Une croissance en France d’au moins 1 % en 2026 ?

Une croissance en France d’au moins 1 % en 2026 ?

La Banque de France a relevé vendredi 19 décembre sa prévision de croissance à 0,9% pour 2025, après 1,1% en 2024, notamment en raison de chocs sur l’économie française aux effets moindres qu’escompté il y a quelques mois, et malgré un contexte budgétaire incertain. Dans le sillage de l’Insee, l’institution monétaire a révisé à la hausse sa projection annuelle prévoyant une croissance en France d’au moins 1 % en 2026.

L’économie tricolore a résisté en 2025

Au troisième trimestre 2025, le PIB français a enregistré une croissance de 0,5 %, après + 0,3 % au deuxième trimestre. La demande intérieure est en hausse avec une contribution de + 0,3 point à la croissance du PIB du troisième trimestre, contre + 0,2 point au deuxième trimestre. Cette demande est portée par le dynamisme de l’investissement des entreprises (+ 0,8 % après + 0,2 %) et par le rythme toujours soutenu de la consommation des administrations (+ 0,5 %, comme au printemps). En revanche, la consommation des ménages continue de stagner (+ 0,1 %, comme au trimestre précédent). Depuis un an, elle est atone.

L’investissement des ménages, essentiellement immobilier, s’est presque stabilisé (-0,1 % après -0,2 %). Le commerce extérieur a été la bonne surprise du troisième trimestre (contribution de + 0,6 point à la croissance du PIB), après avoir pesé sur l’activité au premier semestre 2025. Les exportations ont progressé de + 3,2 % après + 0,3 %, grâce aux livraisons aéronautiques record, tandis que les importations ont augmenté de 1,3 % après + 1,5 %. Cette contribution positive a eu pour contrepartie un mouvement de déstockage (contribution de -0,4 point).

Du côté de l’offre, l’activité a été portée par l’industrie manufacturière (+ 0,8 % au troisième trimestre, après + 0,2 %). La valeur ajoutée a accéléré dans les « autres branches industrielles » (+ 0,9 % après + 0,2 %) et a conservé un rythme soutenu dans les matériels de transport (+ 3,2 % après + 5,2 %), tirée par l’aéronautique. Cette branche a retrouvé son niveau de 2019 avec la levée des contraintes d’approvisionnement. La valeur ajoutée a progressé dans le secteur de l’énergie, après un printemps particulièrement doux (+ 4,4 % après – 3,8 %). Elle est quasi stable dans le secteur de la construction (+ 0,1 %, après – 0,1 % au trimestre précédent) et reste allante dans les services marchands (+ 0,5 %, comme au trimestre précédent), portée par l’investissement des entreprises en services de communication et en services aux entreprises.

Enfin, la valeur ajoutée agricole a continué de remonter la pente à l’été 2025 : les récoltes de grandes cultures ont été bonnes après une année 2024 très dégradée, tandis que les rendements viticoles ont été plus décevants. D’après les enquêtes de conjoncture, la situation s’éclaircit un peu du côté des entreprises. En novembre, l’indicateur de climat des affaires se situe à 98, deux points au-dessus de son niveau de l’été, mais encore deux points en dessous de sa moyenne de long terme, dont il a décroché au printemps 2024.

Usine
Photo illustration ©Stockadobe

Le climat est mieux orienté que cet été dans les services et dans l’industrie, mais un peu moins bien dans le bâtiment. Ce prudent regain d’optimisme de la part des entreprises ne se répercute pas sur les ménages dont le moral est mal orienté depuis la fin de l’année 2024. L’indicateur de confiance s’établit à 89 en novembre, loin de sa moyenne de longue période (100). Depuis la fin des années 2010, les ménages français n’ont pas changé d’opinion sur leur situation personnelle, mais leur opinion sur la situation économique générale du pays s’est nettement dégradée. En cela, ils se distinguent des ménages des autres pays européens.

L’Insee s’attend à un ralentissement de la croissance au quatrième trimestre, mais dans des proportions limitées (+ 0,2 % de croissance du PIB en prévision au quatrième trimestre).

