Tout au long de l’année dernière, les craintes d’une récession ont servi de fil rouge. Pourtant, malgré l’aggravation des tensions géopolitiques, la hausse des droits de douane aux Etats-Unis et la persistance de la crise politique, l’économie française résiste ! Elle s’en est, même, relativement bien sortie en 2025, avec un PIB en progression de 0,9 %, contre 0,7 % prévu par le gouvernement. Certes, cette croissance est inférieure à celles de l’Espagne, du Portugal ou de la Pologne, mais elle demeure nettement supérieure à celle de l’Allemagne.
Un réel problème de chômage ?
La France a ainsi fait preuve d’une réelle résilience, déjouant les sombres prévisions des uns et des autres. Le marché de l’emploi n’a pas rompu, aidé en cela par un nombre élevé de départs à la retraite. Le niveau important des défaillances d’entreprises a eu peu d’incidences sur le taux de chômage qui se situe autour de 7,7 %. Par ailleurs, le pays a battu un record avec plus d’1,1 million de créations d’entreprises enregistrées en 2025. Pour autant, les lamentations n’ont pas manqué et perdurent naturellement en 2026. Elles constituent, avec l’autoflagellation permanente, l’un des traits de caractère les mieux partagés en France. Parmi les dernières jérémiades figure, depuis quelques semaines, l’appréciation de l’euro, présentée comme nuisible à l’économie française.

Un réel problème de monnaie ?
La valorisation de la monnaie européenne, de l’ordre de +13 % par rapport au dollar, est pourtant largement explicable. La zone euro dégage un excédent commercial important qui ne peut que favoriser l’appréciation de sa monnaie. La faiblesse passée de l’euro tenait avant tout au déclenchement de la guerre en Ukraine en 2022 qui a alors mis en lumière la vulnérabilité militaire et énergétique des États européens. Elle était également la conséquence de la forte croissance américaine qui soutenait le billet vert. Ces facteurs jouent beaucoup moins depuis l’an dernier. Les prises de position de Donald Trump remettant en cause l’indépendance de la banque centrale américaine pèsent désormais sur le dollar et favorisent, par ricochet, l’euro, deuxième devise mondiale.
La force de l’euro constitue une bonne nouvelle, contrairement à ce qui est souvent affirmé. Elle permet d’attirer des capitaux du monde entier, capitaux indispensables pour financer des déficits publics élevés et moderniser l’appareil productif. Une monnaie recherchée est un marqueur de crédibilité économique et de compétitivité structurelle. L’appréciation de l’euro contribue par ailleurs à réduire le coût des importations libellées en dollars, en particulier celles de pétrole et de gaz. La France, dont la balance commerciale est structurellement déficitaire, a donc tout à gagner à une monnaie plus forte. En outre, une large part des exportations françaises s’effectue au sein de la zone euro et n’est donc pas affectée par la valorisation de la monnaie.
Des arbres qui cachent la forêt ?
Celle-ci contribue également à contenir l’inflation, vécue comme une véritable malédiction par les Françaises et les Français, ces dernières années. Certes, l’appréciation de l’euro peut pénaliser les exportations extra-européennes, notamment à destination des États-Unis. Les grandes entreprises, en particulier celles de l’aéronautique et du luxe, recourent toutefois à des instruments de couverture de change afin d’en limiter les effets. La hausse des droits de douane, qui ne concerne néanmoins pas les avions, renchérit les prix de vente sur le marché américain. Le secteur agroalimentaire apparaît, de ce point de vue, comme le plus exposé.
À 1,2 dollar, l’euro évolue autour de son cours moyen depuis sa création. La situation n’a donc rien d’exceptionnel. Il convient de rappeler que l’Allemagne a bâti une économie dynamique autour d’un deutschemark fort. Celui-ci contraignait les entreprises à se positionner sur le haut de gamme et à réaliser des gains de productivité, facilités par la baisse du coût des produits importés. À l’inverse, en privilégiant la dévaluation, la France n’est pas parvenue à préserver durablement son appareil industriel qui n’est pas suffisamment monté en gamme.
La monnaie n’est qu’un voile : ce qui compte, c’est la valeur de la production. En France, la recherche de boucs émissaires est une tentation permanente pour expliquer les difficultés économiques. L’enfer n’est pas toujours l’autre ; il est bien souvent en nous.
Auteur/Autrice
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Philippe Crevel est un spécialiste des questions macroéconomiques. Fondateur de la société d’études et de stratégies économiques, Lorello Ecodata, il dirige, par ailleurs, le Cercle de l’Epargne qui est un centre d’études et d’information consacré à l’épargne et à la retraite en plus d'être notre spécialiste économie.
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