Les députés ont repris ce mardi 13 janvier l’examen du projet de loi de finances en séance publique. Plus de 3400 amendements ont été déposés annonçant de longues soirées pour les parlementaires dont les 11 députés des Français de l’étranger. Une reprise qui ne fait pas dans le calme. Au petit matin, sur les quais de Seine, devant l’Assemblée nationale, les agriculteurs et leurs tracteurs se sont installés pour faire pression sur l’hémicycle. De l’autre côté de la capitale, c’est le procès en appel de Marine Le Pen qui s’ouvrait. Une ambiance électrique que le gouvernement doit affronter alors que le compromis sur le budget s’éloigne et que le recours au 49.3 est de nouveau sur la table. On fait le point pour les expatriés sur cette crise politique française !
Un budget 2026 toujours sans solution miracle
Au moment où les débats reprennent au Palais-Bourbon, l’année a débuté comme la précédente s’était achevée, sans compromis sur la table et avec des groupes politiques qui campent sur leurs lignes rouges (pas de hausse d’impôts chez les LR, augmentation des dépenses au PS). Bercy a beau enchaîner les réunions « constructives » avec les groupes prêts au compromis, aucune fumée blanche n’est encore visible.
Face à cette impasse, les critiques contre le Premier ministre se font plus fortes. « On ne voit pas où il va », dit un parlementaire. Sébastien Lecornu est allé au bout de sa méthode, qui excluait le recours au 49-3, et il est accusé de gagner du temps sans trancher une ligne et un texte final. À Matignon, on répète vouloir voir les débats parlementaires aller au bout. Mais la pression est de plus en plus forte.
Quant au moyen de faire adopter la copie, « rien n’est exclu », martèle l’exécutif à intervalles réguliers. Si un vote favorable ne peut intervenir compte tenu de la position des socialistes qui, au mieux, s’abstiendront, le débat se fait entre le 49.3 et les ordonnances. Le premier contraindrait le Premier ministre à revenir sur sa parole de ne pas l’utiliser et l’exposerait à des motions de censure. Les secondes ne seraient pas sans risque non plus compte tenu de leur caractère inédit et provoqueraient aussi une motion de censure spontanée avec des oppositions braquées contre ce qu’elles considéreraient comme un passage en force.
Une loi d’urgence pour les agriculteurs
Alors que le traité avec le Mercosur sera signé samedi 17 janvier, le gouvernement doit aussi faire face à la révolte des agriculteurs attisée par le RN et LFI. D’ailleurs les deux partis ont déposé des motions de censure, elles seront étudiées ce mercredi, le PS ayant annoncé ne pas la voter, le gouvernement de Sébastien Lecornu ne tombera pas demain.
Mais le Premier ministre a dû réagir face à la « jacquerie ». Il a donc reçu, ce mardi après-midi, une quinzaine d’agriculteurs de la FNSEA afin de trouver une solution. Rapidement, sur son compte X, Sébastien Lecornu a annoncé « avoir pris quatre décisions ce jour » en réponse à la mobilisation des agriculteurs. Il a indiqué avoir demandé à la ministre de l’Agriculture Annie Genevard « de préparer pour le salon de l’Agriculture une loi d’urgence agricole ».
Aussi, évoquant des « règles d’une complexité qui les rendent trop souvent incomprises par l’ensemble des acteurs et donc difficilement applicables », Sébastien Lecornu s’est dit « prêt à demander à la Commission européenne de faire évoluer le cadre existant concernant les réglementations sur les nitrates ».
L’avenir présidentiel de Marine Le Pen
C’est sa dernière chance pour pouvoir se présenter à la présidentielle. Rendue inéligible par sa condamnation pour « détournement de fonds publics » lors de son premier procès en mars dernier, Marine Le Pen joue sa place sur la ligne de départ pour 2027 lors de son procès en appel. Mais la triple candidate à l’Élysée ne fait pas semblant, elle n’a plus qu’un tout « petit espoir » de parvenir à concourir.
Ce mardi matin, lors de la traditionnelle réunion hebdomadaire des chefs de groupes, Marine Le Pen a déclaré aux députés RN : « J’espère pouvoir être entendue par la cour d’appel. Je suis dans un état d’esprit d’espérance, en quelque sorte »
Dans les faits, après avoir longuement réfléchi, Marine Le Pen n’a pas changé sa stratégie de défense pour ce second procès. Comme elle l’avait fait avec force en première instance, la cheffe de file des députés FN va contester les faits reprochés et contester le fait d’avoir voulu mettre en place un système. Pourtant, elle n’avait pas convaincu les magistrats en première instance et avait été en difficulté lorsque le manque voire l’absence de travail des assistants pour le compte du Parlement européen avait été mis en avant.
Pourtant, l’enjeu de ce procès est majeur pour Marine Le Pen. Pourra-t-elle se présenter à l’élection présidentielle de 2027 ? Si la Cour d’appel ne prononce pas d’inéligibilité, alors la cheffe de file du RN pourra être candidate. Si une peine d’inéligibilité est prononcée avec exécution provisoire, mais qu’elle est raccourcie, alors la députée du Pas-de-Calais pourra aussi se présenter, car elle l’aura purgée avant le premier tour. Autre scénario, la Cour d’appel peut prononcer une peine d’inéligibilité sans exécution provisoire. Dans ce cas, Marine Le Pen peut former un pourvoi en cassation et se présenter en attendant que sa peine d’inéligibilité soit mise à exécution.
Ces cinq prochaines semaines vont donc sceller l’avenir politique de Marine Le Pen. À l’issue des débats, la décision de la cour d’appel va être mise en délibéré. Elle sera rendue « avant l’été 2026 », avait indiqué la cour d’appel dans un communiqué publié en 2025.
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