Diplomatie climatique, binationalité, AEFE : Sophie Briante Guillemont alerte sur les défis des Français de l’étranger

Diplomatie climatique, binationalité, AEFE : Sophie Briante Guillemont alerte sur les défis des Français de l’étranger

Sénatrice des Français établis hors de France, Sophie Briante Guillemont revient, au cours de ce podcast, sur trois dossiers majeurs : la diplomatie climatique française, la perception de la binationalité et la crise traversée par le réseau de l’AEFE. Dans cet entretien accordé à Lesfrancais.press, l’élue détaille les enjeux et exprime ses inquiétudes.

Écouter le podcast avec Sophie Briante Guillemont

Diplomatie climatique : « proposer des pistes d’amélioration »

Vice-présidente de la mission d’information du Sénat intitulée « La diplomatie climatique à l’épreuve d’un monde en tension », la sénatrice rappelle l’objectif de cette initiative. « L’idée, c’est d’étudier un peu plus en détail ce que signifie la diplomatie climatique française aujourd’hui. Comment se structure cette doctrine ? Comment on pourrait éventuellement la préciser, l’améliorer ». Dans un contexte international jugé peu favorable, elle souligne un recul récent : « dans un monde assez conflictuel, la priorité ne semble plus vraiment être en réalité la diplomatie climatique ».

« Le climat, c'est quand même un des sujets sur lesquels, seule, en tant que pays, on ne peut pas faire grand-chose »

Si des propositions de loi semblent peu probables, la mission vise un diagnostic et des leviers d’action : « faire un constat d’où en est la France et proposer effectivement des pistes d’amélioration, de précision et surtout plus d’efficacité sur ce sujet qui est éminemment important ». Pour l’élue, la réponse ne peut être que collective : « le climat, c’est quand même un des sujets sur lesquels, seule, en tant que pays, on ne peut pas faire grand-chose ».

Binationalité : une « fierté » et une richesse

Interrogée sur les polémiques récurrentes autour des doubles nationalités, Sophie Briante Guillemont défend une vision apaisée. « Moi, en tant que sénatrice représentant les Français de l’étranger, je suis très fière d’être binationale. Et c’est le cas de plus de la moitié des Français de l’étranger aujourd’hui ». Elle déplore une suspicion persistante : « Comme si le fait d’avoir deux nationalités, ce serait être moins fidèle à un pays. Je pense que c’est une erreur extrêmement importante ».

« Comme si le fait d'avoir deux nationalités, ce serait être moins fidèle à un pays. Je pense que c'est une erreur extrêmement importante »

S’appuyant sur une référence personnelle, elle cite : « Je repense toujours à la phrase de Charles Aznavour, en fait, qui disait qu’il était 100% arménien, 100% français. Voilà, ça n’enlève pas quelque chose. Je pense que ça rajoute ». Une double culture offrirait même un avantage comparatif : « ça nous permet d’avoir une perspective aussi un peu différente, de pouvoir comparer des systèmes ».

L’Agence pour l’enseignement français à l’étranger - AEFE : « éviter de casser l’outil »

La réforme et les hausses de frais de scolarité dans les lycées français de l’étranger cristallisent les inquiétudes. Pour la sénatrice, l’origine de la crise est claire : « la raison de cette crise, part d’un point qui est la crise budgétaire ». Elle décrit un mécanisme contraignant : « L’AEFE se retrouve prise à la gorge entre une subvention publique qui diminue et des pensions civiles (…) qui augmentent ».

Sophie Briante Guillemont s'exprimant à la tribune du Sénat
Sophie Briante Guillemont s'exprimant à la tribune du Sénat

Pour elle, la conséquence directe « c’est évidemment les frais de scolarité. Et c’est pour ça qu’on se retrouve dans cette situation où ce sont les parents d’élèves qui continuent à payer des frais de scolarité de plus en plus chers ». Mais au-delà des finances, l’enjeu est stratégique. « Ce qu’il faudrait surtout éviter, c’est de casser l’outil. Les lycées français, c’est ce qu’on a de plus précieux au monde en termes de diplomatie d’influence ».

« Je ne fais pas du tout partie des parlementaires qui pensent que l'éducation soit un business »

Au cours de ce podcast, notre invitée met donc en garde contre un modèle trop privatisé : « Moi, je ne fais pas du tout partie des parlementaires qui pensent que l’éducation soit un business. Absolument pas. Je pense qu’au contraire, c’est un service public ».

Hausse des frais : un « effet d’éviction » redouté

La dynamique actuelle pourrait fragiliser l’équilibre du réseau. « C’est extrêmement dangereux de continuer sur cette tendance-là. Vous aurez des personnes qui ne pourront plus payer ». La classe moyenne serait en première ligne, avec un risque mesurable : « il y aura forcément un effet d’éviction et on peut même déjà le calculer ».

Sophie Briante Guillemont s'exprimant dans l'hémicycle du Sénat
Sophie Briante Guillemont s'exprimant dans l'hémicycle du Sénat

La question de la mixité sociale est également posée : « On n’est plus exactement sur le même modèle éducatif ou en tout cas de mixité sociale ». Un glissement amorcé de longue date, mais que les récentes augmentations accentuent.

AFE : entre « lassitude » et besoin d’efficacité

À l’approche de la session plénière de l’Assemblée des Français de l’Étranger, la sénatrice évoque le ressenti des élus. « Je remarque parmi les élus actuels (…) beaucoup de lassitude ». En cause, l’impact limité des résolutions : « ces résolutions, elles peuvent rester dans les limbes (…) très très longtemps ». Pour elle, la réflexion doit être globale : renforcer l’efficacité de l’AFE mais aussi repenser les leviers d’action des représentants des Français de l’étranger.

Au fil de ce podcast Lesfrancais.press, Sophie Briante Guillemont dresse donc ce constat : la diplomatie climatique française doit gagner en cohérence et en efficacité dans un monde sous tension, la binationalité doit être reconnue comme une richesse et non une suspicion, et le réseau de l’AEFE ne peut être fragilisé sans risque pour l’influence française.

Face à la hausse des frais de scolarité et au malaise exprimé au sein de l’Assemblée des Français de l’Étranger, la sénatrice appelle à préserver un modèle fondé sur le service public et la mixité. En creux, un message : les Français de l’étranger sont un levier stratégique pour la France, encore faut-il aussi donner à l’AFE la possibilité d’un suivi concret des textes qui sont adoptés.

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