Comment écrire « Honte » en francophone ?

Comment écrire « Honte » en francophone ?

octobre 19, 2018 0 Par La rédaction

Les sommets de la Francophonie ont souvent l’air de fête. A tel point que l’on pouvait se demander s’il ne s’agissait pas de célébrations familiales plutôt que de rencontres politiques. Pourtant, ces sommets permettaient de renouveler le pacte autour de la promotion de la langue française, et, au delà, de valeurs universelles, comme le rappelait la déclaration de Bamako, sur la démocratie et les droits de l’Homme.

L’occasion aussi de se réjouir d’une façon originale de voir le monde. De constater que le nombre de Francophones augmentait. Que la langue ouvrait des écoles, armait la pensée autour d’un humanisme commun, et que, si cela ne marchait pas toujours très bien, au moins cela marchait.

« Alors que l’espace francophone est confronté à des conflits et à des crises, à des phénomènes de radicalisation, à la difficile construction de l’État de droit, la Francophonie doit contribuer directement à faire progresser la paix, la démocratie, les droits humains, l’égalité entre les femmes et les hommes », a déclaré Emmanuel  Macron. Très juste. Et cela pouvait être suivi d’actes.

L’acte fut, cette fois, en Arménie, à l’unanimité, de choisir Louise Mushikiwabo, la ministre des affaires étrangères de Paul Kagamé, Président du Rwanda. Etrange rassemblement autour d’une femme qui fit sa déclaration de candidature en anglais. Etrange réconciliation du Rwanda avec la France.

Le gouvernement rwandais de Kagamé avait rasé le centre culturel français, valorisé l’anglais au détriment du français, accusé l’armée française, Mitterrand, Balladur, Juppé et bien d’autres officiers et fonctionnaires de complicité dans le génocide rwandais, bref, ne ratait pas une occasion d’accuser la France. 

Est-ce parce que la France le méritait ? Pour Kagamé, certainement : un juge français (pas seulement : un juge espagnol et un procureur belge également) avait eu l’audace d’ouvrir une enquête sur l’assassinat du Président Habyrimana. Or cette enquête mettait en cause Paul Kagamé, comme commanditaire de l’attentat quiavait déclenché, par contrecoup, le génocide. Inqualifiable.

Heureusement, non seulement la France a fait campagne pour la ministre rwandaise, mais au moment de son élection, le Procureur de la République a clos l’enquête gênante, sur un non-lieu. Belle exemple d’indépendance de la Justice. Bel exemple d’amitié. Beau modèle de civilisation.

La réconciliation avec le Rwanda vaut-il la honte de lui donner la Francophonie, de clore une enquête, de récompenser les insultes par un éloge? Faut-il prendre pour porte drapeau la proche d’un Président réélu pour la troisième fois avec 98% des voix ?« Toute cette notion de démocratie et des droits, ce n’est pas toujours très clair et très précis ce qu’on veut dire par là » a déclaré la nouvelle élue. Brillant. Rassurant.

Ce qui est clair c’est que la France -et la Francophonie- ne sortent pas grandies par ce marchandage. La prochaine fois qu’un Président nous insultera avec constance,  on lui donnera quoi ?

Laurent Dominati

a. Ambassadeur de France,

a. Député de Paris.

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