Commerce extérieur : Nicolas Forissier détaille la stratégie et mobilise les Français de l’étranger

Commerce extérieur : Nicolas Forissier détaille la stratégie et mobilise les Français de l’étranger

Alors que le déficit commercial de la France se réduit, Nicolas Forissier, ministre délégué chargé du Commerce extérieur et de l’Attractivité, détaille pour Lesfrancais.press la stratégie menée pour expliquer ces chiffres encourageants. Toutefois, lucide sur la situation, il indique qu’il « reste du chemin à parcourir », tout en affichant un objectif clair : « consolider ce redressement en renforçant notre base industrielle et en accompagnant davantage d’entreprises à l’export ». Au cours de cette interview, le ministre appelle également à mieux mobiliser les 3 millions de Français de l’étranger qu’il considère comme un atout stratégique.

Lesfrancais.press : « Monsieur le Ministre, le déficit commercial de la France s’est réduit, passant à -69 milliards d’euros, malgré une situation toujours déficitaire. Comment expliquez-vous cette amélioration, et quels leviers ont permis ce sursaut ? »

Nicolas Forissier : « C’est un très bon signal, et je veux le dire clairement : la France est engagée dans un mouvement de redressement de sa balance commerciale. Revenir à -69 milliards d’euros après le choc historique que nous avons subi au moment de la crise énergétique montre que notre économie tient et se réarme. Ce redressement s’explique d’abord par le dynamisme retrouvé de nos grandes filières industrielles, en particulier l’aéronautique et le spatial. Derrière ces chiffres, ce sont des territoires qui travaillent : Toulouse et l’Occitanie, la Nouvelle-Aquitaine, les Pays de la Loire, l’Île-de-France. Ce sont des chaînes de sous-traitance complètes qui exportent à nouveau fortement.

« Notre objectif est clair : consolider ce redressement en renforçant notre base industrielle et en accompagnant davantage d’entreprises à l’export »

Ensuite, la normalisation de la facture énergétique a joué un rôle déterminant. Le pic des prix du gaz et de l’électricité avait mécaniquement creusé notre déficit. Le redressement de notre production électrique et la stabilisation des marchés ont contribué à améliorer notre solde. Enfin, la France reste une grande puissance de services. Le tourisme, les transports, l’ingénierie, les services aux entreprises dégagent un excédent significatif. Là encore, ce sont des territoires qui en bénéficient : nos régions touristiques, nos grandes métropoles, nos pôles d’innovation.

Il reste du chemin à parcourir. Mais la dynamique est engagée. Notre objectif est clair : consolider ce redressement en renforçant notre base industrielle et en accompagnant davantage d’entreprises à l’export. »

Surmonter les freins de la compétitivité de la France

Lesfrancais.press : « Malgré cette embellie, la France reste confrontée à des déséquilibres structurels dans ses échanges extérieurs. Quels sont, selon vous, les principaux freins qui entravent encore notre compétitivité à l’international ? »

Nicolas Forissier : « Nous devons être lucides. Le déficit commercial n’est pas né d’hier. Il résulte d’un affaiblissement progressif de notre base industrielle sur plusieurs décennies et une concurrence internationale accrue.

Le premier frein, c’est notre capacité de production sur certaines chaînes de valeur. Lorsque nous ne produisons pas suffisamment en France, nous importons davantage. La réindustrialisation engagée depuis quelques années doit précisément répondre à cet enjeu.

Nicolas Forissier, Ministre délégué chargé du Commerce extérieur et de l'Attractivité, rencontre Team France Export
Nicolas Forissier, Ministre délégué chargé du Commerce extérieur et de l'Attractivité, rencontre Team France Export

Le second frein concerne la compétitivité au sens large : coût de l’énergie, fiscalité de production, capacité d’innovation, rapidité d’exécution. La concurrence internationale est intense, notamment au sein même de l’Union européenne. Dans ce contexte, chaque point de compétitivité compte.

Enfin, le contexte géopolitique rend les échanges plus complexes. Fragmentation des chaînes d’approvisionnement, tensions commerciales, mesures protectionnistes : nos entreprises évoluent dans un environnement plus instable qu’il y a dix ans. La réponse passe par la constance : investir, innover, simplifier, accompagner. La reconquête commerciale est indissociable de la reconquête industrielle et nous y travaillons sans relâche.

La « Team France export » : un réseau stratégique

Lesfrancais.press : « Les Conseillers du commerce extérieur (CCE) et les Chambres de commerce et d’industrie (CCI) jouent un rôle clé dans l’accompagnement des entreprises françaises à l’export. Leur action vous semble-t-elle suffisante dans un contexte marqué par une concurrence accrue et des tensions géopolitiques ? Quelles pistes sont aujourd’hui possibles pour renforcer leur efficacité ?