L’activité dans l’industrie manufacturière serait stable, marquant la consolidation des gains engrangés à l’été. La production dans l’industrie automobile serait pénalisée par des arrêts temporaires constatés en octobre. La production aéronautique ne décrocherait pas, même si Airbus a revu ses objectifs à la baisse en termes de livraisons d’avions. Le secteur serait porté par les livraisons de moteurs. La valeur ajoutée du secteur de l’énergie se replierait un peu (-1,1 % après +4 ,4 %) du fait des températures clémentes observées en décembre, qui pèseraient sur la demande et la production d’électricité. L’activité ralentirait dans les services marchands (+ 0,3 % après + 0,5 %) et serait en hausse dans la construction (+ 0,5 % après + 0,1 %). La contribution de la demande intérieure à la croissance serait de même ampleur qu’à l’été (+ 0,3 point).

La consommation des ménages évoluerait toujours à un train de sénateur (+ 0,2 % en fin d’année, après + 0,1 %). La consommation de produits manufacturés augmenterait (+ 0,5 % après -0,5 %), tirée par l’achat d’automobiles et la consommation alimentaire, tandis que celle d’énergie se replierait en fin d’année (-2,0 % après + 4,0 %) du fait des températures clémentes observées en décembre. Le pouvoir d’achat des ménages continuerait de diminuer (-0,5 % après -0,3 %) en raison du calendrier de collecte de l’impôt sur le revenu. Le taux d’épargne devrait baisser au quatrième trimestre et s’élever à 17,8 % du revenu disponible brut, après 18,4 % à l’été.

L’investissement des ménages augmenterait assez vivement (+ 1,0 % au quatrième trimestre, après -0,1 % au trimestre précédent). D’une part, leur investissement en construction accélérerait (+ 1,0 % après + 0,4 %), reflétant avec retard la reprise des mises en chantier dans le logement neuf. Les transactions dans l’ancien seraient mieux orientées après un troisième trimestre pénalisé par la hausse du taux des droits de mutation à titre onéreux au printemps.

D’autre part, leur investissement en services rebondirait (+1,0 % après -1,8 %). Du côté des entreprises, l’investissement en biens serait en hausse (+0,6 % après +0,8 %). Leur investissement en construction serait quasi stable (-0,1 %), dans un contexte toujours peu porteur pour l’immobilier professionnel, et leur investissement en services continuerait de progresser (+ 0,8 % après + 1,5 %) après son exceptionnel dynamisme de l’été. Le télétravail et le flex office pèsent toujours sur la demande de bureaux. Au quatrième trimestre 2025, le commerce extérieur porterait de nouveau la croissance (+ 0,5 point). Les exportations ralentiraient (+ 0,5 %), mais les importations se replieraient (-1,0 %) après deux trimestres de fort dynamisme. En contrepartie, la fin d’année connaîtrait un nouveau trimestre de déstockage (-0,7 point), notamment en raison de la livraison d’un important paquebot.

Au total, la croissance annuelle pour 2025 s’élèverait à +0,9 %, corrigée des jours ouvrés (et + 0,7 % en brut), en léger ralentissement par rapport à 2024 (+ 1,1 % corrigée des jours ouvrés). La demande intérieure y contribuerait à hauteur de + 0,5 point : elle serait essentiellement tirée par la consommation publique (+ 1,5 %), tandis que la consommation des ménages serait atone (+ 0,3 %) et l’investissement privé en convalescence (+ 0,4 % pour les ménages, stable pour les entreprises). Le commerce extérieur contribuerait négativement à la croissance (-0,6 point), ce qui serait plus que compensé par un mouvement de restockage (+ 0,9 point).

Usine
Photo illustration ©Stockadobe

Cap sur le 1% en 2026

Au premier semestre 2026, l’activité devrait s’améliorer (+ 0,3 % par trimestre). La production manufacturière progresserait légèrement, tandis que l’activité dans la construction se replierait modérément, du fait du retournement de l’investissement public local dû au cycle électoral. Dans la lignée de la consommation des ménages, la production de services conserverait, quant à elle, un rythme tendanciel. 

