Cinq raisons de ne pas ouvrir sa société à Hong-Kong

Cinq raisons de ne pas ouvrir sa société à Hong-Kong

novembre 5, 2019 0 Par Laurent Timmermans

Hong-Kong est souvent perçue comme une ville d’opportunité, un Eldorado pour les affaires et beaucoup d’entrepreneurs la considèrent pour enregistrer leur société. Ceci à juste titre, d’après le « Global Financial Centres Index », Hong-Kong est le troisième centre financier au monde derrière New York et Londres.

Top 5 des juridictions les plus faciles pour les affaires selon la banque mondiale, Hong-Kong offre un accès privilégié à la Chine avec un statut, « un pays deux systèmes », qui la rend particulièrement attractive. Néanmoins, l’ancienne colonie britannique n’est pas faite pour tout le monde surtout si vous n’y résidez pas. Voici cinq raisons pour ne pas ouvrir sa société à Hong-Kong.

 Vous êtes trop petit !

Beaucoup d’entrepreneurs français souhaitent ouvrir leurs sociétés à Hong-Kong. Elles se prêtent à merveille à ce que la ville peut offrir: e-commerces avec du sourcing en Chine, sociétés de consultants à l’international… Mais beaucoup sont juste trop petites. Avec des chiffres d’affaires de 20 ou 50.000 euros qui vont dégager des bénéfices de 10 à 20.000 euros maximum. Est-ce que cela en vaut bien la peine ?
Enregistrer une société trop petite à Hong-Kong risque de coûter cher en plus de vous exposer à des risques fiscaux en France. Maintenant, s’il s’agit d’une start-up, Hong-Kong peut « accélérer » la croissance. Mais si l’entrepreneur est en stagnation peut-être vaut-il mieux opérer depuis la France avec une micro-entreprise.

Vous voulez rester à la maison (en France ou ailleurs) ?

Certains n’ont pas vraiment l’intention de quitter la France ou leur nouvelle résidence, estimant qu’en ouvrant une société à Hong-Kong, ils paieront leurs impôts ici sans aucun souci. Mais attention, bien qu’il y ait accords de non double taxation, ceux-ci ne sont valides que si la société, résidente à Hong-Kong, y possède un établissement stable. Si ce n’est pas le cas, le fisc français ou d’un autre pays pourra regarder où se trouve la gestion et le contrôle de la société et requalifier ses profits. Tout cela, potentiellement, assorti d’amendes pour évasion fiscale.
Il faut donc créer un établissement stable, payer son impôt des sociétés et ensuite payer son impôt personnel (dividendes et impôt sur le revenu) en France ou là où vous vivez. Vous pouvez également vous installer à Hong-Kong ou vers une juridiction qui ne taxera pas les revenus de sources étrangères. Le Panama est fort en vogue pour le moment, par exemple.

Vous vous attendez à ne pas payer de taxe ?

Vous avez peut-être entendu qu’on ne payait pas de taxe à Hong-Kong. C’est faux !
L’impôt des sociétés est progressif et varie entre 8.25 % (sur les premiers 2.000.000 HKD de profit) jusque 16.5 % au-dessus de 2 millions. Il n’y a pas d’impôt sur le dividende. Il n’y a pas d’impôt sur la TVA, si vous vendez en Europe à des consommateurs finals alors vous devrez vous acquitter de la TVA. Alors pourquoi cette confusion ? Hong-Kong utilise une base territoriale pour sa taxation et ne taxe que les profits provenant de son territoire. Par le passé, la ville a octroyé des exonérations fiscales à des sociétés « offshore ». Pendant des années, des entrepreneurs étrangers ont ouvert des sociétés et ont bénéficié de ces exonérations ne payant aucun impôt, ni à Hong-Kong, ni dans leur pays d’origine.
Avant 2018, il existait un certain secret bancaire et bien qu’il y ait des accords de partage d’information avec la France, il fallait que la France fasse une demande officielle. Les actionnaires et directeurs pouvaient se cacher derrière des prêtes noms et être complètement invisibles sur les registres. Ils ouvraient également des comptes personnels et le tour était joué. Tout ça était bien sur complétement illégal par rapport à la France.
Depuis 2017 (2018 pour Hong-Kong), l’OCDE a mis en place un échange automatique de données financières entre plus de 100 pays qui rendent ces structures obsolètes.
Depuis 2018, Hong-Kong a mis en place une licence pour les fournisseurs de services aux entreprises leur demandant de tenir des registres des contrôleurs (SCR-Significative Controller Register) pour chaque entreprise. C’est donc aujourd’hui un centre d’affaire crédible performant avec une faible taxation.

Vous pensez que votre société va se maintenir toute seule ?

Il est facile et peu couteux d’ouvrir et de maintenir une société à Hong-Kong, mais attention, il y a un cout annuel lié à l’administratif et au suivi comptable. Une petite structure aura déjà des frais minimum de 1.500 à 2.000 euros par an. Si vous n’êtes pas resident et que le business est trop petit, est ce que ça en vaut la peine ?

Vous êtes tombé amoureux de Hong-Kong ?

Beaucoup de personne ont une vision idéalisée de la ville après une ou plusieurs visites et décident d’y revenir pour développer des affaires localement. Ils ne sont pas forcément préparés à la culture et la vie quotidienne et ont tendance à en sous-estimer le cout. Certes, les impôts y sont peu élevés, mais les loyers sont exorbitants, la vie coute cher. Il est possible de le faire mais en restant réaliste, comprenant que le simple fait d’être à Hong-Kong n’est pas une garantie de succès dans les affaires.

En conclusion, Hong-Kong est une ville fantastique pleine d’énergie. Un vrai paradis pour les affaires ou l’Est rencontre l’Ouest, ou une année en parait dix. C’est une ville qui éveille l’esprit entrepreneurial et notre conscience internationale au carrefour du monde de affaires. Cependant, ce n’est pas une juridiction qui convient à tous les entrepreneurs et la décision d’y ouvrir ou transférer son entreprise doit être murement réfléchie.

Laurent Timmermans est le fondateur et directeur d’ATHENASIA Consulting Limited

Il écrit régulièrement pour le magazine des Français à Hong-Kong et en Chine publié par Catya Martin 

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