dans un accident d’avion dont les éléments connus de l’enquête concourent  à dire qu’il n’avait rien d’accidentel. On note qu’à l’exception de Fortaleza, capitale du Ceara et ville de Ciro Gomes [troisième à l’élection] et de Salvador [État de Bahia] toutes les capitales du Nordeste on placé Bolsonaro en tête, et largement.

Avec l’appui des marchés, des opérateurs économiques et des polices comme de l’armée, Bolsonaro a de grandes chances de devenir le prochain président du Brésil. Son parti est déjà le plus représenté à la Chambre des Députés. La population attend de lui un nettoyage de la corruption, du trafic de la drogue, et un retour à un niveau de sécurité acceptable [aujourd’hui, la ville de Natal, capitale du Rio Grande do Sul, à 340 km de Recife où je réside, est la quatrième ville la plus dangereuse du monde. Cette situation est très stressante pour les populations les plus modestes qui n’ont aucun moyen de se défendre.

Bolsonaro a la réputation d’être fort bien organisé, il n’a, à mon sens rien d’un extrêmiste contrairement à ce que diffusent les journalistes français et il y a de bonnes chances pour qu’il parvienne à redresser une situation qui, en particulier depuis quatre ans est devenu très difficile à vivre.

 

 

Xavier Noël-Bouton

Conseiller Consulaire élu

Brasilia – Recife – Paramaribo

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