La demande intérieure continuerait de porter la croissance (contribution de + 0,3 point par trimestre). La consommation des ménages accélérerait un peu au premier trimestre (+ 0,3 %), notamment du fait du rebond de la consommation d’énergie, en supposant un retour des températures aux normales de saison, puis conserverait ce rythme au deuxième trimestre (+ 0,3 %).

Le taux d’épargne des ménages se redresserait mécaniquement en début d’année 2026, à 18,2 % après 17,8 % en fin d’année 2025, puis reprendrait lentement son reflux au printemps (18,0 %) : il se situerait mi-2026 toujours plus de 3 points au-dessus de celui d’avant la pandémie, mais 0,7 point en dessous de son sommet du printemps 2025.

L’investissement des ménages continuerait de progresser (+ 0,6 % par trimestre) : leur investissement en construction bénéficierait de la livraison des chantiers lancés pendant le cycle d’assouplissement monétaire de la BCE, tandis que l’investissement en services tendrait à se stabiliser (+ 0,5 % par trimestre). L’investissement des entreprises resterait positif (+ 0,3 % au premier trimestre, puis + 0,4 % au deuxième) : l’immobilier non résidentiel serait un peu moins mal orienté au printemps, l’investissement en services continuerait de bénéficier d’un certain dynamisme, tandis que l’investissement en biens progresserait faiblement.

Usine embouteillage

La consommation des administrations publiques freinerait un peu (+0,3 % par trimestre) : la dépense publique serait en effet peu dynamique, aussi bien en cas d’adoption de la loi de finances pour 2026 qu’en cas de loi spéciale sur les mesures de politique publique pour 2026.

La contribution du commerce extérieur à la croissance serait négative au premier trimestre 2026 (-0,4 point après + 0,5 point) : alors que les importations retrouveraient un rythme comparable à celui de la demande intérieure (+ 0,4 %), les exportations se contracteraient (- 0,7 %) en raison du reflux des exportations aéronautiques et navales après les performances exceptionnelles du second semestre 2025.

En contrepartie, un mouvement de restockage s’amorcerait (+ 0,4 point). Au deuxième trimestre 2026, la contribution du commerce extérieur à la croissance serait nulle : les importations garderaient le rythme modéré du trimestre précédent, tandis que les exportations progresseraient en deçà de la demande adressée, signe de nouvelles pertes de parts de marché pour les exportateurs français. L’acquis de croissance à mi-année pour 2026 serait déjà de +1,0 %, en accélération par rapport à l’ensemble de l’année 2025.

La demande intérieure privée prendrait son envol : la consommation des ménages redémarrerait un peu (+ 0,7 % d’acquis à mi-année), les ménages consommant très prudemment une partie des gains de pouvoir d’achat passés. L’investissement accélèrerait plus franchement (acquis de + 1,7 % pour celui des ménages et de + 1,4 % pour celui des entreprises).

La demande privée prendrait ainsi le relais de la demande publique : la consommation publique ralentirait (+ 1,1 % d’acquis à mi-année) et l’investissement public serait stable à mi-année, le retournement du cycle électoral municipal compensant la hausse attendue des achats de matériel de défense. La contribution du commerce extérieur redeviendrait positive (+ 0,3 point) et aurait pour contrepartie une baisse des stocks (-0,4 point).

Auteur/Autrice

  • Philippe Crevel est un spécialiste des questions macroéconomiques. Fondateur de la société d’études et de stratégies économiques, Lorello Ecodata, il dirige, par ailleurs, le Cercle de l’Epargne qui est un centre d’études et d’information consacré à l’épargne et à la retraite en plus d'être notre spécialiste économie.

    Voir toutes les publications
Laisser un commentaire

1 Comment

  1. Alors qu’il en faudrait 6% pour équilibrer le budget ,pas de quoi pavoiser

Laisser un commentaire