La difficile entente euro-britannique

La difficile entente euro-britannique

Près de dix ans après le vote du Royaume-Uni en faveur de la sortie de l’Union européenne, le débat sur le Brexit est de retour. La décennie écoulée a été douloureuse pour les Britanniques. Quatre Premiers ministres se sont succédé, avec, à la clé, des négociations tortueuses sous Theresa May, suivies par l’accord de Brexit le plus dur possible sous un autre, Boris Johnson, qui a pénalisé l’économie britannique en érigeant de nouvelles barrières aux exportations de biens. Les estimations de la perte de PIB qui en a résulté varient de 4 à 8 %. Même la promesse d’une baisse de l’immigration n’a pas été tenue. Contrairement aux prévisions des anti-européens, le déficit public s’est aggravé, tout comme la dette, malgré la fin de la contribution du Royaume-Uni au budget de l’Union européenne.

Le Brexit, une erreur ?

Selon une enquête réalisée par l’hebdomadaire The Economist, la majorité des Britanniques considèrent désormais que le Brexit a été une erreur et souhaitent un rapprochement avec l’Union européenne, davantage encore qu’avec les États-Unis. Certaines voix au sein du Parti travailliste évoquent même l’idée, autrefois taboue, d’un retour dans l’union douanière. De leur côté, les États membres de l’Union sont pleinement conscients de la nécessité de mieux intégrer le Royaume-Uni au Vieux Continent. Les évolutions géopolitiques et la montée des droits de douane les incitent à revoir les relations avec la perfide Albion. Une Europe de la défense sans Londres a peu de sens. Sur le plan commercial, la densité des échanges de part et d’autre de la Manche suppose qu’ils puissent s’effectuer librement. Aujourd’hui, les formalités douanières et le paiement de droits constituent un handicap pour les deux parties. Tout Français achetant des biens sur un site britannique est désormais tenu de s’acquitter de droits avant leur livraison, ce qui allonge les délais.

Bien que modestes, des premiers pas ont été accomplis ces derniers mois. Le Royaume-Uni a réintégré le programme Horizon de l’Union européenne, qui favorise la coopération scientifique. Il revient également dans le dispositif Erasmus, permettant aux jeunes Britanniques d’étudier en Europe et réciproquement. Dans le cadre d’une remise à plat intervenue en mai, le Royaume-Uni a accepté de se réaligner sur les règles européennes en matière de sécurité alimentaire et de santé animale, ce qui a débloqué le commerce des produits agricoles et réduit les entraves entre l’Irlande du Nord et la Grande-Bretagne. Des négociations sont en cours pour l’intégration du Royaume-Uni au marché carbone européen et au marché de l’électricité.

En chien de faillance ?

Malgré ces avancées limitées, le gouvernement de Sir Keir Starmer s’en tient à sa promesse électorale : pas de retour dans le marché unique, ni dans l’union douanière, ni dans le système européen de libre circulation des personnes. De son côté, l’Union européenne se montre intransigeante sur les règles à respecter pour une éventuelle intégration à l’union douanière et entend, en outre, exiger une participation financière élevée. L’idée de continuer à sanctionner le choix britannique de quitter l’Union demeure prégnante. Ces intransigeances de part et d’autre ont récemment fait échouer toute perspective de participation du Royaume-Uni au fonds européen de dépenses de défense, SAFE, qui aurait pourtant été bénéfique aux deux parties.

La présidente Von Der Leyen et le président Costa rencontrent le Premier ministre Starmer en 2025 à Bruxelles.
La présidente Von Der Leyen et le président Costa rencontrent le Premier ministre Starmer en 2025 à Bruxelles. ©Commission européenne

En matière d’échanges, l’Union européenne exige du Royaume-Uni le respect de la libre circulation des biens, des services et des personnes, ainsi qu’un alignement sur le régime applicable actuellement à la Suisse ou au Liechtenstein.

La meilleure stratégie pour le Royaume-Uni serait de rechercher une forme d’adhésion partielle au marché unique, en échange d’une application limitée de la libre circulation, restreinte, par exemple, à certains secteurs. L’Union européenne pourrait d’ailleurs être amenée à adopter ce type de solution pour plusieurs pays candidats à l’Est, dont l’Ukraine. L’adhésion à l’Espace économique européen constituerait évidemment la meilleure option pour le Royaume-Uni, mais elle s’accompagne du paiement d’une cotisation, dont les autorités britanniques ne veulent, pour l’heure, pas entendre parler.

Auteur/Autrice

  • Philippe Crevel est un spécialiste des questions macroéconomiques. Fondateur de la société d’études et de stratégies économiques, Lorello Ecodata, il dirige, par ailleurs, le Cercle de l’Epargne qui est un centre d’études et d’information consacré à l’épargne et à la retraite en plus d'être notre spécialiste économie.

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