Nicolas Forissier : « Les Conseillers du commerce extérieur et les Chambres de commerce sont des atouts précieux pour notre pays. Ce sont des réseaux d’expérience, de terrain, profondément ancrés dans les réalités économiques locales.

Dans un monde plus concurrentiel et plus incertain, leur rôle est même plus stratégique que jamais. Mais nous devons aller plus loin en matière de coordination et d’efficacité. C’est tout le sens de la Team France Export : rassembler Business France, les CCI, les Régions, les CCE et les acteurs du financement autour d’un dispositif cohérent et lisible pour les entreprises.

« L’export ne se décide pas uniquement à Paris (…) Les PME ont besoin d’un accompagnement de proximité »

Je crois beaucoup à l’approche territoriale. L’export ne se décide pas uniquement à Paris. Il se construit à la Châtre, à Lille, à Marseille, à Limoges. Les PME ont besoin d’un accompagnement de proximité, mais aussi d’un accès rapide aux réseaux internationaux. Renforcer l’efficacité, c’est mieux cibler nos priorités sectorielles et accompagner les entreprises, c’est ce que fait l’équipe France. »

Face aux droits de douane des Etats-Unis : la réponse française

Lesfrancais.press : « Aux États-Unis, les droits de douane pèsent lourdement sur les exportations françaises, notamment dans le secteur viticole, et fragilisent les professionnels installés sur place. Comment la France peut-elle soutenir ces expatriés, en particulier les cavistes, dont l’activité est aujourd’hui menacée ?

Nicolas Forissier : « Les tensions commerciales avec les États-Unis créent une incertitude réelle, notamment pour la filière viticole. Les hausses de droits de douane ou la menace de nouvelles mesures pèsent sur toute la chaîne de valeur, y compris sur les cavistes et entrepreneurs français installés sur place. Notre première responsabilité est d’agir au niveau européen et c’est ce que nous faisons : nous défendons fermement nos intérêts pour éviter toute escalade préjudiciable et pour protéger nos filières.

Nicolas Forissier, Ministre délégué chargé du Commerce extérieur et de l'Attractivité
Nicolas Forissier, Ministre délégué chargé du Commerce extérieur et de l'Attractivité

Mais nous devons aussi agir concrètement. Cela signifie accompagner nos entreprises dans l’adaptation réglementaire, les aider à diversifier leurs débouchés, sécuriser leurs flux logistiques et maintenir un dialogue constant avec les autorités américaines. La résilience passe par la diversification. Aucun marché, même stratégique, ne doit être unique. C’est une question d’équilibre et de souveraineté économique. »

Les Français de l’étranger : un atout pour la France

Lesfrancais.press : « Plus largement, les Français de l’étranger représentent un réseau unique de 3 millions de personnes. Comment ce vivier d’expertise et de réseaux peut-il être mieux intégré à la stratégie française d’export et d’attractivité ?

Nicolas Forissier : « Nos compatriotes à l’étranger constituent une force considérable. Ils connaissent les marchés locaux, les codes culturels, les réseaux économiques. Beaucoup occupent des postes stratégiques ou dirigent leurs propres entreprises. Ce sont de véritables portes d’entrée pour les entreprises françaises qui veulent s’implanter à l’étranger.

« Nos compatriotes à l’étranger constituent une force considérable (…) Je souhaite que nous mobilisions davantage cette richesse humaine »

Je souhaite que nous mobilisions davantage cette richesse humaine. Cela passe par un meilleur lien avec les réseaux structurés : Chambres de commerce françaises à l’international, Business France, les CCE, réseaux sectoriels, écosystèmes French Tech.

La diaspora peut être un accélérateur : identifier des opportunités, faciliter des implantations, promouvoir la marque France, attirer des investissements vers nos territoires. L’enjeu est simple : transformer un attachement à la France en action économique concrète. »

Lesfrancais.press : « Concrètement, un(e) Français(es) de l’étranger qui lit Lesfrancais.press et souhaite s’impliquer et aider au commerce extérieur de notre pays, par où peut-il commencer, et à qui doit-il s’adresser en priorité ? »

Nicolas Forissier : « Le premier réflexe est de se rapprocher des réseaux existants : les dispositifs de la Team France Export, les réseaux sectoriels présents dans son pays d’accueil, les CCE.

« L’enjeu est simple : transformer un attachement à la France en action économique concrète »

Ensuite, il faut proposer ses compétences. Mentorat pour des PME françaises, mise en relation avec des partenaires locaux, veille sectorielle, accueil de délégations économiques : l’engagement peut prendre des formes très diverses. Le commerce extérieur est une mobilisation collective. L’État fixe le cap, mais la réussite se construit dans les territoires et à l’international, grâce à l’engagement des entrepreneurs et de nos compatriotes partout dans le monde. »

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